Aller au contenu principal
BX1

Sécurité, budget, mobilité… : les dossiers chauds de la rentrée politique bruxelloise

Après plusieurs semaines de pause estivale, le gouvernement bruxellois fait sa rentrée. Les ministres se retrouveront ce jeudi 3 septembre pour un premier Conseil des ministres qui s’annonce chargé. Alors que les fusillades liées au narcotrafic ont fait de la sécurité une priorité, plusieurs autres dossiers sensibles attendent Boris Dilliès et son équipe : le budget 2027, la mobilité, les nuisances aériennes, mais aussi les difficultés financières de certaines communes et la crise de l’hébergement. Tour d’horizon des principaux dossiers qui devraient animer la rentrée politique bruxelloise.

La rentrée politique bruxelloise ne devrait pas laisser beaucoup de place à une reprise en douceur. Dès cette semaine, le gouvernement de Boris Dilliès (MR) se réunira à nouveau avec plusieurs dossiers sensibles sur la table. Parmi eux, la sécurité occupe désormais une place centrale après la multiplication des fusillades dans la capitale. Pour Boris Dilliès, la situation justifie de parler d’une “urgence nationale”. “Quand vous en arrivez à ce que des gens n’arrivent plus à vivre sans la peur au ventre dans leur quartier, qu’ils ont peur pour leur vie, pour la vie de leur famille,.. à l’évidence il y a un gros problème et il faut tout faire pour le régler”, a déclaré le ministre-président dans Bonsoir Bruxelles.

Le gouvernement bruxellois a déjà réuni un Conseil régional de sécurité (CORES) afin de coordonner les différents acteurs concernés. “On a décidé notamment qu’il y aurait d’ores et déjà 20 caméras mobiles supplémentaires qui viennent s’ajouter aux 40 agents du fédéral, qui viennent s’ajouter également aux moyens mis en place par les zones de police coordonnées”, explique Boris Dilliès. La question de la coordination entre les différents niveaux de pouvoir devrait donc rester centrale. Boris Dilliès sera d’ailleurs entendu ce mercredi au Parlement bruxellois sur la situation sécuritaire. La Chambre se penchera également sur le sujet ce mercredi.

► Reportage | Julien Moinil fait le point sur les fusillades: “N’importe quel citoyen peut se prendre une balle”

Une opération FIPA (Full Integrated Police Action) a notamment permis l’arrestation judiciaire de 41 personnes et l’arrestation administrative de 19 autres. Une opération coup de poing dont l’efficacité a été critiquée par Fabrice Cumps (PS), le bourgmestre d’Anderlecht, dans la matinale Bruxelles Breakfast : “On ne peut réussir la lutte contre le trafic de drogue que si on fait un travail de longue haleine et pas avec des opérations de comm.”

Le recrutement du futur commissaire bruxellois chargé de la lutte contre la drogue est également toujours en cours et onze candidats sont encore en lice. Le poste devrait être pourvu pour le mois d’octobre. Boris Dilliès assure vouloir une personne dotée d’une véritable capacité d’action, et non un simple poste de coordination. “Ce sera une fonction qui sera essentielle et dont on attend beaucoup. C’est nécessaire pour le dispositif de renforcement de la lutte contre le narcotrafic”, affirme-t-il.

Le casse-tête budgétaire reprend

Derrière l’urgence sécuritaire, l’autre grand dossier de la rentrée sera financier. La Région bruxelloise reste engagée sur une trajectoire visant l’équilibre budgétaire en 2029. L’objectif est ambitieux alors que les finances régionales restent particulièrement dégradées. Le gouvernement devra donc trouver de nouvelles économies pour préparer le budget 2027 qui devrait être arrêté fin septembre après des discussions administratives et des négociations politiques. Boris Dilliès ne veut pour l’instant pas remettre en cause la trajectoire annoncée. “On est toujours sur cet objectif. Il est essentiel”, assure-t-il. Le ministre-président rappelle également le niveau de dette accumulé par la Région : “Quand vous avez 15 milliards de dettes, vous devez garder une trajectoire financière sérieuse.”

La réforme de l’administration doit également permettre de réduire les dépenses. Le gouvernement a lancé en juillet “atlas.brussels”, premier volet d’une réorganisation plus large des services publics régionaux. Deux des quatre opérations de fusion doivent encore avancer d’ici la fin de l’année. Le prochain chantier concerne notamment la création du “Service public régional de Bruxelles” (GOB), dont le projet a déjà été approuvé en première lecture avant les vacances. La place des hauts fonctionnaires dans cette nouvelle organisation devrait aussi faire l’objet de discussions.

Les arbitrages budgétaires pourraient toutefois être complexes pour les partenaires de majorité. “C’est toujours difficile de réaliser un budget et de faire en sorte justement de ne pas encore augmenter la fiscalité, mais de faire des économies”, reconnaît Boris Dilliès.

Audi Brussels : le pari de la relance économique

Autre dossier économique à suivre à la rentrée : la reconversion de l’ancien site Audi Brussels à Forest. La Région et le groupe industriel belge Heylen ont annoncé un accord pour l’acquisition des 55 hectares du site ce mardi, avec l’objectif d’y faire revenir de l’activité dès le début de 2027. Quelques centaines d’emplois sont annoncés dans un premier temps, notamment dans la logistique et la manutention. À terme, le gouvernement bruxellois vise 3.000 emplois sur le site, qui doit devenir un parc d’activités urbain mixte.

Pour Laurent Hublet (Les Engagés), ministre bruxellois de l’Emploi et de l’Économie, le projet doit permettre de recréer un véritable pôle industriel à Forest. “Une confiance mutuelle s’est installée autour du redéploiement de ce site : nous faisons preuve d’audace ensemble. Notre promesse commune est de transformer ce site en un outil industriel ouvert sur la ville, doté d’un écosystème diversifié et pleinement intégré dans le tissu bruxellois et belge. Ce projet représente l’une des opérations de redéploiement économique les plus structurantes sur notre territoire.” La Région prévoit notamment des incitants fiscaux et une réduction des délais de permis pour attirer les entreprises.

La LEZ toujours sur la table

Sur le front environnemental, la zone de basses émissions (LEZ) devrait encore alimenter les débats. Le gouvernement bruxellois travaille actuellement à des ajustements sociaux pour permettre à certains ménages vulnérables de continuer à circuler avec leur véhicule malgré les restrictions.

Deux options sont actuellement soumises au Conseil d’État, dont l’avis est attendu pour le 7 septembre. La première prévoit une exemption totale pour les titulaires d’une plaque d’immatriculation bénéficiant de l’intervention majorée (BIM), leur permettant de circuler dans la Région avec n’importe quel véhicule. La seconde proposition est plus restrictive : l’exemption serait réservée aux bénéficiaires du BIM qui résident à Bruxelles, y travaillent et ont au moins trois personnes à charge. Un avis critique pourrait relancer le bras de fer juridique autour de la LEZ, avec la possibilité pour des associations de saisir à nouveau la justice.

► Lire aussi | LEZ : le gouvernement bruxellois toujours divisé sur le futur régime dérogatoire

Ces mesures sociales sont distinctes de la réforme plus large de la LEZ prévue pour début 2027. Celle-ci doit notamment instaurer un système de pass annuel, envisagé à 350 euros, ainsi que plusieurs exemptions.

La mobilité bruxelloise en pleine transition

La mobilité sera également au cœur de cette rentrée, avec plusieurs dossiers sur la table. Le feuilleton des trottinettes et vélos électriques partagés, marqué cet été par une décision du Conseil d’État annulant les licences des deux opérateurs, ne s’arrêtera finalement pas au 1er septembre. Un régime provisoire a été mis en place par le gouvernement bruxellois pour assurer la continuité du service.

Cette période transitoire devrait se prolonger jusqu’en 2028 pour les vélos. Mais pour les trottinettes, l’avenir est déjà fixé. “À partir de janvier 2027, les trottinettes électriques partagées, c’est terminé”, confirme Boris Dilliès. Le ministre-président justifie notamment cette décision par leur dangerosité. “Plus de 600 accidents rien qu’en 2026, 25% d’accidents supplémentaires par rapport à l’année précédente. Et c’est un enfer, notamment pour les piétons.”

L’exécutif bruxellois entend toutefois mieux encadrer cette offre et limiter le nombre d’opérateurs présents dans l’espace public. “À terme, l’objectif est de n’avoir que deux opérateurs, parce qu’il ne faut pas remplacer un chaos par un autre chaos”, estime Dilliès. Le gouvernement devra donc encore trancher plusieurs questions sur le futur de la mobilité dans la capitale.

Autre dossier de mobilité : l’état des tunnels. La Région a obtenu 100 millions d’euros de Beliris pour financer la rénovation des tunnels Belliard et Loi. “Les travaux commenceront début 2027”, affirme le ministre-président. Au total, 200 millions d’euros sont prévus par le fonds fédéral pour financer des projets à Bruxelles.

“Good Move” au placard ?

L’évaluation du plan Good Move sera aussi lancée avant l’élaboration d’un nouveau plan régional de mobilité, qui devrait accorder davantage de place à la sécurité routière, avec des plans de circulation sur des périmètres plus restreints, notamment autour des quartiers scolaires. Tous les modes de déplacement seront pris en compte et la participation citoyenne renforcée. Parmi les autres changements annoncés dans la Déclaration de Politique Régionale, le projet de métro 3 sera remplacé par un tramway, tandis qu’un tram devrait également voir le jour à Tour & Taxis.

Le bruit des avions exaspère toujours

Le dossier des nuisances aériennes n’a pas non plus disparu pendant l’été. La Région souhaite notamment obtenir la suppression de la route aérienne RNP 07, dite “route Crucke”, particulièrement contestée par les riverains du nord de Bruxelles. Mise en service temporairement en juillet 2025 dans le cadre de travaux à l’aéroport, cette trajectoire a continué à être utilisée après la fin du chantier, provoquant une multiplication des plaintes et des recours en justice. Entre janvier et avril 2026, 3.815 infractions aux normes de bruit ont ainsi été constatées à Bruxelles.

Cette route traverse Bruxelles d’est en ouest et concentre les nuisances sur les mêmes habitations. Invité de Bonsoir Bruxelles, Vincent Vanwijnsberghe, le président de Free Air 4 Brussels, estime que la situation est devenue difficilement tenable : “La tension monte, les gens n’en peuvent plus, il y a un avion qui passe toutes les 1 minute et 35 secondes.”

Le gouvernement bruxellois a lui-même décidé en juin de saisir la justice pour contester l’utilisation de cette route aérienne. Plusieurs communes lui ont depuis emboîté le pas : Schaerbeek, Evere, Berchem-Sainte-Agathe, ou encore Lennik ont engagé des procédures judiciaires dans le dossier, qui devrait donc encore s’intensifier à la rentrée. Le fédéral doit communiquer d’ici le 1er octobre les mesures qu’il entend prendre pour réduire les nuisances autour de l’aéroport. Parmi les pistes défendues par les autorités bruxelloises figurent notamment une meilleure répartition des vols et une limitation du survol des zones les plus densément peuplées. Les 19 bourgmestres bruxellois réclament également une interdiction des vols de nuit entre 22h et 7h.

► Dossier | Survol de Bruxelles : retour sur la saga de la route RNP07 dite “route Crucke”

“Brussels Deal” : la crainte d’une crise

Sur le front social, BRUZZ nous apprend que les négociations sur le “Brussels Deal” se poursuivent, alors que la suppression de 1.000 places d’accueil est entrée en vigueur ce 1er septembre. Lancé fin 2022 pour répondre au manque de places dans le réseau ordinaire de Fedasil, le dispositif avait permis de financer 2.000 places supplémentaires à Bruxelles, pour un budget annuel de 42 millions d’euros.

Mais la demande a depuis diminué, selon la ministre fédérale de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA). Elle estime qu’environ 1.000 hommes isolés sont désormais sur liste d’attente, dont la moitié seraient hébergés chez des proches. Une situation qui justifie, selon elle, la suppression de la moitié des places : “L’argent des contribuables ne peut être dépensé qu’une seule fois. S’il n’y a plus qu’environ 1.000 personnes sur liste d’attente, je ne vais pas continuer à payer pour 2.000 places.”

Le Foyer anderlechtois toujours sous tension

Le Foyer anderlechtois n’en a pas fini avec les suites de la crise qui a secoué la société de logements sociaux. La commission d’enquête parlementaire a adopté 26 recommandations, notamment sur la transparence, la politisation et l’attribution des logements. Mais leur mise en œuvre reste désormais à suivre. Le dossier a encore connu un rebondissement pendant l’été avec la réélection de Lotfi Mostefa à la présidence du conseil d’administration. La vice-présidente Marcela Gori (MR) a, elle, annoncé sa démission. Le commissaire spécial Philippe Van Roost continue quant à lui d’exercer les compétences du président et du vice-président au moins jusqu’au 30 novembre.

Saint-Josse : le bras de fer avec la Région se poursuit

À Saint-Josse, la rentrée se fera avec la Région aux commandes. Le gouvernement bruxellois a décidé en mai de placer la commune sous tutelle coercitive, en raison de ses difficultés financières et de plusieurs dysfonctionnements dans sa gestion. Une mesure exceptionnelle, puisqu’elle n’avait plus été utilisée à Bruxelles depuis 1976. Le bourgmestre Emir Kir conteste toutefois la décision et assure que la situation financière de la commune s’est améliorée. “L’acte qui est posé à l’encontre de la commune est d’une violence inouïe. Sur quelles bases repose cette décision mis à part l’arbitraire ? (…) S’il s’agit de noyer le poisson et tenter une diversion sur des faits bien plus graves qui se produisent dans d’autres communes, personne n’est dupe” , avait réagi le principal intéressé. La procédure doit se poursuivre dans les prochains mois, la commune a notamment indiqué qu’elle comptait attaquer la Région.

Camille Gnonsian – Photo : Belga Image