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Deux ans après sa mise en place, où en est la stratégie des “hotspots” en Région bruxelloise ?

Les bourgmestres de Schaerbeek et de Saint-Josse ont annoncé en début de semaine de nouvelles mesures dans le Quartier Nord afin de lutter contre l’insécurité et le trafic de drogue. Ce quartier est déjà reconnu comme un “hotspot” régional depuis mars 2024. À cet égard, il bénéficie d’une approche coordonnée à l’échelle communale et régionale. 17 autres quartiers dans la capitale sont concernés par cette dénomination. Deux ans après le lancement de ce dispositif de sécurité, où en est-on ?

En mars 2024, le Conseil régional de Sécurité de la Région bruxelloise (CORES) – qui réunissait alors le ministre-président Rudi Vervoort (PS), les bourgmestres des 19 communes bruxelloises et les chefs de police des six zones – annonce une nouvelle stratégie pour lutter contre le trafic de drogue et les violences qui y sont liées dans la capitale. Quinze “hotspots” – soit des zones d’actions prioritaires – sont identifiés grâce aux données récoltées par la police judiciaire et les polices locales. Deux ans plus tard, trois autres ont été ajoutés à la liste (la station Aumale à Anderlecht fin 2024, le Parc Elisabeth à cheval entre Koekelberg et Ganshoren début 2025 et le quartier Marbotin à Schaerbeek fin 2025).

Concrètement, ces hotspots sont des périmètres dans lesquels vont se concentrer les efforts administratifs et policiers pour rétablir au mieux un climat de sécurité pour les riverains. Le tout en donnant la possibilité aux communes concernées de faire appel à des moyens extra-communaux, en partenariat avec la Région ou le niveau fédéral. Les services de police sont par ailleurs autorisés – 24 heures sur 24 et sept jours sur sept – à y effectuer des activités de surveillance et des contrôles d’identité des personnes sur la voie publique.

Ce dispositif temporaire est, depuis deux ans, prolongé tous les six mois via un arrêté du ministre-président.

Le fraîchement nommé ministre-président bruxellois Boris Dilliès (MR), qui a fait de la sécurité l’un de ses chevaux de bataille, vient d’ailleurs de prolonger ce dispositif jusqu’au 2 septembre 2026. Selon le texte de cet arrêté publié le 2 mars 2026, la police fédérale a recensé, entre le 4 septembre 2025 et le 19 février 2026, 43 fusillades sur le territoire bruxellois ayant causé deux décès et 17 blessés. À noter que ces chiffres sont provisoires et n’ont pas encore été validés dans la Banque de données nationale générale, mais ils reflètent selon Boris Dilliès l’une des raisons de la nécessité de maintenir ce mécanisme.

“Un point de deal n’est pas un autre”

Bien que l’arrêté de mise en œuvre de cette politique de hotspots soit régional, il laisse une grande autonomie aux pouvoirs locaux pour adapter les réponses et les sanctions à apporter. La commune d’Anderlecht a par exemple décidé en 2024 de mettre en place une amende administrative pouvant atteindre 500€ pour les personnes surprises dans le Peterbos ne résidant pas dans le quartier ou ne disposant pas d’un motif professionnel légitime. Objectif : lutter contre le trafic de drogue dans ce quartier.

Environ 250 personnes ont été sanctionnées depuis la mise en place de cette sanction administrative communale (SAC). Ce chiffre comprend tant les personnes sanctionnées administrativement par la commune que celles sanctionnées judiciairement. “L’action administrative communale vient toujours en soutien d’une première action judiciaire“, explique le bourgmestre anderlechtois Fabrice Cumps. Le pouvoir judiciaire a en effet décidé lui aussi de resserrer la vis contre les consommateurs en leur adressant immédiatement une proposition de transaction immédiate (PTI), s’ils sont pris en flagrant délit.

Mais un point de deal n’est pas un autre“, rappelle Fabrice Cumps. “L’avantage de la politique des hotspots est la territorialité de l’action. On peut donc adapter la réponse publique à la réalité du terrain. Le Peterbos est une cité enclavée où l’on retrouve un type de deal destiné à une consommation de cocaïne que l’on pourrait qualifier de ‘récréative’, avec un public solvable. Du côté de Clemenceau ou de la Gare du Midi, c’est plutôt de la consommation de crack, un public en errance, c’est pour cela que la réponse que l’on a apporté au Peterbos de sanctionner le consommateur ne pourrait absolument pas fonctionner dans ces autres quartiers. Il faut une autre réponse, qui n’est d’ailleurs pas forcément sécuritaire.”

Ces derniers jours, plusieurs fusillades ont été signalées à Anderlecht, s’étendant parfois hors des périmètres de hotspots. “Il ne faut jamais perdre de vue qu’il reste des problèmes à gérer en dehors des territoires des hotspots”, rappelle le bourgmestre.

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De la fermeture de commerces aux interdictions personnelles

À Schaerbeek et Saint-Josse, les bourgmestres ont annoncé en début de semaine une série de mesures sécuritaires dans le Quartier Nord, dont la fermeture nocturne – de 1h à 6h du matin – de tous les commerces accessibles au public. Une mesure forte, justifiée par “la volonté de calmer les rues en soirée pour essayer de réduire l’insécurité dans ce quartier“, explique le bourgmestre ff. Martin de Brabant (MR). Il s’agit d’une “concrétisation de la politique des hotspots“, décidée par la Task Force Locale Nord, un groupe de travail réunissant les bourgmestres, la zone de police, safe.brussels et le parquet. Cette mesure provisoire, qui doit encore être votée lors du conseil communal du 25 mars, est appelée à durer trois mois, avant d’être réévaluée.

De manière générale, des mesures d’interdiction de l’alcool sur la voie publique ainsi que le renforcement de la présence policière est prévu dans la plupart des hotspots. Des mesures plus ciblées d’interdiction de lieu touchant certains individus en particulier peuvent aussi être décidées par les bourgmestres.

Fusion des zones de police et militaires en rue

Selon le bourgmestre d’Anderlecht, un aspect fait encore défaut dans la politique des hotspots aujourd’hui. “Nous avons un soutien très clair de la police judiciaire fédérale au niveau des enquêtes judiciaires, mais l’appui opérationnel pour occuper le terrain fait un peu défaut. Le ministre de l’Intérieur nous a donné 18 personnes (ndlr : à la commune d’Anderlecht) pour compléter notre dispositif, en particulier la nuit, mais ces policiers fédéraux nous ont dit eux-mêmes qu’ils n’étaient pas former pour ça. Ce n’est donc pas la bonne réponse. La bonne réponse est un refinancement des polices zonales pour pouvoir apporter la réponse la plus concrète possible sur le terrain“, estime-t-il.

Une autre donnée va devoir prochainement être prise en compte dans la stratégie de sécurité en Région bruxelloise : la fusion des zones de police qui devrait devenir une réalité opérationnelle entre octobre 2027 et janvier 2028. “La fusion des zones de police ne devrait pas avoir d’impact direct sur la stratégie de hotspots“, prévoit Fabrice Cumps. “Tout va plutôt dépendre de la stratégie voulue par le ministre-président Boris Dilliès. Nous n’avons pas encore eu de réunion à ce propos, mais son prédécesseur à l’origine de ces hotspots, Rudi Vervoort, avait bien annoncé que cette stratégie n’était pas destinée à rester figée et pouvait évoluer.”

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Par ailleurs, le dossier du déploiement de militaires aux abords des gares, des stations de métro et des endroits liés aux trafic de drogue longtemps resté bloqué sur la table du gouvernement fédéral vient de connaître un dénouement ce mercredi, après un accord entre trois partis de la majorité (CD&V, N-VA et MR). Il prévoit le déploiement de militaires dans les rues à partir de ce lundi. Il s’agira d’un maximum de 200 militaires déployés à Bruxelles et à Anvers pour une période limitée à trois mois, a précisé le ministre de la Défense Theo Francken, jeudi en séance plénière de la Chambre.

Victor de Thier – Photo : BX1/Belga

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