Kalvin Soiresse évoque une “fraude organisée” à l’agence immobilière sociale de Saint-Josse : “Karine Lalieux a manqué de célérité”
Kalvin Soiresse était l’invité de Bonjour Bruxelles ce mercredi matin.
À partir du 1er janvier prochain, il ne sera plus possible de louer une trottinette électrique sur le territoire bruxellois. Une décision prise par le gouvernement régional qui suscite des réactions contrastées. “Il fallait intervenir au vu des chiffres”, commence Kalvin Soiresse. “On comptait quatre décès en 2022 et treize en 2024. Mais la question est de savoir si une décision aussi radicale et aussi rapide est la bonne. Elle prive une partie de la population d’une solution de mobilité, notamment les jeunes des quartiers populaires et les classes moyennes. À nos yeux, il aurait d’abord fallu expérimenter davantage des outils d’identification des trottinettes.”
Selon lui, l’encadrement actuel reste insuffisant et d’autres pistes auraient pu être explorées. “Chaque nouveau mode de transport nécessite un temps d’adaptation. Le vélo a lui aussi posé des difficultés, sans pour autant être interdit.”
Les trottinettes privées, elles, ne seront pas concernées par cette interdiction. Les problèmes de sécurité risquent-ils donc de persister ? “C’est effectivement un risque”, reconnaît-il. “Ces engins deviennent de plus en plus accessibles financièrement. En outre, ils ne sont ni identifiables ni bridés. Cette décision a été prise trop rapidement, sans véritable réflexion de fond avec les acteurs du terrain. Si l’on interdit un moyen de transport, il faut aussi proposer une alternative crédible.”
Parallèlement, le service Villo! poursuivra son exploitation jusqu’en septembre 2028 au plus tard. “Beaucoup de choses doivent encore être améliorées”, tempère le député bruxellois. “Quand on compare avec les opérateurs privés, le service accuse un certain retard en matière de praticité. Les vélos sont lourds et peu maniables. Il faut revoir le contrat afin que la Région y trouve davantage son compte. La population n’a pas pleinement adhéré au modèle actuel. Il reste notamment difficile de trouver des vélos électriques.”
La commission d’enquête sur le Foyer Anderlechtois
Cette jeudi marquait le début des auditions de spécialistes dans le cadre de la commission d’enquête sur le Foyer Anderlechtois. Une simple mise en route ou déjà un travail de fond ? “Le secteur du logement social est extrêmement complexe et son fonctionnement est parfois difficile à comprendre. Comme cette commission est publique, il est essentiel que chacun puisse saisir les mécanismes en jeu. J’ai personnellement appris beaucoup de choses. Par exemple, l’expert Paul Zimmer nous a expliqué que la SLRB n’exerçait pas un contrôle suffisant sur les sociétés de logement public. Il a également évoqué l’existence d’un comité de dérogation présidé par le président de la société, ce qui n’aurait jamais dû être le cas puisqu’il ne reposait sur aucune base légale.”
L’élu pointe également certaines zones grises dans la législation. “Le rôle du délégué social n’est pas suffisamment clair. Exerce-t-il un contrôle de légalité ou d’opportunité ? Peut-il comparer deux dossiers ? Dans ce flou, certains peuvent être tentés de contourner les règles ou d’intervenir dans les listes d’attente. C’est inacceptable : tous les demandeurs doivent être traités sur un pied d’égalité.”
Pour rappel, la commission ne doit durer que cinq semaines. “La majorité nous impose un rythme effréné alors que plusieurs partis participent aux travaux. Chacun doit pouvoir s’exprimer et ce n’est pas simple dans un délai aussi court. Nous avons déjà demandé une prolongation et nous le ferons à nouveau. À ce rythme, on risque de ne jamais faire toute la lumière sur cette affaire.”
Saint-Josse : “Une fraude organisée”
Autre dossier brûlant de la semaine : la situation à Saint-Josse. Un audit a révélé une fraude massive au sein de l’Agence immobilière sociale (AIS) de la commune. Pendant près de vingt ans, certains employés se seraient attribué des logements à eux-mêmes ou à leurs proches, tout en falsifiant la comptabilité.
Dans un premier temps, le MR avait proposé d’intégrer cette affaire aux travaux de la commission d’enquête sur le Foyer Anderlechtois. “Lorsqu’on mélange tous les dossiers, on finit par ne rien résoudre”, estime Kalvin Soiresse. “J’ai l’impression que le MR entretient une certaine confusion en raison de son agenda politique. Nous voulons, au contraire, assainir les pratiques et repartir sur des bases saines.”
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L’élu écologiste se dit néanmoins choqué par l’ampleur des faits révélés. “Quand neuf dossiers sur dix sont concernés, on ne parle plus de cas isolés, mais bien d’une fraude organisée. C’est extrêmement grave. Mais il faut traiter ce dossier séparément de celui du Foyer Anderlechtois, car les procédures et les autorités de tutelle ne sont pas les mêmes.”
Il affirme également que son groupe politique suit ce dossier depuis plusieurs années. “Nous avons déjà posé des questions à partir de 2019.” Pourquoi, dès lors, le scandale n’éclate-t-il qu’aujourd’hui ? “Parce que certains ont tout fait pour se protéger et empêcher que la vérité n’éclate. Il faudra établir les responsabilités, tant au niveau communal que régional. Je pense notamment à Nawal Ben Hamou, qui avait promis de désigner un délégué régional au sein du conseil d’administration sans jamais concrétiser cet engagement. Au-delà des fraudes, nous avions également connaissance d’allégations de harcèlement moral et sexuel au sein de l’AIS. Aujourd’hui, certains font comme si ces problèmes étaient nouveaux, alors qu’ils sont connus depuis longtemps.”
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Enfin, Kalvin Soiresse estime que la secrétaire d’État Karine Lalieux a manqué de célérité. “Elle nous a transmis très rapidement le rapport en promettant d’anonymiser les données personnelles. C’est ce qu’elle a fait, mais nous n’avons reçu que cinq pages alors que le rapport complet en compte près de 600. Comment voulez-vous mener un travail sérieux dans ces conditions ? Je demande que le Parlement puisse disposer de l’intégralité du dossier.”
- Une interview de Kalvin Soiresse par Fabrice Grosfilley dans Bonjour Bruxelles