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“Cette mesure ne résout rien”: le secteur associatif dénonce l’interdiction d’alcool dans l’hypercentre de Bruxelles

La Ville de Bruxelles entend maintenir son interdiction de consommation d’alcool dans l’espace public dans plusieurs quartiers de l’hypercentre. Une décision qui a ravivé le débat sur l’efficacité d’un dispositif qui sanctionne et dont les limites sont reconnues par ceux qui le défendent.

Jusqu’ici prolongée d’année en année, l’interdiction de consommation d’alcool dans l’espace public sera désormais maintenue pour quatre ans dans certains quartiers de l’hypercentre. Elle concerne notamment la zone piétonne, une partie de l’hypercentre autour de Rogier, Yser et Sainte-Catherine, la rue Dansaert, le Nouveau Marché aux Grains et les quartiers des Quais. Elle s’applique 24 heures sur 24, sauf sur les terrasses horeca et lors des manifestations autorisées. Les contrevenants s’exposent à une amende administrative pouvant atteindre 500 euros.

■ Une interview de Charlotte Bonbled, directrice de l’ASBL Dune, au micro de Jean-Christophe Pesesse et Yan Vangansbeek

La mesure remonte à février 2020 à l’initiative de l’actuel bourgmestre Philippe Close (PS). Elle avait alors été instaurée à titre expérimental pour six mois et ne concernait que la consommation d’alcool la nuit, entre minuit et 6h, dans une zone autour de la Bourse. L’objectif était alors de lutter contre les nuisances liées à la consommation excessive d’alcool, notamment les bagarres et les troubles à l’ordre public. Mais le confinement avait empêché la Ville de tirer les conclusions de cette première expérience. Le règlement a ensuite été prolongé et progressivement étendu à d’autres quartiers de l’hypercentre.

“La lutte contre les assuétudes passe par les soins”

Sur le terrain, Charlotte Bonbled, directrice de l’ASBL Dune, s’y oppose notamment : “Voilà une mesure qui prolonge un dispositif qui ne résout rien, qui, au contraire, crée un double standard entre les personnes tolérées qui consomment sur les terrasses des cafés et les personnes que l’on sanctionne. Elles ne le sont pas pour des nuisances liées à leur consommation, mais pour leur condition de vie précaire”, explique-t-elle au micro de BX1. Pour elle, la réponse doit davantage passer par l’accompagnement : “On aimerait qu’on puisse enfin comprendre que la lutte contre les assuétudes passe par les soins. Plutôt que de mettre en œuvre des ordonnances qui vont simplement déplacer ces publics d’une rue ou d’un quartier à l’autre, ce qu’il faut, c’est pouvoir accompagner ces personnes, faire du lien avec elles.” Avant de conclure : “Pour nous, c’est vraiment important qu’on cesse de les déplacer pour que nous, travailleurs et travailleuses sociales, puissions les retrouver et les accompagner vers des centres d’accompagnement.”

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Lors du conseil communal de la Ville de Bruxelles ce lundi soir, Ecolo a voté contre la prolongation de l’interdiction de consommation d’alcool et le PTB s’est abstenu. Jérôme Jolibois (Ecolo) a d’abord pointé les chiffres des procès-verbaux, qui restent “élevés et relativement stables”. “Pourquoi renouveler à l’identique une mesure dont les propres considérants constatent qu’elle n’a pas permis d’améliorer la situation ?”, a-t-il demandé.

Le conseiller communal a également relevé que le projet reconnaît lui-même l’existence de problématiques sociales, médicales et psychiatriques chez les personnes concernées. “Dans ce texte qui nous est soumis aujourd’hui, je ne vois ni nouvelle mesure de prévention, ni dispositif supplémentaire d’accompagnement social. On retrouve essentiellement l’interdiction, les sanctions administratives et la saisie des boissons”, a-t-il poursuivi.

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Bruno Bauwens (PTB) a, lui aussi, dit comprendre les difficultés rencontrées dans certains quartiers, mais remis en doute l’utilité des amendes. “On peut donner des amendes, ça ne va pas résoudre le problème, ça criminalise.”

Le conseiller communal a raconté avoir discuté avec des agents constatateurs qui lui auraient expliqué ne plus donner certaines amendes parce que les personnes concernées ne sont pas en mesure de les payer. Il a aussi mis en parallèle cette logique de sanction avec la diminution des moyens disponibles au niveau régional pour accompagner les personnes concernées. “On va réprimer et criminaliser d’un côté et de l’autre côté on désinvestit au niveau régional dans les associations qui aident, a-t-il lancé.

Des limites assumées

Philippe Close a, quant à lui, défendu le renouvellement du règlement en insistant sur le fait qu’il ne constitue pas, à lui seul, une réponse à toute la problématique, mais un élément parmi d’autres de la politique menée par la Ville sur l’espace public. “Je n’ai jamais dit qu’on pensait que ce règlement allait résoudre tout le problème de l’alcoolisme, tout le problème de l’assuétude, tout le problème de la pauvreté qui y est lié.”

Il a notamment cité le travail des services sociaux et des associations présentes sur le terrain. “C’est un des outils dans la trousse que nous utilisons, ça n’est pas le seul”, a-t-il insisté.

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Philippe Close a également évoqué les échanges avec les riverains et plusieurs associations autour de situations problématiques. “C’est une mesure qui n’est pas amusante à prendre, ce n’est pas quelque chose dont je m’enorgueillis”, a-t-il reconnu.

Et de conclure sur les limites du dispositif : “Est-ce qu’aujourd’hui l’assuétude a disparu de l’espace public ? Certainement pas. Est-ce qu’aujourd’hui les associations ont besoin de moyens ? Certainement.”

L’extrait complet du conseil communal du 21/09/2026 sur le sujet :

Camille Gnonsian – Photo : BX1