613 jours sans gouvernement : retour sur la plus longue crise politique de l’histoire belge
L’accord enfin conclu entre les sept partis marque la fin d’une saga inédite : la plus longue crise politique de l’histoire belge. 613 jours marqués par des initiatives, des tentatives, de l’espoir souvent, et des échecs jusqu’ici.
9 juin 2024
Soir de fête au MR : avec 20 sièges, les Réformateurs bruxellois deviennent le premier parti de la Région. David Leisterh célèbre son sacre. “Je pense que j’ai jamais été aussi heureux. Je pense que je suis le ministre-président oui“, nous confie-t-il alors.
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Pourtant, les négociations pour former un gouvernement seront difficiles, on le dit déjà à l’époque.
Août 2024
Il faudra attendre début août pour qu’une coalition francophone rassemblant le MR, le PS et les Engagés voit le jour. “On a une majorité du côté francophone, mais pas du côté néerlandophone. Il nous manque encore un député“, annonçait le formateur David Leisterh sur notre antenne.
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Fin novembre 2024
Groen, la N-VA, l’Open VLD et Vooruit annoncent leur coalition en novembre. Problème : le PS refuse la présence des nationalistes flamands. Les négociations s’enlisent et le blocage est total. “Il appartiendra à David Leisterh de choisir entre le deuxième parti représenté au parlement bruxellois, le PS, ou la N-VA qui ne pèse que 2% dans l’électorat bruxellois“, réagit alors Ahmed Laaouej.
Février 2025
Les Engagés et Groen tentent de sortir de l’ornière. Une mission d’information leur est confiée et débouche sur une proposition de coalition sans la N-VA. Cette fois, c’est l’Open VLD qui se braque : “On parle de sauver Bruxelles. Il faut un partenaire dans le gouvernement fédéral“, argumente le négociateur Frédéric De Gucht.
Différentes pistes sont alors explorées, comme celle d’un gouvernement minoritaire sans le PS, celle d’une coalition progressiste sans le MR ou d’une coalition compatible avec la N-VA sans que le parti soit représenté. Les tentatives s’enchaînent sans aboutir.
On s’enfonce dans une crise qui touche lourdement le monde associatif : “Si on continue à fonctionner comme ça, sur l’ensemble de l’année 2025, il y a des services qui vont devoir fermer“, avertit Bruno Gérard, le directeur de la Confédération des entreprises à profit social, Bruxeo.
28 octobre 2025
Aucune perspective à l’horizon : David Leisterh, chef de file du MR, finit par quitter le navire : “Je me retire du jeu. Je quitte la vie politique active, nationale et régionale parce que continuer dans les conditions actuelles, ce serait trahir ce en quoi je crois“, annonce-t-il dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.
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Le président du MR, Georges-Louis Bouchez reprend alors les rênes, mais lui aussi fera chou blanc.
Décembre 2025
Bruxelles bat le triste record tenu par le fédéral des 541 jours sans gouvernement.
Le monde associatif et économique s’associe pour lancer un appel aux responsables politiques. “Il y a des décisions qui sont dures à prendre aujourd’hui pour avoir un budget et on ne les prend pas. On est au pied de la falaise et c’est comme si ce n’est pas compris”, s’alarme Alexandre Holson, codirecteur de la Maison Dandoy. Céline Nieuwenhuys, secrétaire générale de la Fédération des services sociaux : “On a des lieux de lien dans les quartiers qui ne savent pas si les salaires vont être payés en janvier 2026. Et pourtant, c’est incroyable, les travailleurs restent”.
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Yvan Verougstraete (Les Engagés) prend alors la main et tente une coalition sans le MR. Georges-Louis Bouchez fulmine : “On ne respecte pas le résultat électoral en excluant la première formation politique francophone”, se scandalise-t-il dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.
20 janvier 2026
Malgré tout, le président des Engagés avance et rêve de sa coalition Guinness. Il y croit et planche durant plusieurs semaines avant de renoncer : l’Open VLD le lâche.
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“On est dans l’obligation d’acter qu’aujourd’hui, nous ne sommes pas dans la possibilité d’offrir la solution que méritent les Bruxellois et les Bruxelloises”.
30 janvier 2026
Le cap des 600 jours sans gouvernement est franchi.
Le marasme est total… avant l’annonce surprise, le 8 février, d’un conclave qui débouche sur une fumée blanche.
■ Reportage de Jean-Christophe Pesesse et Stéphanie Mira