Survol de Bruxelles : retour sur la saga de la route RNP07 dite “route Crucke”
Jeudi dernier, Jette a rejoint les autres communes bruxelloises qui ont décidé d’agir en justice contre l’usage de la route RNP07 de l’aéroport de Bruxelles-National. Retour sur cette saga aérienne.
Mise en service en juillet 2025 dans le cadre d’une réorganisation temporaire du trafic aérien durant des travaux à l’aéroport, la route RNP07, aussi surnommé “route Crucke“, a continué à être utilisée après ceux-ci provoquant la colère de collectifs citoyens et plusieurs actions en justice. Entre janvier et avril 2026, 3.815 infractions aux normes de bruit ont déjà été constatées à Bruxelles. Un triste record qui empoisonne la vie de nombreux riverains.
Août 2025
La bourgmestre de Koekelberg, Olivia P’tito (PS), s’insurge contre l’augmentation des nuisances sonores causées par les atterrissages sur la piste 07 Left de Brussels Airport. “Je ne comprends pas qu’on puisse agir de la sorte, qu’en termes de sécurité, on envoie tous les avions sur certaines des communes les plus densément peuplées de Bruxelles. On veut bien être solidaires, mais cela ne peut pas être une solution“. Olivia P’tito affirme avoir écrit à Bruxelles Environnement ainsi qu’au ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke (Les Engagés), pour demander des mesures immédiates.
Décembre 2025
Une pétition lancée par les collectifs citoyens Stop Survol Bruxelles Nord – RNP 07L et Free Air Brussels North recueille des milliers de signatures en quelques jours. Elle demande la fin des survols répétés au-dessus de quartiers densément peuplés, une situation qui concerne environ 450.000 habitants.
Les bourgmestres de Koekelberg, Molenbeek-Saint-Jean et Schaerbeek s’inquiètent de l’augmentation du survol aérien de leurs communes et soutiennent la mobilisation citoyenne contre l’usage intensif de la route d’atterrissage 07L au-dessus du nord de Bruxelles. Les trois bourgmestres ont constaté que cette route temporaire était à nouveau utilisée en octobre, alors que les travaux à l’aéroport étaient terminés. Depuis le début des vacances d’hiver, ils observent une aggravation de la situation.
Selon les chiffres avancés, 1.217 atterrissages ont été enregistrés sur la piste 07L en décembre. Plus de 6.000 vols ont déjà survolé les zones les plus densément peuplées de Bruxelles cette année, ce qui en fait la seconde pire année en dix ans. Les jours précédant la prise de parole des édiles, jusqu’à 98 % des atterrissages auraient emprunté cette route.
Les bourgmestres regrettent également l’absence de réponse à une lettre adressée en octobre au ministre fédéral de la Mobilité Jean-Luc Crucke. Ils demandent l’arrêt de l’usage intensif de cette route et sollicitent le soutien de Bruxelles Environnement afin de faire respecter l’arrêté bruit.
Dans la foulée, le médiateur fédéral pour l’aéronautique, Philippe Touwaide, a répondu aux critiques formulées par les bourgmestres. Selon lui, la situation est exclusivement liée à des conditions météorologiques particulières et ne résulte d’aucune décision politique nouvelle. Il insiste sur le caractère temporaire et exceptionnel de la situation, dictée par la sécurité aérienne.
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Février 2026
Les bourgmestres de Koekelberg, Schaerbeek et Molenbeek-Saint-Jean font part de leur déception, après une réunion avec le cabinet du ministre Crucke au sujet de l’usage fréquent de la nouvelle route aérienne. Nuisances sonores excessives, vols de nuit intempestifs et fréquence élevée des vols empoisonnent la vie des riverains, selon eux. Ils dénoncent le non-respect du caractère temporaire de la route, prolongée jusqu’en octobre, et le manque de responsabilité politique du ministre Crucke, qui renvoie au contrôleur aérien Skeyes.
Dans un communiqué, le cabinet de Jean-Luc Crucke souligne que la situation actuelle découle de la mise en conformité par rapport à une obligation européenne en matière de navigation aérienne. “Les trajectoires aériennes relèvent d’une analyse strictement technique et opérationnelle” élaborée par l’administration compétente (le SPF Mobilité) et Skeyes. “Aucune décision politique n’a été arrêtée en vue de favoriser ou de pénaliser un territoire en particulier“, souligne le ministre, selon qui la décision de favoriser la route concernée a été prise sur base de l”‘unique proposition de Skeyes“.
Ce tracé a été prolongé jusqu’à fin octobre à la demande de l’administration (la DGTA au sein du SPF Mombilité) afin de lui permettre de finaliser les analyses d’impact et d’éventuelles alternatives, explique son cabinet. L’utilisation de la piste 07L est par ailleurs un choix dicté par les conditions de vent, conformément aux règles de sécurité, invoque-t-il encore.
De son coté, le ministre bruxellois de l’environnement Alain Maron (Ecolo) assure que les dépassements des normes de bruit par les avions survolant le nord de la capitale via la nouvelle route sont méticuleusement enregistrés par les sonomètres de la Région bruxelloise. Rien que pour le mois d’août dernier, 64 PV ont été dressés aux compagnies aériennes en infraction sur cette “Route Crucke“, a encore dit le ministre qui attend toujours une réponse du ministre fédéral au courrier qu’il lui a adressé pour connaître la raison de son choix.
Mars 2026
Mi-mars, le conseil communal de Koekelberg a approuvé à l’unanimité une motion demandant la suppression immédiate de la nouvelle route aérienne RNP-07. La commune, avec le soutien de tous les partis représentés au conseil communal entame des démarches judiciaires pour faire annuler cette route.
Quelques jours après cette première action en justice, les bourgmestres des 19 communes bruxelloises se sont accordés au début du mois sur des revendications communes afin de limiter les nuisances aériennes dues au survol de la Région-capitale.
Parmi les quatorze demandes adressées au Fédéral, le principe du non-survol des zones les plus densément peuplées occupe une place de choix, tout comme le fait de considérer la vocation urbaine de l’aéroport national dont les activités ont par conséquent lieu de jour. Il est demandé d’enfin appliquer l’interdiction des vols de nuit entre 22h et 7h du matin “comme de nombreux aéroports européens et, au besoin, d’initier une étude permettant de connaître les conséquences concrètes de cette mesure sur l’exploitation de l’aéroport“.
Les 19 maïeurs bruxellois ont par ailleurs formulé une demande centrale : diminuer les atterrissages via un survol intense de la capitale à quelques centaines de mètres de hauteur par les pistes subsidiaires 01 et 07 lorsque les vents dominants d’ouest tournent et viennent du nord-est ou du sud-est. En cause selon eux : une application trop stricte des normes de vent, à l’origine d’un basculement rapide vers ces pistes alternatives. Ils rappellent que l’Etat belge a déjà été condamné pour cela à au moins deux reprises.
Avril 2026
La commune de Schaerbeek rejoint Koekelberg dans son action en cessation environnementale devant la justice. La commune demande au fédéral de prendre des mesures structurelles : adaptation des trajectoires pour éviter les zones densément peuplées, respect strict des normes existantes et des décisions de justice et suppression de la route RNP 07L dans sa forme actuelle.
La secrétaire d’État bruxelloise à l’Environnement, Ans Persoons (Vooruit.brussels), monte aussi au créneau contre les nuisances sonores causées par la trajectoire de vol RNP-07. Selon Mme Persoons, Bruxelles doit être autour de la table des discussions pour trouver une solution. “Il faut une meilleure répartition, cette situation n’est plus humaine“.
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Mai 2026
Mi-mai, Ans Persoons, la secrétaire d’Etat bruxelloise en charge notamment de l’Environnement, a annoncé qu’elle allait proposer au gouvernement régional de se joindre aux communes qui ont décidé de contester en justice le survol intensif de la capitale.
Le 25 mai, le conseil communal d’Evere a adopté une motion visant à lutter contre l’intensification du survol aérien de la commune et de la Région bruxelloise par des avions décollant ou atterrissant à Brussels Airport. La motion demande notamment l’interdiction des vols de nuit entre 22h00 et 07h00 et de s’associer à toutes les actions en justice portées par les communes voisines.
Juin 2026
Début juin, les bourgmestres bruxellois rencontrent le ministre Crucke sans obtenir d’avancée sur le dossier. Une semaine plus tard, le gouvernement bruxellois décide de saisir la justice contre l'”autoroute aérienne” qui engendre le survol de Bruxelles par des avions atterrissant sur la piste 07 gauche de l’aéroport national. Formellement, l’exécutif régional a décidé d’introduire une action en cessation contre le recours à cette route aérienne. Cette procédure pourrait, à terme, conduire à l’imposition d’astreintes à l’État fédéral en cas de non-respect des normes bruxelloises de bruit lors des atterrissages sur la piste 07L.
Selon une étude de l’ULB, plus de 270.000 personnes subissent déjà les nuisances liées à cette route aérienne. Si l’on y ajoute les habitants concernés par les approches vers la piste 07R, ce chiffre pourrait atteindre près de 400.000 personnes. Par ailleurs, les mesures réalisées par les sonomètres installés en Région bruxelloise montrent que 96 % des vols dépassent les normes de bruit en vigueur. Des astreintes sont déjà imposées à l’État fédéral à la suite d’une précédente action en cessation, mais celle-ci ne concerne actuellement que les atterrissages sur la piste 01. Les communes bruxelloises sont invitées à se joindre à l’action en cessation régionale.
Juillet 2026
Le mouvement citoyen bruxellois Free Air 4 Brussels dénonce un triplement du trafic aérien au-dessus de Bruxelles depuis le lancement de la route aérienne RNP-07L, dite “route Crucke”. L’organisation fustige un manque de respect de la part du gouvernement fédéral envers la qualité de vie des Bruxellois. Les citoyens déplorent qu’aucun débat sur le trafic au-dessus de Bruxelles n’ait encore eu lieu. Pourtant, un déplacement massif et évident du ballet aérien s’est produit, soulignent-ils.
Août 2026
Le 6 août, Berchem-Sainte-Agathe rejoint la Région en justice pour contester l’usage jugé excessif de la piste 07L et le calcul actuel des normes de vent. Une semaine plus tard, Evere attaque à son tour la “route Crucke”. Le collège des bourgmestres et échevins a mandaté un avocat et Evere a officiellement rejoint la procédure lancée par la Région.
Le collectif Bruegelvogelvrij, réunissant quarante-deux familles des communes de Dilbeek, Lennik et Roosdaal, dans le Brabant flamand, poursuit l’État belge en justice contre l”attaque brutale sur leur qualité de vie” en raison de la RNP07.
Dans la foulée de cette nouvelle action en justice, le ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke réagit et rappelle que le gouvernement fédéral doit communiquer, d’ici au 1er octobre, ce qu’il entend faire au sujet des nuisances sonores autour de l’aéroport national. Le sujet est dans tous les cas bien vivant, et on discute au gouvernement de “propositions concrètes”, a-t-il assuré.
Quelques jours plus tard, c’est au tour de la commune de Lennik de déposer une plainte contre l’utilisation actuelle de la trajectoire aérienne vers la piste 07L de Brussels Airport, dite “route Crucke”. Selon l’administration communale, le nombre d’avions survolant Lennik a fortement augmenté ces derniers mois, principalement en raison de l’utilisation intensive de la piste 07L à l’aéroport de Zaventem. Au cours des six premiers mois de 2026, 6.623 atterrissages ont été enregistrés sur cette piste. C’est plus que sur l’ensemble de l’année 2025 (5.987) et près du double par rapport à 2024 (3.223).
Le 26 août, Jette rejoint les autres communes bruxelloises qui ont décidé d’agir en justice contre l’usage de la route RNP07. En plus de la région, on compte désormais cinq communes (Schaerbeek, Evere, Berchem-Sainte-Agathe, Jette et Lennik) qui ont lancé des procédures judiciaires dans ce dossier de survol aérien.
De son coté, Free Air 4 Brussels continue sa mobilisation citoyenne et chiffre entre 4 et 6 milliards d’euros les préjudices liés à une pérennisation de la route RNP 07L au-dessus de Bruxelles. Une estimation qui prend en compte la dévalorisation des biens immobiliers, les travaux d’isolation et l’exode urbain.
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Bx1 avec Belga