Annulation, maintien ou allègement: à quoi faut-il s’attendre pour les examens de juin ?
La fin d’année scolaire s’annonce particulièrement complexe dans l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Alors que les syndicats prolongent leur mouvement de grève et que les mesures d’économies du gouvernement MR–Les Engagés cristallisent les tensions, les écoles doivent malgré tout organiser leurs sessions d’examens. Point sur la situation.
Les examens auront-ils bien lieu malgré la grève des enseignants ? La question se pose dans de nombreuses écoles alors que les syndicats ont prolongé leur préavis de grève jusqu’au 10 juillet. La mobilisation, entamée le 18 mai, cible les mesures d’économies prévues dans l’enseignement par le gouvernement MR–Les Engagés. Pour réduire le déficit de la Fédération Wallonie-Bruxelles, estimé à près de 500 millions d’euros d’ici 2029, l’exécutif prévoit notamment d’augmenter de 10 % la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur sans augmentation de salaire. D’autres mesures concernent les congés maladie, les fins de carrière ou encore les budgets liés aux fournitures scolaires et aux repas gratuits.
Le mouvement devait initialement s’arrêter le jour du vote du décret-programme porté par la ministre de l’Enseignement Valérie Glatigny, le 27 mai. Mais le calendrier politique a été bousculé. Dans la nuit de lundi à mardi, la commission du Budget du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a finalement approuvé le texte, sans pouvoir encore le renvoyer en plénière pour adoption définitive.
Mais dans les écoles, les conséquences de la mobilisation se font sentir : absences d’enseignants, cours perturbés, réorganisations de dernière minute, ect. Les directions tentent au mieux de préparer la fin de l’année scolaire avec une question centrale : comment organiser concrètement la session d’examens ?
CEB, CE1D et CESS maintenus
Pour les élèves concernés, les épreuves certificatives externes restent pour l’instant maintenues. La ministre de l’Enseignement l’a confirmé la semaine dernière au Parlement : “Les épreuves certificatives externes – le CEB, le CE1D et le CESS – font l’objet d’un décret. Il est donc obligatoire de les organiser”.
Dans le fondamental, les élèves de 6e primaire passeront donc leur CEB (certificat d’études de base) entre le 18 et le 23 juin. Les épreuves portent sur le français, les mathématiques ainsi que l’éveil, qui regroupe les sciences, l’histoire et la géographie. En secondaire, le CE1D est maintenu du 19 au 25 juin pour les élèves de 2e secondaire. Il couvre le français, les mathématiques, les langues modernes et les sciences. En 6e secondaire, le CESS (certificat d’enseignement secondaire supérieur) en français et en histoire est programmé les 19 et 22 juin 2026.
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Mais sur le terrain, la rigidité du gouvernement interroge. Plusieurs acteurs de l’enseignement pointent les difficultés concrètes d’organisation dans un contexte de mobilisation prolongée. Du côté des syndicats, on insiste surtout sur la nécessité de limiter l’impact sur les élèves. Pour Damien Kreutz, permanent CSC Enseignement Bruxelles : “On a beaucoup de questions sur les épreuves externes certificatives, qui doivent être passées et corrigées. Je pense que la solution la plus sage serait que le Gouvernement écoute davantage ce qu’il se passe sur le terrain, qu’il mesure toute la colère des personnels et comprenne les inquiétudes et voie que les épreuves risque d’être fortement perturbées”. Il ajoute : “Si la ministre Valérie Glatigny se rendait compte de toutes les perturbations possibles sur le terrain, et qu’elle prenait la décision d’annuler, de revoir ou de donner des consignes autres que simplement dire que ça doit être passé, cela réglerait pas mal de soucis pour ces épreuves externes”.
Dans une communication adressée aux écoles, Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE) confirme qu’aucune adaptation ni annulation des épreuves certificatives externes n’est prévue à ce stade. L’organisme demande dès lors aux directions de faire de leur préparation une priorité, au même titre que l’organisation des jurys de qualification. Pour les examens internes, en revanche, WBE renvoie la responsabilité aux établissements : “Il vous revient de prendre une décision quant aux épreuves et examens internes, propres aux établissements. La situation étant variable d’un établissement ou d’une zone à l’autre, ces décisions seront prises au cas par cas, en concertation avec vos équipes éducatives et vos préfets de zone, et dans l’intérêt de vos élèves. Dans tous les cas, la décision finale du conseil de classe se fera au bénéfice de l’élève.”
Quid des examens internes ?
C’est précisément sur ce point que les situations divergent. En dehors du cadre fixé par le gouvernement, les écoles disposent d’une marge de manœuvre pour l’organisation des examens internes et aucune ligne uniforme ne se dessine à ce stade : “Il n’y a pas vraiment de tendance générale. C’est à géométrie variable selon les établissements et cela dépend des pouvoirs organisateurs. Pour l’instant, on a beaucoup d’interpellations sur les examens et sur ce qui serait envisagé. Il y a beaucoup de questions et des décisions doivent être bientôt prises”, explique Damien Kreutz. “C’est au niveau de chaque pouvoir organisateur de voir la réalité de chaque école et de prendre les décisions qui s’imposent. On peut repenser à ce qui se faisait à l’époque du Covid, où on avait tenu compte de l’évaluation continue faite tout au long de l’année”
Face à cette situation, les syndicats insistent surtout sur une nécessité : “Ne pas pénaliser les élèves quoi qu’il arrive”. Dans un contexte où les écoles avancent déjà chacune à leur rythme, il appelle à une clarification rapide: “Cela permettrait à tout le monde de savoir ce qu’il en est. Je sais que certaines écoles sont en train de prendre la température. C’est à chaque pouvoir organisateur de prendre les responsabilités qui sont les siennes, parce que les épreuves internes sont bien une responsabilité propre à chaque école.”
Des ajustements au cas par cas
Dans les écoles, cette autonomie se traduit déjà par des choix très différents. Certaines écoles ne modifient pas la session, comme l’Institut des Dames de Marie ou l’athénée Jean Absil, d’autres, comme Singelijn, annulent leur session, d’autres proposent des sessions allégées “au bénéfice des élèves”: des examens uniquement dans une matière en échec (ou parfois moins de 60%), comme à l’Institut de la Vierge Fidèle, à Don Bosco ou encore au Collège Saint-Michel.
► Reportage | Au Collège Saint-Michel, certains élèves ne devront pas passer d’examens
Dans ce dernier établissement, la direction a opté pour une approche progressive afin de maintenir une organisation possible malgré les perturbations : “La volonté de la direction, en concertation avec les enseignants grévistes et non-grévistes, c’est de pouvoir organiser une session d’examens encadrée. C’est-à-dire de garantir aux élèves une organisation sans accroche. L’organisation des examens, ça commence une semaine avant, par des révision”, nous expliquait Benoît Gallez, directeur de la section secondaire du Collège Saint-Michel.
Dans d’autres communes, comme à Anderlecht, les ajustements portent surtout sur le contenu même des évaluations internes : “Pour les épreuves internes, nous avons, en concertation avec les élèves, les directions et les professeurs, on s’est mis d’accord pour baliser certaines matières. Les élèves seront évalués seulement sur des matières qui ont été vues en cours et non sur ce qui n’a pas été vu”, expliquait Luiza Duraki, l’échevine de l’Enseignement, dans Bonsoir Bruxelles.
Dans ce contexte éclaté, les directions rappellent que les modalités varient fortement d’un établissement à l’autre et invitent les familles à se référer aux communications officielles de leur école.
La diversité des pratiques fait émerger une question plus large : celle de l’égalité entre élèves. “Chaque école a un règlement d’ordre intérieur et un règlement des études qui peut différer, donc la forme d’évaluation en général peut différer selon les écoles. Une école à pédagogie active, par exemple, ne va pas évaluer ses élèves de la même manière qu’une école plus traditionnelle. Par contre, en ce qui concerne les épreuves externes, elles sont les mêmes dans toutes les écoles et doivent être passées dans des conditions similaires”, rappelle Damien Kreutz, permanent CSC Enseignement Bruxelles.
► Reportage | “On est clairement au bord de la rupture” : les syndicats maintiennent la pression à quelques semaines des examens
Une chose est sûre : malgré les perturbations qu’elle engendre, la mobilisation ne semble pas près de s’essouffler. Les enseignants rencontrés reconnaissent les conséquences du mouvement sur la fin de l’année scolaire, mais estiment qu’il est devenu inévitable. “À situation exceptionnelle, solution exceptionnelle. Il y a une volonté du corps professoral de se mobiliser, de mener des actions jusqu’à la date programmée du vote du décret-programme et, en même temps, de mettre en place un dispositif pédagogique afin que les élèves ne soient pas pénalisés lors des délibérations du conseil de classe”, expliquait Christophe Duffeler, professeur de français au Collège Saint-Michel.
Du côté de la direction, on pointe surtout un manque d’anticipation dans la gestion du dossier. “Le gros problème, c’est que le décret-programme n’a toujours pas été voté. Si les choses avaient été mieux préparées en termes de communication et de connaissance du dossier au niveau du cabinet de la ministre Glatigny, avec davantage de concertation avec les acteurs de l’enseignement, nous ne serions pas dans cette situation, à devoir improviser en dernière minute”, estime Benoît Gallez, directeur de la section secondaire de l’établissement.
Pour certains enseignants, l’objectif est désormais de maintenir la pression jusqu’au vote du texte. “On espère que notre mobilisation encouragera d’autres écoles à agir également et à se mobiliser pour que la pression soit maximale sur le MR et Les Engagés d’ici la date du vote. C’est maintenant qu’il faut se mobiliser”, conclut Christophe Duffeler.
Camille Gnonsian – Photo : Belga