San Francisco, Abou Dhabi, Shanghai… Bruxelles taille dans son réseau international: “Un luxe que la Région ne peut plus se permettre”
Bruxelles ferme 14 bureaux de hub.brussels à l’étranger pour faire des économies. Abou Dhabi, San Francisco ou encore Shanghai en font partie.
Les bureaux de hub.brussels à travers le monde sont désormais fixés sur leur sort. Après l’annonce de coupes budgétaires importantes, le gouvernement bruxellois a finalement annoncé les postes qui fermeront leurs portes. Présentes aux quatre coins du monde, ces représentations aident les entreprises bruxelloises à développer leurs activités à l’international, attirer des investisseurs et promouvoir l’image de la Région.
Le Conseil des Ministres a approuvé, le jeudi 16 avril, la fermeture prochaine de 14 bureaux : Abou Dhabi, Barcelone, Belgrade, Copenhague, Genève, Hanoï, La Havane, Milan, Montevideo, San Francisco, Shanghai, Vancouver. Trois bureaux proches de la Belgique fermeront, mais seront suivis depuis Bruxelles : La Haye, Lille et Luxembourg.
Les bureaux maintenus sont : Berlin, Dakar, Kinshasa, Londres, Madrid, Montréal, Nairobi, New York, Paris, Mumbai, Stockholm, Tel-Aviv / Ramallah, São Paulo, Tokyo, Varsovie. Il a également été décidé de relocaliser le bureau de Singapour à Kuala Lumpur pour réduire les coûts de fonctionnement.
Une décision doit encore être prise en ce qui concerne les postes de Rabat et d’Istanbul, car des missions royales y sont prévues en 2026 et 2027.
“Un luxe que la Région ne peut plus se permettre au vu de l’état de ses finances”
Le ministre-président Boris Dilliès justifie la fermeture de ces bureaux en invoquant le coût de ce dispositif : “Maintenir 33 représentations à l’étranger représente aujourd’hui un luxe que la Région ne peut plus se permettre au vu de l’état de ses finances. (…) Il est essentiel de réajuster ce dispositif terriblement coûteux“. L’objectif annoncé est de “recentrer les moyens sur les implantations les plus stratégiques“. En effet, aux yeux du gouvernement, “certaines implantations affichent une efficacité relative, avec des retombées très limitées“.
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Le cabinet du ministre illustre sa décision en évoquant le bureau de Cuba, qu’il juge lui-même “absurde“: “Une présence à La Havane correspond-elle réellement aux besoins et aux perspectives de développement des entreprises bruxelloises ?“, interroge-t-il. D’autres choix posent, en revanche, davantage question, comme les bureaux de Shanghai, Abou Dhabi ou encore San Francisco.
Le budget de hub.brussels avait été augmenté ces dernières années pour atteindre les 46,8 millions en 2025. Le gouvernement demande désormais un effort progressif à l’administration : 3 millions d’euros en 2026, puis un million supplémentaire chaque année pour atteindre les 6 millions d’économies en 2029.
Douches froides aux quatre coins du monde
Pour la direction de hub.brussels, la situation est inquiétante, mais aurait pu être pire. “Initialement, la demande du gouvernement était de ne garder qu’un tiers des bureaux, si on voulait respecter la première trajectoire de 2026“, précise Isabelle Grippa, directrice de hub.brussels. “Mais on reste inquiet. Premièrement, que ce ne soit pas fini, quid de la suite ? Et deuxièmement, le fait qu’il faudra quand même assurer d’autres leviers pour soutenir le commerce extérieur de la région“.
“Je suis assez surpris de cette décision du gouvernement, malgré les liens historiques et économiques qu’il y a entre l’Italie et Bruxelles”
Au sein des représentations concernées par la fermeture, c’est la douche froide. C’est le cas à Milan, où le personnel a appris la nouvelle la veille de la Milan Design Week 2026. Bruxelles et le savoir-faire bruxellois y sont représentés. “Aujourd’hui, c’est l’inauguration officielle. Il faut dire que je suis quand même assez surpris de cette décision du gouvernement, malgré les liens historiques et économiques qu’il y a entre l’Italie et Bruxelles“, réagit Guglielmo Pisana, représentant hub.brussels sur place. Malgré la nouvelle, la Brussels House milanaise, qui a été ouverte en 2023, se consacre pleinement cette semaine au “Fuorisalone” : “Je suis là, je suis fidèle à mes engagements professionnels et je fais en sorte que tout se passe au mieux. Si c’est potentiellement la dernière Milan Design Week pour la région bruxelloise, je veux que ce soit la meilleure pour terminer en beauté“.
À Hanoï, ce sont des entreprises bruxelloises elles-mêmes qui, “vivement préoccupées“, interpellent Boris Dilliès : “Le Vietnam n’est pas un marché comme un autre. Il s’agit d’un environnement où la qualité des relations institutionnelles, la maîtrise des codes locaux et la capacité à faire intervenir les bons interlocuteurs au bon moment conditionnent très directement l’issue des dossiers”, font remarquer les douze entreprises signataires. “Dans ce contexte, l’Ambassade de Belgique et la représentation économique de la Région bruxelloise ne sont pas un luxe diplomatique : elles constituent l’infrastructure même qui permet à nos entreprises de prospecter, de contractualiser et, surtout, de faire face aux difficultés lorsque les choses se compliquent“.
Comment les bureaux ont-ils été choisis ?
Pour choisir les bureaux à fermer, plusieurs éléments ont été pris en considération, nous explique-t-on du côté du cabinet du ministre-président. “La décision de fermeture de certains postes repose sur une analyse approfondie combinant plusieurs critères stratégiques, économiques et opérationnels“, précise la porte-parole, Lisa Saoul.
La directrice de hub.brussels confirme qu’un outil décisionnel, développé par l’administration, permet au gouvernement “d’analyser l’opportunité des postes à l’étranger” en fonction de 19 indicateurs. Si le gouvernement précédent avait choisi de miser sur la durabilité, pour le gouvernement de Boris Dilliès, c’est le ratio coût/bénéfice de chaque poste qui a été déterminant. “Après, nous, on n’est plus autour de la table. Ça se discute en intercabinet sur base des tableaux qu’on leur a communiqués“, précise Isabelle Grippa.
“En fermant San Francisco, on va se couper de la Silicon Valley”
Si certains bureaux ont pu être sauvés par hub.brussels “en dernière minute“, comme ceux de Mumbai, São Paulo et Dakar, cela n’a pas été le cas pour d’autres représentations importantes. “En fermant San Francisco, on va se couper de la Silicon Valley. Abou Dhabi, c’était la seule présence bruxelloise au le Moyen-Orient. Pour la Chine, c’est vrai que pour le moment c’est très compliqué, mais quand le pays rouvrira, on n’y sera plus et ça va être compliqué de revenir.”
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Avec toutes ces représentations fermées, “il faudra pouvoir être très, très créatifs et résilients pour s’assurer que ça n’impacte pas la balance commerciale de la région bruxelloise.” De nombreuses zones d’ombre persistent sur les alternatives à offrir : “On leur a dit qu’il faut réfléchir à la suite pour les entreprises bruxelloises, qu’il faut faire attention.” Hub.brussels compte faire en sorte de maintenir l’accord interrégional pour permettre aux entreprises bruxelloises de profiter du réseau FIT (Flandre) et AWEX (Wallonie), ce qui n’est pas garanti. Faire appel au privé pour soutenir le commerce extérieur est aussi une piste envisagée.
Le calendrier précis des fermetures n’est pas encore fixé, car tout dépend de la législation du travail de chaque pays, mais “tout devrait être fermé en 2026, c’est l’objectif du gouvernement.”
Maxime Dieu – Photo : Unsplash