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Coronavirus : comment la Belgique se prépare à l’arrivée du vaccin?

Les annonces des laboratoires pharmaceutiques se multiplient plus rapidement que les doses de vaccin ces derniers jours. Quatre laboratoires rentrent dans la phase 3 et annoncent des résultats plus que prometteurs. Après Pfizer, c’est au tour de Moderna d’annoncer un vaccin fiable à 94%. Les premières doses devraient arriver en Belgique au printemps mais comment seront-elles distribuées? Un plan de bataille se prépare.

Pour les laboratoires, la course au vaccin se joue en deux temps. Il faut être le premier évidemment pour vendre son produit mais il faut aussi être certain de sa qualité. Rogner sur les tests pourrait donc être néfaste sur le long terme. Chez Moderna, la dernière étude porte sur 15.000 personnes. Parmi celles qui ont reçu une injection de placebo, 90 ont été contaminées par le covid-19. Chez celles qui ont reçu le vaccin, 5 seulement ont contracté la maladie. C’est ainsi que le laboratoire peut dire que son produit est efficace à 94%.

Mais alors, quel produit la Belgique doit-elle acheter? L’Union européenne s’est déjà avancée dans la course en précommandant des doses. Elle a ainsi acheté 300 millions de doses à Pfizer. Les pays membres devraient avoir accès en même temps au produit et en proportion de leur population. L’Union européenne recommande de vacciner en priorité les professionnels de la santé et les personnes travaillant dans les établissements de soins de longue durée; les personnes âgées de plus de 60 ans; les personnes dont l’état de santé les expose particulièrement à des risques; les travailleurs essentiels; les personnes qui ne peuvent pas limiter les contacts sociaux; les groupes socio-économiques plus défavorisés.

En Belgique, on n’a pas encore décidé quels seraient les groupes prioritaires mais par contre, le vaccin sera gratuit pour tous. Le but est de vacciner 70% de la population.

Covid-19 : quelle stratégie vaccinale choisir ?

La Belgique doit aussi déterminer comment la population sera vaccinée. S’il s’agit du produit développé par Pfizer, celui-ci se conserve à -80°C. Impossible donc de trouver un tel équipement dans un cabinet d’un médecin généraliste. Il faudra que la population se fasse vacciner en groupe. Par contre, d’autres vaccins qui arriveront certainement un peu plus tard, et qui fonctionne sur un autre principe, pourront être conservés dans un frigo classique. Peut-être à un moment faudra-t-il privilégier certains types de vaccins pour certaines catégories de personnes.

Un financement à trouver

Mercredi, une autre réunion avec tous les ministres de la Santé se tiendra. A l’ordre du jour, on retrouve notamment la répartition financière entre les entités. Car si la Belgique a décidé que le vaccin serait gratuit pour le citoyen, il faudra quand même que quelqu’un paie la facture. En théorie, la vaccination est une politique de prévention donc elle relève des Régions pour les adultes et des communautés pour les enfants. Seulement, dans le cadre du coronavirus, l’enjeu de santé publique est tel que le fédéral a aussi décidé de mettre la main à la poche.

Pour le moment, l’OMS (organisation mondiale de la santé) préconise aux laboratoires de fournir un produit à 10 euros la dose. Pfizer parle de 30 euros. On est loin de la gratuité donc. Cependant, cela coûtera moins cher à l’Etat que les soins apportés aux malades du covid.

Inciter la population à se faire vacciner

Le rendre gratuit est donc considéré comme un incitant à se faire vacciner d’autant plus important qu’il ne sera pas obligatoire. “Si nous voulons que la population se fasse vacciner et ait confiance, il faut être transparent, expliquait en radio Michel Goldman, immunologue à l’ULB. Il faut aussi expliquer dès le plus jeune âge l’intérêt de la vaccination et donner des preuves par l’exemple. Les théories de complot sont difficiles à démonter car elles ne reposent pas sur des théories scientifiques.”

Pour que la vaccination soit efficace et la chaîne de transmission brisée, il faut que 70% de la population soit vaccinée. Les premières campagnes arriveront au printemps mais elles ne remplaceront pas les gestes barrières. Si pour le moment le vaccin semble être efficace, en tout cas pour éviter le développement de formes graves de la maladie, personne ne peut dire s’il évitera la transmission et la contamination.

Et puis, il faudra également étudier de près les personnes qui ont reçu une ou plusieurs doses afin de détecter tout effet secondaire éventuel.

Une taskforce de plus

Cela sera notamment un des rôles de la nouvelle taskforce vaccination. Elle va être créée au sein du commissariat corona du gouvernement. Elle devra déterminer, distribuer et soutenir toutes les actions nécessaires à la stratégie de vaccination. Elle sera composée de scientifiques, des représentants de toutes les autorités fédérées et du fédéral, de représentants professionnels et de groupes de travail technique. Elle sera dirigée par Dirk Raemakers (KULeuven). La stratégie de communication scientifique et publique sera pilotée par Yvon Englert (ULB).

Reste à espérer que la Belgique ne connaîtra pas les mêmes retards dans sa stratégie de vaccination que dans celle du testing et que le pays sera prêt dès l’arrivée des produits sur le marché.

Vanessa Lhuillier – Photo: Belga/ Jonas D’Hollander

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17 novembre 2020 - 17h19
Modifié le 18 novembre 2020 - 11h50