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Coronavirus : les transports en commun, vecteurs de contamination ?

Les transports en commun sont-ils vecteurs de contamination ? Existe-t-il un vrai risque d’être contaminé par le coronavirus lors d’un trajet en bus, en tram, en métro ou en train ? On fait le point.

J’ai de la fièvre depuis vendredi, et mon trajet en transports en commun est le seul moment où, je pense, j’ai pu entrer en contact avec un virus. J’attends les résultats de mon test PCR“, nous explique une lectrice, via notre bouton “Alertez-nous”, ce dimanche matin.

J’ai repris le tram pour la première fois lundi passé et l’ai tout de suite regretté : tram bondé, tout le monde masqué (comme il le peut et sauf les enfants), collés les uns aux autres”, ajoute-t-elle, “On sent les odeurs des passagers, de la buée dégouline sur les vitres. Une tigette frottée contre les vitres récolterait probablement toutes les variantes du COVID et autres virus”.

Quel est le vrai du faux ? Les transports en commun sont-ils vecteurs de contamination, comme le suppose notre lectrice ?

STIB : des mesures strictes, et la prévision de l’affluence

À la STIB, de nombreuses mesures ont été prises pour faire face à la pandémie. “Nous effectuons un nettoyage renforcé de tous les véhicules et des stations : tous les jours, les véhicules ne peuvent sortir du métro qu’après avoir été nettoyés“, indique Cindy Arents, porte-parole de la STIB, “Nous portons également une attention particulière à tous les points de contact pour les voyageurs, comme les mains courantes ou les barres, qui sont encore nettoyés davantage, pour assurer une sécurité maximale dans nos véhicules“.

En dehors de ces mesures, il y a bien entendu le port du masque, avec 30 contrôles par jour, effectués par la STIB en collaboration avec la police“, ajoute Cindy Arents. Sur son blog, la STIB encourage également à valider sa carte MOBIB à chaque trajet et correspondance, car grâce à cela, “nous adapterons notre offre en fonction, selon les véhicules disponibles“.

Le gestionnaire des transports en commun bruxellois a également mis à disposition des informations sur son site Internet, sur des panneaux, des flyers et via des messages audio “pour rappeler aux voyageurs les règles dans les transports publics”. Sur leur site et leur application également, on retrouve aussi des graphiques indiquant les lignes, horaires et stations où la fréquentation est la plus importante. “Les voyageurs peuvent ainsi décaler, s’ils le souhaitent et si c’est possible pour eux, leurs heures pour arriver au travail, ou pour en repartir, s’ils veulent éviter l’affluence“.

Source : STIB

Néanmoins, “la fréquentation reste encore inférieure à celle que l’on connaissait avant le coronavirus, on est aujourd’hui à environ 70% de la fréquentation que l’on connaissait avant la pandémie, alors que nous avons remis toute notre flotte de véhicules sur le réseau“, indique la porte-parole.

Durant le plus fort de la première vague, le nombre de passagers par véhicules était limité, avec certains sièges barrés. Interrogée sur un retour à cette situation, si les chiffres du coronavirus empiraient, Cindy Arents, la porte-parole de la STIB explique qu'”on travaille en fonction de ce que le gouvernement demande. On a toujours suivi leurs demandes. Avant, c’était une limitation des voyageurs, et aujourd’hui on privilégie les gestes barrière“.

Notre reportage : Quels sont les principaux lieux de contagion ?

Nous n’avons pas de preuve, actuellement, que les transports en commun soient des vecteurs“, explique Yves Van Laethem

Face à ces constatations, nous avons interrogé Yves Van Laethem, infectiologue au CHU Saint-Pierre, et porte-parole interfédéral Covid-19.

Selon lui, “nous n’avons pas de preuve actuellement que les transports en commun soient des vecteurs de transmission. Mais c’est difficile à déterminer clairement : quand on a pris le métro pour aller au travail, et ensuite au restaurant, c’est difficile de déterminer si c’est le métro qui est à l’origine de la contamination“, explique-t-il.

Mais l’expert se veut rassurant, en expliquant que “à Bruxelles, dans les transports en commun de la capitale, on passe généralement peu de temps, contrairement aux trains par exemple. C’est rare de rester plus de quinze minutes avec les mêmes passagers. De plus, les gens sont masqués : cela ne remplace pas la distance, mais c’est un bon point. Il faut aussi essayer de se laver les mains dès que l’on sort du moyen de transport, en ayant par exemple un petit flacon de gel hydroalcoolique sur soi, que l’on trouve plus facilement aujourd’hui“.

Ouvrir les fenêtres

Outre les mesures obligatoires sur le réseau de la STIB, comme le port du masque, Yves Van Laethem conseille également de prendre certaines initiatives, comme entre-ouvrir les fenêtres, afin de permettre une plus grande circulation de l’air. “Lorsque les transports seront chauffés en hiver, cela entraînera un certain gaspillage énergétique, mais il faut mieux avoir une meilleure ventilation lorsque c’est possible“.

Le port du masque dans les transports, un vrai changement depuis le mois de mai

Yves Van Laethem estime également que, dans la situation actuelle, “nous ne devons pas revenir à la situation où on limitait les places assises en les barrant, où on limitait le nombre de passagers. Par contre, si on arrive à un moment, dans le futur, à trop de cas, on pourrait devoir limiter les passagers au volume acceptable du bus, pour ne pas avoir tous les sièges occupés plus tout la surface occupée par des gens debouts. Cela pourrait être imaginable de limiter un peu, mais pas comme en mars-avril“.

D’autant qu’à l’époque, le masque n’était pas encore obligatoire à bord de la STIB, celui-ci ne l’est que depuis le 4 mai. “Le masque change la situation : les surfaces, comme les barres, les mains courantes, etc, sont moins vectrices de transmission grâce au masque, vu que celui-ci nous empêche de postillonner dessus“.

Quant au port de gants, dans les transports, pour manipuler les barres, “je ne le recommande pas : on va alors faire peut-être moins attention, moins se laver les mains, etc“, explique-t-il, “et ce n’est pas un secret que dans le baromètre coronavirus en cours de développement, il sera indiqué que les gants n’ont pas leur place“.

Le porte-parole interfédéral estime néanmoins que, si la STIB en avait la possibilité, il faudrait augmenter la fréquence.

Fact-checking : les vitres embuées portent-elles le virus ?

Notre lectrice s’interrogeait sur les vitres des transports en commun, lorsqu’elles sont embuées par la condensation. “Une tigette frottée contre les vitres récolterait probablement toutes les variantes du COVID et autres virus“, écrivait-elle.

Interrogé, Yves Van Laethem explique qu’il n’y a “pas de raison de penser que la buée sur les vitres contiennent du virus, puisque, grâce au masque, nous ne postillonnons pas sur les vitres. Mais de toute façon, on ne met pas sa langue sur la vitre, donc a priori aucun risque“.

Marius Gilbert interrogé par la STIB

Un avis partagé par le chercheur en épidémiologie Marius Gilbert, de l’ULB, dans une vidéo réalisé il y a quelques semaines par la STIB. Dans celle-ci, il expliquait que le port du masque, le lavage des mains et, lorsque cela est possible, la distanciation, constituent une barrière suffisante pour empêcher les transports en commun de devenir des vecteurs de transmission. “Si on est dans une heure d’affluence, ce sont les masques qui font surtout office de protection“, ajoute l’expert.

 

Arnaud Bruckner – Photo : Belga

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11 octobre 2020 - 16h22
Modifié le 12 octobre 2020 - 11h55