Aller au contenu principal
BX1

Survol de Bruxelles : les mesures présentées par Jean-Luc Crucke ne font pas l’unanimité

Les nuisances liées au trafic aérien restent au cœur des discussions à Bruxelles, avec de nouvelles mesures fédérales annoncées pour limiter l’impact des avions sur les riverains. Le ministre de la Mobilité Jean Luc Crucke (Les Engagés) annonce aussi une nouvelle loi aérienne pour encadrer l’utilisation des pistes.

■ Reportage de Thomas Dufrane, Loïc Bourlard et Laurence Paciarelli

Descente en continu moins bruyante des avions à l’approche de l’aéroport, étude d’une augmentation à 4000 pieds de l’altitude de captation des avions avant la descente, décollage depuis le seuil de piste en dehors des périodes de pics: telles sont quelques-unes des mesures mises sur la table jeudi par le ministre fédéral de la Mobilité Jean-Luc Crucke pour réduire les nuisances subies par les riverains de l’aéroport de Bruxelles-National.

Le ministre a également annoncé un renforcement des capacités de contrôle de l’inspection aéronautique dépendant de la Direction Générale du Transport Aérien. (DGTA) pour assurer un contrôle effectif et régulier de l’application des instructions données.

Il souhaite aussi que l’étude d’incidences environnementales commandée par l’État belge à la société de consultance française ENVISA à la suite de décisions de justice, soit complétée. En effet, les conclusions de l’étude ne tiennent pas compte des chiffres de 2025 et notamment du recours accru à la piste 07 gauche décrié à Bruxelles.

► Bonsoir Bruxelles | Survol de Bruxelles : les bourgmestres entre l’union sacrée et le chacun pour soi

Autre mesure opérationnelle: systématiser des réunions d’informations semestrielles d’information organisées par Skyes au profit des riverains et des communes concernées.

Le ministre a également annoncé des mesures structurelles à terme dont la mise en place de la loi aérienne, mais pas avant 2027.

Jean-Luc Crucke veut ainsi une clarification de l’instruction aux contrôleurs aériens sur la façon d’appréhender le critère du vent et celui des rafales, déterminant dans la décision de basculement dans et en dehors du système d’utilisation préférentielle des pistes. Dans ce cadre, il demande de faire passer la norme actuelle de vent de 7 noeuds avec rafales à 8 noeuds en moyenne (de vent arrière) pour les pistes 25 et 07.

Il entend notamment discuter avec les compagnies aériennes d’une diminution des Quota Counts de bruit de 24 à 16 entre 22h00 et 23h00 et de 16 à 8 entre 6h00 et 7h00.

► Dossier | Survol de Bruxelles : retour sur la saga de la route RNP07 dite “route Crucke”

En ce qui concerne la route RNP 07 gauche dite “route Crucke” par certains, qui engendre un lot de nuisances accru pour des centaines de milliers de Bruxellois, le ministre a annoncé la mise à l’étude pour quelques mois d’une variante de descente courbée, toujours assortie d’un guidage satellitaire. Celle-ci serait utilisée en alternance avec la RNP 07 gauche, histoire de ne pas à chaque fois concentrer les nuisances sur les mêmes habitants lors de ces atterrissages. Mais en cas de concrétisation, il faudra encore attendre quelques mois.

Aux dires du ministre de la Mobilité, le tout s’inscrit dans sa volonté de respecter l’accord de gouvernement qui prévoit de prendre en compte les intérêts socio-économiques de l’aéroport, auxquels ces mesures ne porteront pas atteinte, mais aussi les nuisances subies par les riverains. Le plan d’actions qu’il a présenté jeudi constitue enfin une réponse à la justice qui lui imposaient de communiquer, pour le 1er octobre, les mesures aux parties liées au contentieux du jugement du 26 février 2025. “Il n’est en tout cas pas question d’en faire un dossier communautaire”, a-t-il insisté.

La Fédération bruxelloise des Engagés a annoncé accueillir positivement les mesures annoncées ce jeudi par le ministre fédéral de la Mobilité : “Jean-Luc Crucke prend ses responsabilités dans un dossier particulièrement difficile. Les annonces apportent des réponses concrètes à plusieurs préoccupations des riverains. Tout n’est pas réglé, mais cette étape compte. Notre fédération restera attentive à leur mise en œuvre et aux améliorations qu’elles permettront pour les habitants”, déclare Victor Wiard, président.

Les réactions politiques négatives s’enchainent

Mais à la Chambre, les termes utilisés par les deux partenaires flamands étaient très durs à l’encontre des propositions présentées par le ministre jeudi midi en conférence de presse.
“Si vous pensez pouvoir déplacer les nuisances de Bruxelles vers la Flandre, ça ne passera pas !“, a averti sans détours Bert Wollants (N-VA). Le nationaliste flamand a appelé le ministre à présenter son projet de loi aérienne d’ici la fin de l’année.

“Ce que j’ai appris me dérange”, a renchéri Tine Gielis (CD&V). La chrétienne-démocrate a aussi appelé le ministre à écrire “une bonne loi”, sans quoi le CD&V demandera que la Flandre introduise une procédure en Conflit d’intérêt. “La voie de la concertation, c’est la voie à suivre. Sinon, vous risquez de déclencher une guerre communautaire”, a-t-elle averti.

Le député socialiste Ridouane Chahid a, quant à lui, dénoncé des mesures qui ne répondent pas à l’enjeu essentiel : réduire réellement et durablement les nuisances. “Depuis plus d’un an, la RNP 07L, présentée comme une mesure temporaire, concentre les atterrissages au-dessus du nord et de l’ouest de Bruxelles et expose un nombre considérable de riverains… Ce que le ministre propose aujourd’hui ressemble davantage à une organisation de la nuisance qu’à sa réduction”, a commenté l’élu bruxellois.

Aux yeux de celui-ci, alterner une trajectoire RNP 07L rectiligne avec une trajectoire courbe (ndlr: mesure envisagées par le ministre) ne constitue pas, à lui seul, une politique de réduction du bruit mais revient à répartir différemment les survols entre plusieurs quartiers.

► Lire aussi | Survol: “Le ministre ne réduit pas les nuisances au-dessus de Bruxelles”, dénonce Free Air 4 Brussels

Or, “les Bruxellois attendent que l’on s’attaque au problème, non que l’on le déplace, et qu’on arrête ce harcèlement aérien”. “Le jugement du 26 février 2025 a déjà rappelé les obligations de l’État belge et imposé des mesures concernant notamment certaines routes aériennes (ndlr: canal et Ring) et les atterrissages en piste 01. Il serait particulièrement problématique de répondre à une décision de justice par un simple jeu de trajectoires qui déplacerait la nuisance d’un quartier à l’autre. Il faut sortir de l’opposition entre l’est et l’ouest”, a insisté M. Chahid.

Le député PS a par ailleurs reproché au ministre de se défausser sur Skeyes, en soutenant ne pouvoir imposer seul les procédures à l’opérateur en charge du contrôle aérien. “Le rôle du ministre est de fixer un cadre politique clair, de garantir le respect des décisions de justice et de rechercher, avec les opérateurs et les Régions, une solution qui protège les citoyens”, a-t-il insisté, rappelant la responsabilité du gouvernement fédéral dans l’organisation du survol de Bruxelles.

La secrétaire d’Etat bruxelloise de l’Environnement Ans Persoons, a également vivement critiqué les mesures annoncées par Jean-Luc Crucke : “C’est un chat dans un sac”, a-t-elle résumé. “Les habitants des quartiers les plus densément peuplés du pays restent les dupes d’un problème que le ministre a lui-même créé en activant cette route aérienne. Les nuisances sonores et la surcharge pour les Bruxellois survolés demeurent. C’est la conclusion d’une étude que le ministre lui-même a commandée. Tout est à nouveau reporté à long terme, mais la patience des Bruxellois survolés est à bout. On joue ici avec la santé et le bien-être de 300.000 personnes”.

Belga – Photos : Belga Image