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“Le sans-abrisme ne connaît pas de saison”: la chaleur ne donne aucun répit à l’Îlot, bien au contraire

Les fortes chaleurs mettent sous pression les personnes sans abri et les centres de jour bruxellois, déjà limités dans leurs horaires et leurs capacités d’accueil.

Vivre dans la rue est une épreuve, aussi bien dans le froid mordant de l’hiver que dans la chaleur accablante de l’été. “Le sans-abrisme ne connaît pas de saison“, rappelle l’association l’Îlot, qui veut rappeler que le danger ne disparaît pas avec la fin de l’hiver, mais change simplement de forme. Dehors, les personnes sans-abri ont des difficultés à trouver un coin d’ombre stratégique et, sans protection au soleil, elles risquent les malaises liés aux insolations et à la déshydratation.

La ville est un espace où la chaleur se reflète sur beaucoup de choses, donc il fait d’autant plus chaud“, fait remarquer Noé Brohez, responsable de l’action sociale à l’Îlot. Lorsque les températures sont aussi élevées, ces personnes doivent faire face à “un risque de problèmes de santé et un risque létal largement augmenté“, assure Noé Brohez. “Le corps n’arrive pas à se refroidir comme c’est le cas pour nous, parce que la température ne redescend pas du tout assez la nuit. Il n’y a aucun moyen de se refroidir, si ce n’est de trouver un accueil de jour“, explique-t-il.

Difficile de quantifier les décès causés par les canicules. Le Collectif Les Morts de la Rue, qui agit “pour un adieu digne pour les habitants de la rue en Région Bruxelloise“, ne dispose pas de chiffres précis sur les causes précises des décès, mais constate qu’ils sont répartis tout au long de l’année, aussi bien en hiver qu’en été.

Pourtant, les dons perçus par l’association sont nettement moins élevés que durant la période hivernale. La structure réalise, en décembre, un quart de ses levées de fonds. “Il y a une impression qu’il y a moins de besoins, or il y en a peut-être encore plus. Comme nous avons moins de dons, nous devons pomper davantage dans nos réserves“, explique Ariane Dierickx, directrice générale de l’Îlot.

■ Reportage de Maël Arnoldussen et Yannick Vangansbeek

► Voir notre reportage | “On était les seuls à porter ce fardeau d’être ouvert le week-end et recevoir ce public” : L’Ilot contraint de fermer son centre de jour de Saint-Gilles le week-end

Fermé le week-end, faute de moyens financiers

Depuis mars, l’asbl est contrainte de fermer son centre situé à Saint-Gilles chaque samedi et dimanche, alors qu’elle était la seule à offrir ce service. “Cette fermeture est le symptôme d’un système de financement qui ne permet plus d’assurer, de manière structurelle, une offre de jour suffisante pour les personnes que nous accompagnons, en particulier les week-ends“, expliquait alors l’Îlot. Cette situation se poursuit malgré la canicule : “Les personnes nous quittent le vendredi et nous espérons à chaque fois qu’elles vont trouver des solutions correctes pour le week-end. On retrouve ces personnes dans des états très dégradés le lundi, quand ils reviennent, parce qu’elles n’ont pas trouvé d’endroit où dormir, parce qu’elles n’ont pas eu d’eau”, raconte encore Noé Brohez.

Par ailleurs, d’autres structures sont ouvertes le week-end. Notamment le centre de jour à DoucheFLUX, qui est ouvert tous les samedis de 8h30 à 14h depuis notre ouverture en 2017. “Nous proposons un ensemble de services dont les douches, lessives mais aussi un accès à l’eau et aux sanitaires – essentiels toute l’année mais qui paraissent encore plus nécessaires face aux chaleurs extrêmes”, précise Léa Courtois.

Les personnes sans chez-soi qui dorment dans la rue ont un sommeil perturbé par ces températures élevées et se réveillent souvent aux premières lueurs du jour, vers 5h du matin. “Il y a aussi quelques bars qui acceptent de donner de l’eau gratuitement ou les quelques magasins sont fermés“, décrit-il. “On a des personnes qui, à cause de la chaleur, n’ont pas dormi pendant trois nuits et qui reviennent chez nous en complète déshydratation, d’autant plus chez les personnes consommatrices ou ayant des assuétudes. L’équipe se pose quotidiennement la question de la nécessité d’appeler une ambulance“, témoigne-t-il.

On a des personnes qui viennent davantage parce qu’elles ont besoin de se rafraîchir en prenant une douche ou de trouver un endroit dans lequel elles peuvent être à l’ombre

Les équipes de l’Îlot constatent donc, lors des vagues de chaleur, une certaine affluence: “On a des personnes qui viennent davantage parce qu’elles ont besoin de se rafraîchir en prenant une douche ou de trouver un endroit dans lequel elles peuvent être à l’ombre“, nous dit Noé Brohez. De plus, les centres de jour constituent “des points d’ancrage dans des parcours souvent marqués par l’isolement, la rupture de droits, les violences, les problèmes de santé physique ou mentale et l’absence de solution de logement“, précise l’association.

► Voir aussi | Les centres d’accueil pour les sans-abris sont saturés : “On est dans une situation compliquée depuis plus d’une dizaine d’années”

“Il y a une forte affluence pour une partie du public, mais une autre partie du public fuit complètement ces lieux“, nuance toutefois le responsable. Si de l’eau et des douches froides sont à la disposition des visiteurs pour se rafraîchir, “ce sont des lieux souvent très peu aérés, sans espaces extérieurs, où c’est assez difficile de rester pendant toute une journée“, admet Noé Brohez. “Malheureusement, les lieux ne sont pas équipés pour un rafraîchissement pendant l’été“.

Les personnes affrontant la chaleur dans la rue, peuvent compter sur les différentes associations qui continuent à faire des maraudes, comme le SAMU social ou Infirmiers de rue.

Trouver des solutions de relogement

Pour l’Îlot il est “indispensable” de renforcer les dispositifs existants, d’élargir les horaires d’ouverture des centres, de garantir l’accès à l’eau et aux sanitaires, mais aussi “de soutenir les équipes de terrain qui travaillent toute l’année auprès des personnes les plus exposées.

Plus généralement, l’ASBL plébiscite avant tout pour une réponse plus structurelle. L’idée est de traiter les causes du problèmes et non les symptômes : “Il faut surtout trouver des solutions de sortie vers le logement. On met un maximum de moyens aujourd’hui pour créer des solutions de relogement comme l’achat de bâtiments, leur remise en état afin de permettre aux personnes de se reloger“, indique Ariane Dierickx.

► Lire aussi | Près d’un Belge sur dix craint de devenir sans-abri

Maxime Dieu – Photo : BX1

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