Des plans régionaux à la traîne et une grande disparité entre les communes : où en est l’offre de logements publics à Bruxelles ?
Perspective.brussels, le centre d’expertise régional de référence pour le développement régional et territorial bruxellois, sort ce lundi son nouveau monitoring sur les logements publics dans la capitale. Pour cette analyse, les chiffres ont été arrêtés au 1er janvier 2025. Il en ressort que, depuis 2009, près de 7.000 logements publics ont été construits par les différents opérateurs régionaux et plus de 2.000 sont actuellement en chantier. Mais une importante disparité subsiste entre les communes et les annonces du gouvernement Dilliès interrogent, alors que 60.000 ménages se trouvent sur liste d’attente pour un logement social.
Toute personne cherchant actuellement un logement dans la capitale le constate : Bruxelles traverse une importante crise du marché locatif. Les loyers augmentent et la concurrence entre les candidats fait rage. Pour les personnes à plus faible revenu, cela devient presque mission impossible. Face à cela, le gouvernement bruxellois met en place depuis plusieurs années des programmes régionaux pour rendre certains logements publics plus accessibles.
Le Plan régional du Logement (PRL) lancé en février 2005 prévoyait ainsi la construction de 3.500 logements sociaux et 1500 logements moyens sur dix ans. À la date du 1er janvier 2025, soit vingt ans plus tard, le nombre de logements réceptionnés atteint près de 3.000, soit environ 60% de l’objectif initial.
En 2013, la Région bruxelloise a décidé d’amplifier sa politique de logements et a créé un nouveau plan pour le logement, appelé Alliance Habitat (AH), prévoyant la construction de 6.700 logements publics supplémentaires. En 2025, ce programme comptabilise 2.600 logements réceptionnés et près de 1.900 en construction, soit 67 % de l’objectif fixé. “Sans moyens budgétaires supplémentaires, le nombre total de logements prévus par ces deux plans (11.720 logements) ne sera pas atteint“, assure perspective.brussels dans son monitoring.
Près de 80.000 logements à finalité sociale
Dans les données recensées dans le rapport, on retrouve plus précisément les logements à finalité sociale. Cette dénomination n’existe pas dans le code du logement social, mais perspective.brussels la décrit comme la catégorie qui regroupe “l’ensemble des logements produits ou encadrés par des politiques publiques régionales visant à faciliter l’accès au logement tant par des loyers modérés que par des dispositifs d’aide à l’acquisition ou à la revente“. Il s’agit des logements de la SLRB, du Fonds du Logement, de citydev, du Community Land Trust Brussels (CLTB), des opérations de revitalisation urbaine, des communes et CPAS ; ainsi que les logements privés bénéficiant d’un soutien régional, tels que les logements gérés par les Agences Immobilières Sociales (AIS) et les logements acquis via un prêt du Fonds du Logement.
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À ce jour, la Région en compte près de 79.650, soit 13,1% du nombre total de logements en Région bruxelloise. Ce pourcentage inclut les bénéficiaires des allocations-loyers, à savoir les ménages sur liste d’attente pour un logement social qui bénéficient d’un versement mensuel afin de compenser leur loyer. Le gouvernement précédent s’était fixé comme objectif d’atteindre 15% de logements “à finalité sociale” à l’échelle régionale et ce, de manière bien répartie sur le territoire. Mais la carte de Bruxelles démontre une toute autre réalité.
Un déséquilibre territorial qui se confirme
La répartition géographique des logements publics construits ou en chantier demeure contrastée. La majorité des projets se concentrent à l’ouest et au nord de la Région. Tandis que le sud-est accueille moins de projets et de plus petite taille.
À titre de comparaison, depuis 2009, la Ville de Bruxelles a acquis près de 2.000 nouveaux logements publics, Anderlecht 1.200 (mais 1.180 logements étaient encore en travaux à l’époque du monitoring), Molenbeek 906, Evere 712, Ixelles 547 et Forest 523. Dans le même temps, Auderghem a vu la finalisation de huit logements publics et Saint-Josse quinze. Depuis 16 ans, aucun logement n’a été réceptionné à Ganshoren et à Woluwe-Saint-Pierre. Par contre, ces deux communes accueillent chacune un chantier d’environ 25 logements.
En raison de cette disparité de logements publics selon les communes, on constate aussi un déficit marqué de logements à finalité sociale dans le cadran sud-est de la Région. En tenant compte des allocations-loyers, huit communes bruxelloises sur les 19 dépassent l’objectif de 15% voulu par le précédent gouvernement.
En excluant ce dispositif d’aide – et en ne parlant donc que du bâti – seules cinq communes passent la barre des 15% : Watermael-Boitsfort (18,43%), Anderlecht (17,93%), Molenbeek-Saint-Jean (16,55%), Evere (15,74%) et Saint-Josse-ten-Noode (15,58%). Uccle, Ixelles et Woluwe-Saint-Pierre atteignent difficilement les 5%.
Pour Yves Van de Casteele, référent bruxellois du Logement au sein de perspective.brussels, cette disparité entre les communes ne représente cependant pas un problème en soi. “Le réflexe du géographe va être de vouloir répartir sur l’ensemble du territoire, mais il faut plutôt répondre aux réalités locales. Construire là où la demande locale est la plus forte.” Pour le spécialiste, plus que leur localisation, la priorité est surtout d’augmenter le nombre de logements. “Il y a actuellement 60.000 ménages en attente d’un logement social à Bruxelles, il faut donc en produire, peu importe dans quelle commune.”
L’importance de conserver des terrains publics
Dans cette idée, perspective.brussels voit d’un mauvais œil les orientations prises par le nouveau gouvernement bruxellois. “La Déclaration de Politique Régionale 2026-2029 annonce plusieurs mesures susceptibles de freiner l’augmentation du parc de logements publics, voire même d’entraîner des reventes partielles de celui-ci“, pointe le rapport. “Dans un contexte marqué par la hausse continue du coût du foncier et les contraintes budgétaires croissantes, la conservation du foncier public constitue un enjeu stratégique majeur ; et ce, même en cas de revente de biens.”
“Il est très important que la Région conserve les terrains en sa possession“, insiste Yves Van de Casteele. Pour lui, la vente sous emphytéose – qui consiste à vendre uniquement le bâtiment pour une durée limitée tout en restant propriétaire du terrain – reste la meilleure option pour renflouer les finances régionales tout en gardant la mainmise sur des terrains pour des projets futurs.
Malgré les retards et la pression sur le marché, “la bonne nouvelle reste que Bruxelles construit du logement public“, conclut le référent du logement.
V.d.T. – Photo : Belga