Colère de l’enseignement : 1300 artistes s’unissent autour d’une carte blanche contre les violences policières
Les violences en marge des manifestations liées à l’enseignement continuent de faire beaucoup de bruit.
Plusieurs incidents ont eu lieu entre jeudi et lundi dernier impliquant des manifestants, mais aussi la police. Suite à ces événements, 1300 artistes, dont Youssef Swatt’s, Pierre de Maere, Camille Yembe, Lisette Lombé, Florence Mendez, Freddy Tougaux, Mustii et Pepe, ont choisi de s’unir autour d’une carte blanche pour dénoncer les actes et les “nombreuses violences policières observées” sans ignorer “les dégâts matériels commis par une partie des manifestants”.
Dans un premier temps, le groupe est revenu sur le fond avec le vote de la loi-programme. “Cette colère est l’expression d’un sentiment d’abandon, d’un sentiment de ne pas être écouté, et d’un sentiment que leur avenir leur est volé. Le constat est alarmant : en prétendant faire des économies, la majorité MR-Engagés va priver des enseignants de leurs charges de cours, va priver des élèves de services d’aide essentiels, et va priver les étudiants et futurs étudiants de réaliser les études de leur choix sans devoir se soucier d’un minerval trop élevé.”
Les artistes estiment que dans ce contexte, il fallait s’attendre à des représailles. “Que des jeunes sortent dans les rues et saccagent du mobilier urbain n’est aujourd’hui qu’un symptôme d’une politique de l’autruche qui a refusé de tendre la main aux acteurs et actrices de terrain.” Avant d’ajouter : “Nous rappelons que la dégradation de biens n’est rien à côté de la violence institutionnelle imposée par un décret qui n’a même pas respecté le cadre légal dans lequel il est censé s’exercer.”
Pour rappel, la majorité n’a pas respecté le délai de 84 heures entre le vote en commission et celui en plénière. Ce qui fait poser une question centrale pour les signataires : “Comment nos représentants politiques comptent-ils justifier l’argument selon lequel des jeunes ne respectent pas le jeu d’une manifestation pacifique alors même qu’ils et elles sont incapables de respecter les règles imposées par leur propre Parlement ?”
Deux situations problématiques
Ensuite, la carte blanche s’est attaquée au sujet central de leur démarche : les violences policières. Elle revient sur des éléments précis de la journée de lundi, notamment.
Une manifestation pacifiste avait été organisée à Bruxelles-Central, au Mont des Arts et à la Place Poelaert. Après les différents incidents trois jours auparavant, la police avait choisi de se tenir à l’écart dans un premier temps. “Cela a permis aux jeunes de s’exprimer sans qu’il y ait de mouvements de panique ni de confrontations directes.”
Mais la situation s’est tout de même tendue en début de soirée lorsque le cortège ayant démarré à la Place Poelaert est arrivé au Mont des Arts. “La situation, qui était déjà tendue, a dégénéré au moment où une autopompe a été déployée par la police. À ce moment précis, les jeunes sont sortis de leurs gonds, et la confrontation est devenue inévitable, dans un contexte où des professeurs étaient pourtant en première ligne pour tenter de calmer le jeu.”
Les artistes pointent une autre situation problématique. Vers 19h30, un cortège s’est rassemblé devant le siège du MR Avenue Henri Jaspar. Le bâtiment a rapidement été sécurisé par une ligne de policiers et des autopompes. “Lorsque le cortège, pour éviter toute confrontation, a décidé de descendre la rue de l’Hôtel des Monnaies pour se rendre dans le quartier Saint-Gilles, les policiers ont chargé. Ils ont chargé alors que le cortège était déjà 100 mètres plus loin. Palets lacrymogènes, ligne de policiers qui tapent en rythme sur leur bouclier, une autopompe suivait le mouvement. Sur la rue de l’Hôtel des Monnaies, la répression commence au moment où le cortège avait pourtant une chance de se terminer paisiblement”, assurent-ils.
Cette séquence illustre parfaitement, selon les artistes, ce que cette tribune dénonce : “La répression des jeunes, les arrestations racistes et arbitraires, alors qu’elles cherchent à dissuader la jeunesse de se mobiliser (ce qui constitue une atteinte au droit à manifester), ne font qu’accroître le risque d’émeutes.”
“La police agit de façon systématiquement raciste et discriminatoire”
Selon eux, il existe bien un problème global dans la police en Belgique. “À la question de savoir s’il y a ou non un problème systémique dans la police belge, nous répondons que la police agit de façon systématiquement raciste et discriminatoire, et que le bras de fer qui l’oppose aujourd’hui aux jeunes issus de quartiers populaires n’est que le reflet d’un racisme systémique.”µ
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Cette tribune charge aussi les politiques. “En refusant d’écouter ces jeunes, qui subiront le plus durement la réforme du décret-programme de l’enseignement, nos représentants choisissent d’ignorer les inégalités structurelles de notre société. En envoyant la police pour réprimer et non pour soutenir, nos représentants construisent l’impossibilité de dialoguer qu’ils et elles attribuent aux « casseurs », qui ne sont autres que des jeunes mécontents et tristes d’être abandonnés.”
Enfin, ils exhortent les responsables politiques à “prendre les mesures nécessaires pour empêcher la police de reproduire de tels événements”.
Rédaction