26.986 Bruxellois exclus du chômage depuis le début de la réforme
Depuis le début de la limitation dans le temps des allocations de chômage, 26.986 personnes sont arrivées en fin de droit en Région bruxelloise. Les premiers chiffres disponibles montrent qu’une partie s’est tournée vers les CPAS, tandis que l’accompagnement vers l’emploi se met progressivement en place. Le député Fabian Maingain (lib.res) estime toutefois que les moyens déployés restent insuffisants. Le cabinet du ministre de l’Emploi Laurent Hublet défend, lui, les mesures prises depuis mars.
La réforme fédérale de l’assurance chômage, qui limite désormais dans le temps le versement des allocations, se déploie progressivement depuis janvier 2026. À Bruxelles, 26.986 personnes sont arrivées en fin de droit depuis le début de la réforme, selon les derniers chiffres de l’ONEM.
Sur une période légèrement différente, entre janvier et avril, 26.754 demandeurs d’emploi bruxellois avaient quitté le régime du chômage, selon les chiffres obtenus par Fabian Maingain auprès du ministre bruxellois de l’Emploi. Pour les deux premières vagues d’exclusion, 43,3 % des personnes concernées se seraient tournées vers un CPAS, selon une réponse du ministre à une question écrite du député.
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Fabian Maingain estime que les premiers chiffres disponibles montrent un décalage entre les objectifs annoncés en matière d’accompagnement et la situation observée. Selon les données qu’il a obtenues, 10,6 % des personnes arrivées en fin de droit au cours de la période observée avaient entamé un accompagnement auprès d’Actiris ou de ses partenaires. Pour la première vague, 3,5 % avaient commencé une formation dans les trois mois suivant leur fin de droit.
Le ministre met en avant les mesures prises depuis mars
Le cabinet de Laurent Hublet souligne que ces chiffres concernent les premiers mois de 2026, une période durant laquelle la mise en œuvre administrative de la réforme était encore en cours. Pour les personnes concernées, dont certaines sont éloignées du marché de l’emploi depuis plusieurs années, la priorité initiale était notamment d’évaluer leur situation personnelle, de vérifier leur éventuelle éligibilité à l’aide sociale et d’ouvrir leurs droits auprès d’un CPAS.
Le cabinet rappelle également que le ministre a demandé à Actiris de mettre en place un accompagnement renforcé à partir du 1er mars. L’objectif est notamment de fixer un premier rendez-vous dans les quinze jours suivant l’inscription et de proposer une solution (emploi, stage ou formation) au plus tard au quatrième mois.
Le ministre considère par ailleurs que le changement de statut ne doit pas interrompre l’accompagnement vers l’emploi. “Pour le Ministre, un chercheur d’emploi reste un chercheur d’emploi, quel que soit son statut”, indique son cabinet.
Les CPAS ont d’abord dû traiter les demandes de RIS
La Fédération des CPAS bruxellois confirme que l’arrivée de ce nouveau public a représenté une charge supplémentaire pour les CPAS. Ces derniers et Actiris travaillent déjà ensemble dans le cadre d’un partenariat. Mais la réforme a renforcé les missions d’accompagnement vers l’emploi des CPAS, sans moyens supplémentaires du fédéral, selon la Fédération.
Dans les premiers mois, les CPAS ont principalement dû répondre à leur mission de base : examiner les demandes de revenu d’intégration sociale (RIS) et déterminer les droits des personnes concernées. Ce qu’ils doivent faire dans une période de six mois au maximum. La Fédération souligne que tous les CPAS n’ont pas été confrontés à la situation dans les mêmes conditions et qu’ils n’ont donc pas tous pu développer au même rythme le suivi d’insertion professionnelle.
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Un renforcement du partenariat entre les CPAS et Actiris est actuellement discuté avec le gouvernement bruxellois. La Fédération indique que le travail a commencé et que les moyens budgétaires qui seront dégagés par la Région joueront également un rôle.
Une capacité d’accompagnement à préciser
Dans son communiqué, Fabian Maingain souligne que le dispositif destiné aux bénéficiaires du RIS repose notamment sur les Missions locales et les Lokale Werkwinkels. Actiris estime leur capacité mobilisable à environ 4.000 accompagnements par an.
Le député compare ce chiffre au nombre de personnes arrivées en fin de droit et demande un renforcement des capacités d’accompagnement et de formation. La Fédération des CPAS indique toutefois qu’une analyse est en cours pour déterminer plus précisément la répartition des rôles entre les CPAS et Actiris.
Le contexte bruxellois de l’emploi
L’accompagnement intervient par ailleurs dans un marché du travail bruxellois qui évolue lui aussi. Entre septembre 2025 et août 2026, 402.873 offres d’emploi ont été reçues par Actiris directement et via ses partenaires, en incluant notamment les CDI, CDD, mesures d’emploi, stages et missions d’intérim. Cela représente 16,8 % de moins que durant les douze mois précédents. En août 2026, 99.458 demandeurs d’emploi inoccupés étaient inscrits chez Actiris.
La Fédération des CPAS rappelle également que les possibilités d’insertion varient selon les profils et les situations. Elle cite notamment les difficultés d’accès à l’emploi rencontrées par certaines personnes en fonction de leur niveau de qualification, de leur origine ou de leur lieu de résidence.
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Dans une analyse publiée en 2019, View.Brussels relevait ainsi des écarts importants entre les taux de chômage et d’insertion des personnes d’origine belge et ceux de certaines populations d’origine non européenne, y compris à niveau d’études comparable.
Un rapport d’Unia, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances, publié en 2024 relevait pour sa part que les dossiers liés à l’emploi représentaient 43 % des dossiers ouverts à Bruxelles, soit 208 dossiers. L’organisme soulignait également qu’en 2023, le taux d’emploi des personnes nées en dehors de l’Union européenne était de 57,9 % à Bruxelles, contre 59 % en Belgique et 67 % en moyenne dans l’Union européenne.
Que deviennent les personnes sorties du chômage ?
À l’échelle nationale, les données de l’ONEM donnent déjà quelques indications sur les trajectoires après la fin des allocations. Pour les personnes arrivées en fin de droit en avril, 32,1 % avaient retrouvé un emploi avant ou au moment de leur sortie du chômage. Pour l’ensemble des personnes dont les droits ont pris fin depuis janvier, 13,5 % ont retrouvé un emploi salarié dans le mois suivant.
Une part importante apparaît toutefois dans la catégorie administrative “autres“. Depuis janvier, 78,1 % des personnes arrivées en fin de droit n’étaient identifiées ni comme salariées, ni comme indépendantes, ni comme bénéficiaires d’indemnités de maladie ou de pension dans les bases utilisées pour l’évaluation.
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L’ONEM précise que cette catégorie peut notamment s’expliquer par des données administratives encore incomplètes, une prise en charge par des proches ou un partenaire, ou encore un passage vers le revenu d’intégration. 46.613 personnes ont obtenu un revenu d’intégration après leur fin de droit au chômage, tandis que 8.980 demandes ont été refusées.
Les chiffres disponibles permettent donc déjà de mesurer une partie des trajectoires au niveau national, mais pas encore de dresser un bilan complet de la réforme à Bruxelles. Les prochains mois devront notamment permettre de suivre l’évolution de l’accompagnement, des formations et des retours à l’emploi des personnes concernées.
La Fédération des CPAS bruxellois annonce préparer de son côté un rapport pour le premier anniversaire de la réforme afin d’évaluer ses effets et d’identifier ce qui fonctionne ou non.
Rédaction