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“Une ligne rouge est franchie” : des associations dénoncent la politique d’asile de l’Arizona et ses répercussions sur le terrain

Un consortium d’organisations humanitaires et de défense des droits des personnes étrangères publie ce jeudi un nouveau rapport sur la politique de l’accueil en Belgique. Chiffres à l’appui, ces organisations dressent un constat : depuis les décisions prises par le gouvernement fédéral à l’été 2025 visant à durcir la politique de l’accueil en Belgique, la situation humanitaire s’est aggravée et les fondements de l’État de droit sont bafoués. Selon elles, une ligne rouge a aussi été franchie : à côté des hommes seuls en demande d’asile, des familles avec parfois de très jeunes enfants, se retrouvent désormais à la rue.

Une évacuation a été menée ce mardi à l’aube par la Ville de Bruxelles. Celle de la dizaine de tentes installées devant le hub humanitaire. Une évacuation qui, selon la Ville, était devenue nécessaire en raison “de graves problèmes d’hygiène et de sécurité“. Pour les autorités communales, cette “décision difficile” est une nouvelle conséquence de la politique menée au fédéral par la ministre de l’Asile et de la Migration Anneleen Van Bossuyt (N-VA). “Nous appelons, encore une fois, la Ministre Van Bossuyt à agir sur ce volet et à en prendre la pleine mesure. Soit elle décide de régulariser avec un accès au travail, soit elle met en place des politiques de retour accompagnés. Mais ce qu’elle ne peut plus faire, c’est ne rien faire.”

 

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Ce jeudi, ce sont sept organisations – Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, le CIRÉ, Vluchtelingenwerk Vlaanderen, BelRefugees, Caritas International et le Hub humanitaire – qui alertent sur la situation humanitaire en cours. Dans leur rapport “Politique de non-accueil – État des lieux”, elles retracent chronologiquement les conséquences de la politique du gouvernement Arizona entre juillet et décembre 2025. Une période qui, selon elles, a fortement dégradé les conditions d’accueil des demandeurs d’asile dans notre pays.

Alors que la société civile, mais également des institutions belges et internationales, appellent la Belgique à agir et à prendre des mesures pour mettre fin à cette situation qui perdure depuis 2021, le gouvernement fait exactement l’inverse. Les mesures législatives adoptées à l’été 2025 excluent de nouvelles catégories de demandeurs d’asile et aggravent la situation humanitaire. Le nombre de places d’accueil dans le réseau Fedasil diminue alors que, fin 2025, il y avait toujours au moins 2.000 personnes en besoin d’une place“, constatent les associations.

Des conséquences visibles sur le terrain

À partir de l’été 2025, au moment où la Loi Accueil a été modifiée, en plus des hommes seuls qui étaient déjà très nombreux à être à la rue malgré le fait qu’ils avaient fait une demande de protection internationale, il y a eu des femmes, des enfants en bas âge. C’était la première fois que l’on en voyait autant“, témoigne Manon Cochereau, référente santé chez Médecins du Monde. “Ces personnes ont fait une demande de protection internationale, elles doivent légalement être prises en charge par Fedasil et le gouvernement fédéral en attendant que leur demande soit étudiée, mais malgré cela, elles se retrouvent à la rue.

Cette hausse du nombre de personnes se retrouvant dans la rue entraîne inévitablement des conséquences sur leur prise en charge par les associations de terrain. “Ces personnes qui se retrouvent livrées à elles-mêmes n’ont pas accès à un hébergement, à de la nourriture, à des soins de santé auxquels elles ont droit. Cela a forcément des conséquences sur leur santé aussi bien physique que mentale. On observe de plus en plus une dégradation de la santé mentale des personnes contraintes de dormir dehors.”

“La non prise en charge coûte plus cher à l’État qu’un accueil digne.” 

Or à long terme, rappellent les associations, il est moins coûteux, plus efficace et plus humain de donner accès à un accueil de qualité et immédiat à tous les demandeurs d’asile. “Si l’on se réfère aux soins de santé, les personnes qui se retrouvent en rue et qui n’y ont pas accès vont voir leur état de santé se dégrader et, au bout du compte, vont finir par se rendre aux urgences. La finalité, c’est que cela coûte beaucoup plus cher à l’État que si la personne avait pu voir un médecin et être pris en charge dans les temps.

À cela s’ajoute de fortes réductions budgétaires au niveau de l’ensemble des partenaires. “À Bruxelles par exemple, nous avons du diviser par deux les consultations de santé au hub humanitaire à partir de novembre 2025. Et cela, forcément, cela a des conséquences qui sont très importantes, sachant que nous n’avions déjà pas assez de places à la base pour que toute personne qui le souhaite rencontre un médecin“, explique Manon Cochereau. Athéna, le centre de soins pour personnes vulnérables, a par ailleurs fermé ses portes en février, faute de subside nécessaire, entraînant une pression supplémentaire sur les associations de terrain. “Il y a de moins en moins de possibilités d’accès aux soins pour ces personnes qui sont laissées à l’abandon“, déplore Manon Cochereau.

Un “Brussels Deal” insuffisant

Contrairement à ce que dénonce les associations, la ministre Van Bossuyt estime qu’il y a suffisamment de places pour accueillir les personnes dormant dans la rue à Bruxelles puisque la liste d’attente pour avoir une place d’accueil est, depuis quelques mois, inférieure à 2.000 personnes (selon des chiffres cités par la ministre, la liste comprenait 1.653 personnes en janvier 2026). Or, 2.000, c’est le nombre de places d’accueil cofinancées par le fédéral, conformément à un accord passé avec la Région bruxelloise, “soit plus qu’assez“, déclarait la ministre devant la Chambre en janvier.

Un raccourci malhonnête selon le consortium d’associations qui rappelle que ces 2.000 places s’inscrivent dans le dispositif “Brussels Deal” mis en œuvre par des organisations humanitaires. Ces places ne sont pas réservées uniquement aux demandeurs d’asile, elles sont inconditionnelles et donc accessibles à toute personne dans le besoin. Par ailleurs, il n’y a pas d’orientation automatique de Fedasil vers les places du Brussels Deal. Cela signifie qu’une personne inscrite sur la liste d’attente de Fedasil est livrée à elle-même et se retrouve à la rue si elle ne trouve pas, par ses propres moyens, une solution, y compris une place du Brussels Deal, ou une autre place d’urgence pour personnes sans abri.

Malgré des décisions de justice, la ministre maintient le cap

En février, la Cour constitutionnelle saisie par plusieurs familles sans accueil a finalement décidé de suspendre les mesures législatives adoptées en juillet dernier, s’interrogeant sur leur compatibilité avec le droit de l’Union européenne. La ministre avait réagi en affirmant malgré tout “poursuivre l’arrêt de l’accueil pour ceux qui sont déjà protégés dans l’UE“, mais sur base d’une “autre base juridique“. Fin mars, c’était au tour du Conseil d’Etat de rappeler à l’ordre la ministre en ordonnant en extrême urgence une suspension de cette décision qui “expose immédiatement les personnes concernées au risque de se retrouver dans une situation de dénuement complet et de devoir dormir dans la rue“.

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Pas de quoi décourager la ministre qui a annoncé début avril que les “obstacles” juridiques contre sa politique ne la feraient “pas reculer“. “Je ferai tout pour trouver des solutions en respectant la jurisprudence existante“, a-t-elle déclaré devant la Chambre. Dans cette idée, suite à la décision du Conseil d’Etat, la ministre a conclu de nouvelles dispositions avec les services de l’asile leur permettant de refuser l’accueil aux personnes bénéficiant déjà d’une protection dans un autre État membre, mais uniquement si cela peut être justifié au cas par cas et de manière suffisante.

“Les constats restent les mêmes.”

Selon Sotieta Ngo, la directrice du Ciré (un organisme qui œuvre pour les droits des personnes exilées), une partie du public concerné a pu trouver place dans le réseau d’accueil suite aux recours déposés en justice et grâce au mouvement de grogne au sein-même de Fedasil. “Mais il reste des hommes seuls qui ne sont pas accueillis alors qu’ils y ont droit. En ce qui concerne les familles, cela dépend du nombre de places disponibles au jour le jour. C’est pourquoi nous demandons à la ministre une réponse structurelle permettant une capacité d’accueil suffisante.”

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Car sur le terrain, la situation évolue peu. “Les constats restent identiques. Des personnes continuent de se retrouver à la rue ces dernières semaines, dont des familles avec de jeunes enfants. […] Ce que nous demandons aux autorités fédérales, c’est que toutes les personnes qui se retrouvent à la rue malgré leur demande de protection internationale aient droit à un accueil digne comme le prévoit la loi, que les capacités d’accueil soient augmentées avec un budget suffisant et que le gouvernement respecte les décisions de justice qui ont déjà été prises“, conclut Manon Cochereau.

Victor de Thier – Photo : Belga

■ Le explications de Sarah Uenten dans Bonjour Bruxelles avec interview de Manon Cochereau, référente santé chez Médecins du Monde

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