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Achat de terres agricoles : l’idée bruxelloise est sur la table… depuis 2015

Ce lundi, sur LN24, le ministre de l’Environnement, Alain Maron, expliquait que Bruxelles pouvait acquérir des terres agricoles dans la Région mais aussi dans les deux Brabants, provoquant une multitude de réactions. Pourtant, c’est en 2015 que le précédent gouvernement bruxellois adopte la stratégie Good Food. Le but : inscrire Bruxelles dans une alimentation plus durable en favorisant les circuits courts et en réduisant le gaspillage alimentaire. Alors quoi de neuf depuis?

D’ici 2035, Bruxelles doit être autonome pour 30% de son alimentation. Plusieurs espaces pour le maraîchage, notamment à Anderlecht ou Watermael-Boitsfort sont préservés et se sont même développés ces dernières années afin de répondre en partie à cet objectif. Lors de la confection de la stratégie de base, l’ancienne ministre de l’Environnement, Céline Fremault (cdH) souhaitait qu’en 2020, toutes les cantines publiques, les scolaires et les crèches utilisent les fruits et légumes de la Région et des produits en circuit court.

A mi-parcours, soit en 2018, la Région a effectué une évaluation de la stratégie. Bruxelles disposait alors de 205 ha de terres utilisées par l’agriculture et déclarées à la PAC (Politique agricole commune) et un potentiel supplémentaire de 161 ha a été identifié. 1% de l’alimentation des Bruxellois est actuellement produite dans la Région.

Dans la Région bruxelloise, la zone de Neerpede reste la priorité pour développer l’agriculture urbaine. Mais la stratégie Good Food précise également qu’il faudra utiliser son hinterland afin d’atteindre l’objectif de 30% de production locale. A l’origine, il s’agissait d’un rayon de 10 km autour de Bruxelles mais en 2018, on parle d’une mobilisation des deux Brabants.

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La Région a souhaité mettre en place un observatoire du foncier et acquérir des terres agricoles, réviser le bail de ferme et développer des baux adaptés à l’agriculture urbaine. Il faut aussi modifier certaines affectations au Pras (plan régional d’affectation du sol) car pour le moment, le terme de terre agricole n’existe pas. Il faut donc que le terrain soit en équipement collectif ou en zone productive.

Des zones agricoles à préserver

La déclaration du ministre de l’Environnement, Alain Maron (Ecolo), sur l’achat de terres agricoles dans les deux Brabants, suscitant un tir nourri de réactions courroucées, n’est donc pas une nouveauté et elle s’inscrit dans la politique adoptée en 2015.

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Selon une étude, il faudrait mobiliser une surface de 590,5 ha pour couvrir 30% des besoins pour les 5 fruits et légumes les plus consommés. “Etant donné les surfaces disponibles en Région bruxelloise, l’atteinte de cet objectif table sur un scénario associant les zones agricoles de pleine terre en Région bruxelloise, des systèmes de production hors-sol en intra urbain mais également, et de manière importante, la zone péri-urbaine”, peut-on lire dans la stratégie Good Food.

Un partenariat a déjà été noué avec le Brabant flamand pour l’aménagement de Neerpede. Le plan de Good Food prévoit aussi d’aider les agriculteurs de la périphérie à avoir accès au marché bruxellois.

Des réactions en chaîne

Du côté de la Fédération wallonne de l’Agriculture, on se dit surpris par l’annonce et elle propose de faire l’intermédiaire entre la Région bruxelloise et les agriculteurs wallons qui souhaiteraient avoir un accès privilégiés avec la capitale. “Tout au long de la crise du covid 19, les agriculteurs wallons (comme ceux de Flandre d’ailleurs) ont poursuivi leur travail et continué à alimenter la population en productions de qualité, variées, respectant toutes les normes environnementales et sanitaires sévères auxquelles ils sont soumis. En conséquence, il est bien difficile de comprendre les motivations du ministre bruxellois. Il est, de surcroît, extrêmement heurtant pour les agriculteurs d’apprendre qu’il serait nécessaire qu’un opérateur extérieur (public ou privé) intervienne pour que l’activité agricole soit menée dans le respect de l’environnement et de la biodiversité”, a souligné la Fédération à l’agence Belga. Pour elle, cela va à l’encontre de la liberté de culture entièrement aux mains de l’exploitant et consacrée dans la législation sur le bail à ferme.

En Flandre, la ministre de l’Agriculture Hilde Crevits s’est opposée également à l’idée du gouvernement bruxellois d’acheter des terres agricoles en Brabant flamand. Mais elle se dit ouverte à la concertation sur l’approvisionnement de la capitale en produits locaux.

Le MR bruxellois y voit une gestion intrusive et qui n’est pas une priorité à l’heure actuelle. “Pour donner un ordre de grandeur, pour nourrir 400.000 personnes soit un tiers des Bruxellois, en pommes de terre et céréales, il faudrait acheter 5.350 ha, soit en 2019 un budget de 225 millions d’euros (basé sur un coût de 30.000 à 35.000 euros par ha, ce qui est faible pour certaines parties du BW) et acheter 8% des terres du Brabant wallon. Avec cela, on n’a pas encore les légumes, le lait, le sucre et la viande! Au vu de la situation budgétaire bruxelloise, il y a clairement d’autres priorités et investissements à réaliser”, a commenté la cheffe de groupe MR, Alexia Bertrand.

Au cdH bruxellois, on reconnaît avoir rendu possible l’activation du droit de préemption pour les terres agricoles dans le cadre de Good Food et la mise en place de collaboration avec les autres régions. “Le ministre Maron annonce l’acquisition de terres agricoles en Flandre et Wallonie ce matin, entre deux gorgées de café, comme si c’était une simple banalité. A la question de savoir combien cela va coûter, c’est encore le flou total. Et en attendant, les députés bruxellois n’ont toujours pas pu prendre connaissance de l’évaluation de la stratégie Good Food pour savoir où l’on se situe dans les objectifs atteints et à poursuivre,” explique Gladys Kazadi, députée cdH.

Une précision des propos

“Pour concrétiser cet objectif spécifique de production alimentaire, Bruxelles agit d’abord sur le territoire bruxellois.  Mais ne s’interdit pas, en concertation avec les régions voisines, d’acquérir ou soutenir l’acquisition de terres en périphérie, dans une zone de « ceinture alimentaire », en vue d’une mise à disposition à des agriculteurs ou maraîchers pour une production durable, orientée principalement vers les besoins de la ville, en circuit court”, a précisé Alain Maron.  Le gouvernement bruxellois soutient ainsi l’un des maillons essentiels pour transformer la filière alimentaire.

Un budget de 1,5 million est prévu pour cette politique en 2021. “Construire, en concertation, des circuits courts est une opportunité écologique et économique partagée pour Bruxelles et sa grande périphérie.  Liège, Paris ou Lyon, parmi d’autres, développent déjà des projets inspirants de ceinture alimentaire, ajoute le ministre de l’Environnement et de l’agriculture. Par ailleurs, la Région a prévu des budgets pour des acquisitions foncière à Bruxelles même, pour des projets de promotion de la biodiversité (comme l’achat du Wiels), comme pour des projet de maraîchage urbain.”

Vanessa Lhuillier – Photo: BX1

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