Les dossiers de la rédaction : la friche Josaphat, un quartier durable trop peu ambitieux ?

Ce lundi soir se termine l’enquête publique sur le plan d’aménagement directeur (PAD) de la friche Josaphat dont le territoire se situe à cheval sur les communes de Schaerbeek et d’Evere. Elle fait partie des nombreuses zones dites prioritaires pour la Région. Seulement, comme dans de nombreux PAD, riverains et communes critiquent la densité du projet. 

La friche Josaphat se situe entre le boulevard Wahis, l’avenue Gilisquet et le boulevard Léopold III. Elle est traversée par la ligne de chemin de fer 26 ce qui rend sa viabilisation assez complexe.

La Région souhaite tout de même y construire près de 1.600 logements, une gare RER, deux écoles, une crèche, un équipement sportif, 4 hectares d’espace vert, des bureaux, des commerces et un hôtel. Au niveau des logements, la Région a imaginé que 45% seraient des habitations publiques dont 60% de logements sociaux et 40% de moyens.

Pour rendre le quartier agréable et fonctionnel tant pour les futurs habitants que pour les entreprises, plusieurs percées doivent être effectuées pour qu’il soit connecté aux infrastructures environnantes.

La friche doit être divisée en plusieurs zones: le quartier de la gare, une zone pour l’industrie urbaine, une autre pour la pratique sportive, une pour le logement et un espace vert le long de la voie de chemin de fer. Au-delà de la mixité fonctionnelle, la Région souhaite aussi une mixité dans les populations résidentes. Ainsi, la friche est l’occasion de combler le déficit en logements publics. Il est prévu des habitations sociales mais aussi 10% de logements sociaux acquisitifs, du moyen développé par Citydev et du privé. Plusieurs types de logements sont prévus pour chaque îlot. En tout, sur les 23 hectares, se ne sont pas moins de 249.000m² qui doivent voir le jour.

L’enjeu de la biodiversité

L’enjeu des espaces verts est aussi très important. Actuellement, la friche Josaphat est boisée. Une biodiversité très importante s’y est développée. Natagora a d’ailleurs fait un relevé précis des espèces d’oiseaux présentes sur le site pour convaincre de la pertinence de conserver un lieu plutôt sauvage. La région a prévu plusieurs zones pour protéger les entreprises et les habitations du bruit, une autre pour préserver la biodiversité, un espace partagé et une zone tampon. Le tout doit également permettre une meilleure gestion de l’eau.

Des craintes partagées par Schaerbeek et les riverains

Dans le cadre de cette enquête publique, Schaerbeek a décidé de rendre un avis défavorable. Pour la commune, le projet est trop dense, les hauteurs de construction trop élevées et la biodiversité n’est pas assez préservée. En plus, les études paysagères sont arrivées bien trop tard par rapport à l’élaboration du PAD. Beliris, l’accord de coopération entre le fédéral et la Région bruxelloise, a déjà lancé un appel à projet pour les infrastructures majeures du site alors que le plan n’est pas encore approuvé.

En terme de mobilité, la création du quartier devrait générer plus de 5.500 mouvements de véhicules par jour selon le rapport d’incidences. Pour Schaerbeek, les alternatives à la voiture ne sont pas suffisantes. Une ligne de bus doit traverser le site mais elle sera rapidement prise dans le trafic. Pour la commune, le PAD ne prend donc pas en compte les volontés actuelles des habitants et ne mesure pas suffisamment les impacts environnementaux.

Evere est plus mesurée

Josaphat concerne avec une moindre mesure la commune d’Evere. Elle devrait accueillir la partie plus industrielle et l’école. La densité est donc moindre. Evere, commune du ministre-président Rudi Vervoort (PS), a ainsi remis un avis favorable sous conditions. Elle se montre critique quant à la construction potentielle d’une tour de 20 étages sur la pointe nord du site. Elle préférerait se limiter à 15 étages pour mieux s’intégrer dans le paysage existant. En plus, elle regrette l’absence de maison unifamiliale et réclame un renforcement de la desserte en transports en commun.

Vanessa Lhuillier

► Reportage d’Adeline Bauwin