Comment adapter la capitale aux canicules ? “Toutes les maisons du Sud ont des volets. Nous n’avons pas cette culture urbanistique”
À l’heure où Bruxelles connaît des épisodes de chaleur de plus en plus intenses, Bonsoir Bruxelles a consacré son débat de ce vendredi à l’aménagement urbain face aux canicules. Simon De Muynck, coordinateur au centre d’écologie urbaine à l’ULB, Jean-Philippe De Visscher, professeur à l’Institut de recherche architecture et environnement à l’UCLouvain et Leo Van Broeck, président du Comité d’Experts Climat, ont confronté leurs analyses sur les leviers permettant de rendre la capitale plus résiliente.
Les projections climatiques annoncent une hausse moyenne de 4 °C des températures en Région bruxelloise. À cette tendance s’ajoute le phénomène d’îlot de chaleur urbain, qui entraîne jusqu’à 3°C d’écart entre le centre-ville et la périphérie. Lors des épisodes de canicule, cet écart peut atteindre 10 °C au lever du jour. Face à ce constat, la question est posée : comment rendre Bruxelles plus vivable ?
Pour Simon De Muynck, coordinateur du Centre d’écologie urbaine de l’ULB, Bruxelles gagnerait à s’inspirer des solutions développées depuis longtemps dans les villes du sud de l’Europe. Il cite notamment l’exemple de Marseille, dont l’organisation urbaine est pensée en fonction des vents dominants et où les protections solaires sont largement répandues : “Toutes les maisons du Sud ont des volets. Nous n’avons pas du tout cette culture urbanistique du volet, de la persienne ou du store“, observe-t-il. Sans plaider pour une obligation, il estime qu’il est “évident qu’il faut soutenir et promouvoir ” ce type d’équipement, tout en rappelant que les propriétaires restent libres de leurs choix sur les bâtiments privés.
Priorité aux espaces publics
Jean-Philippe De Visscher, professeur à l’Institut de recherche Architecture et Environnement de l’UCLouvain, considère en revanche que le débat ne doit pas se concentrer sur les habitations privées. Selon lui, si le bâti constitue bien le principal réservoir de chaleur en ville, les moyens disponibles pour rénover massivement les logements restent insuffisants. Il appelle donc à privilégier les investissements publics afin d’améliorer le confort thermique des quartiers.
“Il faut végétaliser les espaces publics, planter des grands arbres et, lorsque ce n’est pas possible, végétaliser les façades “, plaide-t-il. Si ces dernières sont ” moins efficaces “, elles constituent néanmoins “ une bonne solution ” lorsque la plantation d’arbres n’est pas envisageable.
Penser la ville dans son ensemble
Pour Leo Van Broeck, président du Comité d’Experts Climat, la réponse passe aussi par une réflexion sur la manière de construire la ville.
À ses yeux, il n’existe pas de modèle unique. Il défend une alternance entre bâtiments hauts et bas, qu’il compare à ” un peigne ” laissant pénétrer la lumière tout en créant des zones d’ombre mobiles. “Ce mélange permet de maximiser les apports solaires en hiver tout en améliorant le refroidissement de la ville par rapport à une hauteur de bâtiments constante” explique-t-il.
Des approches différentes, un même objectif
Malgré des priorités différentes, les trois intervenants s’accordent sur un constat : l’adaptation de Bruxelles au changement climatique passera par une évolution de son urbanisme. Qu’il s’agisse de promouvoir les protections solaires sur les bâtiments, de végétaliser davantage les espaces publics ou de repenser la morphologie de la ville, chacun défend des pistes complémentaires pour limiter les effets des canicules et améliorer le confort des habitants.
► Retrouvez Bonsoir Bruxelles du lundi au vendredi de 18h20 à 19h
■ Une interview de Leo Van Broeck, Jean-Philippe de Visscher et Simon De Muynk au micro de Fabrice Grosfilley et Jamila Saidi M’Rabet dans Bonsoir Bruxelles