Moins de passage pour les sacs jaunes, davantage pour les sacs oranges : Bruxelles-Propreté va réorganiser ses tournées de ramassage
La secrétaire d’Etat bruxelloise à la Propreté publique Audrey Henry (MR) a présenté ce jeudi en commission des Finances du Parlement bruxellois une réforme de l’organisation de l’agence Bruxelles-Propreté. Un “recalibrage” des collectes en porte à porte à Bruxelles est notamment prévu, avec un passage à deux semaines pour les sacs jaunes (cartons, papiers), la suppression de la seconde collecte hebdomadaire des sacs blancs (déchets ménagers non triés) dans les communes où elle subsiste encore, “tout en maintenant une approche différenciée là où elle se justifie”, et un renforcement de la collecte des déchets organiques dans les quartiers denses, avec deux passages par semaine. La secrétaire d’Etat sollicite par ailleurs une dérogation ciblée au moratoire sur les embauches pour le personnel opérationnel.
Depuis le début de la semaine, la Commission Finances et Affaires générales du Parlement bruxellois se réunit pour poser ses dernières questions aux nouveaux ministres et secrétaires d’État sur les départements dont ils ont la charge. Ces questions ont lieu en amont du vote en séance plénière du budget bruxellois prévu le 27 mars prochain. Ce jeudi, c’était au tour de la nouvelle secrétaire d’Etat à l’Urbanisme et à la Propreté, Audrey Henry (MR), de justifier devant les députés bruxellois les choix budgétaires du gouvernement. Parmi les questions attendues : celle des économies que va devoir réaliser Bruxelles-Propreté dans les années à venir.
Ces derniers jours, une “bataille de chiffres” s’est jouée entre la secrétaire d’Etat et le ministre de la Propreté sortant Alain Maron (Ecolo). Ce dernier a évoqué une réduction de budget de 30% pour Bruxelles-Propreté voulue par le nouveau gouvernement bruxellois, Audrey Henry dénonçant des propos “factuellement faux”, et parlant d’une réduction de budget de 2%.
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Alors que le syndicat CSC de Bruxelles-Propreté a débuté ce mercredi une grève de trois jours pour dénoncer le manque de personnel et le manque de concertation sociale au sein de l’entreprise, la secrétaire d’Etat s’est exprimée devant les députés.
Réorganisation de la collecte des déchets
Le budget 2026 de l’agence Bruxelles-Propreté est fixé à 315 millions d’euros, contre un budget exécuté de l’ordre de 313 millions d’euros en 2025 (une année impactée par un gouvernement en affaires courantes et l’utilisation de douzièmes provisoires). “La ligne que je défends aujourd’hui est celle d’une discipline budgétaire réelle, mais adossée à des réformes permettant de réduire les coûts évitables, d’améliorer l’organisation et de préserver le cœur opérationnel du service“, a-t-elle débuté, s’attardant ensuite sur plusieurs changements structurels au sein de l’entreprise.
Le premier levier de transformation concerne l’organisation des collectes en porte à porte, qui va être recalibrée sur base des “besoins réels”. Est notamment prévu le passage de la collecte des sacs jaunes à une fréquence de quinze jours plutôt qu’hebdomadaire. “Maintenir une fréquence hebdomadaire génère des tournées sous-remplies, des kilomètres peu productifs et des coûts tant humains que financiers“, pointe la secrétaire d’Etat. Dans le même esprit, la seconde collecte des sacs blancs sera supprimée dans les communes où elle subsiste encore, “tout en maintenant une approche différenciée là où elle se justifie“. En parallèle, la collecte des déchets organiques (sacs oranges) sera renforcée dans les quartiers denses, avec une fréquence bi-hebdomadaire. “Cette réforme s’appuie sur les expériences pilotes qui sont menées depuis 2023“, précise Audrey Henry.
Bruxelles-Propreté avait déjà annoncé en février que la collecte des déchets verts ne se fera plus qu’une semaine sur deux à partir du 23 mars, estimant que ce rythme correspond davantage aux habitudes des Bruxellois en matière de sortie des déchets de jardin.
Le gouvernement bruxellois prévoit aussi de favoriser le développement des “points d’apport volontaire”, à savoir les recyparcs ou les collectes en conteneurs. Un budget de 4 millions d’euros est prévu pour “améliorer la propreté publique et lutter contre les dépôts clandestins“. “Dans les quartiers denses, des solutions adaptées seront déployées, comme des conteneurs enterrés, des espaces de tri collectifs et d’autres dispositifs ciblés. Dans les quartiers moins denses, la collecte en porte-à-porte restera la solution de référence. […] À court terme, l’objectif est la mise en place de 100 nouveaux espaces de tri dans les zones prioritaires.”
“Une réforme déterminante”
“Sur le plan budgétaire, cette réforme est déterminante“, estime la secrétaire d’État. “Les simulations de l’agence font apparaître une marge potentielle d’environ 65 équivalents temps plein entre l’organisation actuelle et l’organisation projetée. Il ne s’agit pas d’une réduction de service, il s’agit d’une capacité de redéploiement parce que ces moyens pourront être réaffectés vers les priorités telles que le nettoiement, le contrôle, la verbalisation et l’amélioration de la qualité du service“, assure-t-elle. “Cette réforme permet aussi d’anticiper les surcoûts liés à la transformation de la flotte“, ajoute-t-elle. Un budget d’environ 1,5 million d’euros est prévu pour la communication sur cette nouvelle réforme à l’attention des ménages.
En matière de contrôle, Audrey Henry envisage la création d’une unité d’intervention rapide sur des points chauds pour renforcer la visibilité de l’action publique et réduire la récurrence des dépôts clandestins. Il est aussi prévu de renforcer les patrouilles et les actions conjointes avec les communes, – à raison de deux par commune en 2026 -, et les zones de police.
Une dérogation au moratoire pour le personnel opérationnel ?
En ce qui concerne les effectifs, Bruxelles Propreté recense déjà 180 départs pour 2026, dont 165 concernent des fonctions opérationnelles. “Ces départs sont identifiés, anticipés et, pour l’essentiel, irréversibles. Les documents fournis par l’agence montre que, en cumulant les sorties certaines, les vacances de postes et les besoins saisonniers, le volume potentiel de postes vacants pourrait dépasser 250 en 2026, principalement dans les postes opérationnels. Concrètement, sur le terrain, cela traduit l’arrêt d’environ un tiers des collectes en porte à porte, la fermeture des six recyparcs régionaux ou encore l’arrêt des collectes en conteneur pour l’habitat vertical, y compris dans les logements sociaux“, détaille-t-elle.
Pour éviter cette situation et “une dégradation directe et visible du service rendu“, Audrey Henry assure “avoir défendu et continuer de défendre” au sein du gouvernement bruxellois une dérogation ciblée au moratoire en 2026. La Déclaration de politique régionale du gouvernement bruxellois prévoit en effet, pour l’année 2026, la fin de l’exception de moratoire jusqu’ici en vigueur pour le personnel opérationnel dans les administrations publiques. “Il ne s’agit pas d’augmenter structurellement les effectifs de l’agence, il s’agit de permettre le remplacement des sorties certaines du personnel opérationnel, de finaliser les procédures de recrutement déjà autorisées et d’assurer les renforts temporaires strictement indispensables, notamment pendant les congés d’été“, explique-t-elle.
L’opposition, en ce compris Ecolo, a insisté sur la nécessité d’appliquer effectivement cette dérogation au moratoire pour le personnel opérationnel. “Quand on veut faire des économies sur le service opérationnel, cela crée des problèmes incroyables“, a pointé le député écologiste Kalvin Soiresse prenant pour exemple tant la Stib que Bruxelles-Propreté. “Ce gouvernement se grandirait en disant qu’il va déroger au moratoire (ndlr : sur le service opérationnel, qu’il a lui-même décidé dans sa DPR)“, a-t-il ajouté.
V.d.T. – Photo : Belga