L’ex-ambassade de Yougoslavie devient celle des “citoyens non reconnus de Belgique”

Le collectif des Sans-Papiers Bénévoles Intégrés de Bruxelles (SPBIB), qui occupe le bâtiment de l’ancienne ambassade yougoslave, située sur l’avenue Emile de Mot à Bruxelles, s’est mobilisé dimanche soir vers 18h45 contre l’expulsion attendue et qualifiée d'”illégale” de 90 personnes sans papiers. L’action a réuni quelque 80 participants, selon le collectif.

Nous hissons le drapeau blanc et nous proclamons l’indépendance de la nouvelle ambassade des citoyens non-reconnus de Belgique a clamé le collectif à l’agence de presse Belga. L’organisation occupe l’ancienne ambassade yougoslave depuis le 11 octobre. Les actuels propriétaires du bâtiment, les Etats croate et de Macédoine du Nord, ont annoncé la semaine dernière, par la voix de leurs ambassadeurs en Belgique, que l’immeuble devait être évacué en début de semaine prochaine.

Le bâtiment Gecamine à Watermael-Boitsfort, également occupé par des sans-papiers, risque aussi d’être évacué en début de semaine par les services de police. Au total, 90 personnes vivent dans les deux immeubles. “À la veille de la trêve hivernale, les ambassadeurs de Croatie et de Macédoine du Nord veulent expulser des hommes, des femmes et des enfants, avec l’aide des agents de la police bruxelloise, du cabinet du bourgmestre de Bruxelles-Ville Philippe Close (PS) et du ministère des Affaires étrangères” dénonce le collectif.

Droit à la propriété vs droit au logement

Auparavant, il n’était pas clair si le statut de propriété extraterritoriale de l’ancienne ambassade était encore en vigueur aujourd’hui, ce qui aurait signifié que la procédure d’expulsion ne serait pas soumise à la loi belge. Selon le collectif, ce n’est toutefois pas le cas. Cependant, il ne faut pas oublier que dans presque tous les cas, le droit à la propriété prévaut au droit au logement et que les habitants sont expulsés” craint le collectif. Ce dernier juge tout de même la procédure d’expulsion illégale, rappelant que selon la loi belge, il faut d’abord passer par la justice de paix, “même s’il s’agit d’un logement temporaire dans la propriété privée d’autrui“.

Six occupations par des personnes sans papiers sont menacées d’expulsion fin octobre, selon le collectif. Avec l’hiver à nos portes, près de 200 individus, soit des enfants, des personnes âgées, des hommes et des femmes, vont être mis à la rue. Mais à qui la faute?“, interroge le SPBIB. Pour ce dernier, le gouvernement fédéral et sa “politique de non-régularisation sont responsables de la situation mais le gouvernement “reste inactif et se tait” dénonce-t-il.

Communes et Région visées

Le collectif vise également les communes bruxelloises et la Région de Bruxelles-Capitale, déplorant qu’aucune solution de relogement n’a encore été proposée. Pourtant, des solutions existent, selon le SPBIB, qui renvoie notamment à la possibilité pour la Région de conclure des accords d’occupations temporaires avec les propriétaires d’immeubles vacants. Les communes bruxelloises peuvent également s’appuyer sur la loi dite Onkelinx de 1993, qui autorise les communes à réquisitionner les immeubles inoccupés pour lutter contre le vagabondage, pointe le collectif.

■ Les explications d’Adeline Bauwin dans le journal de 8h

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