Flagey respire mais a frôlé la catastrophe: “Ce serait inimaginable de voir s’arrêter une telle réussite à Bruxelles”
Un problème très belge et une institution culturelle bruxelloise en bonne santé qui a failli couler: Julie De Groote, présidente de l’ASBL Flagey depuis moins de deux mois (et par ailleurs échevine de l’Urbanisme – Les Engagés – à Ixelles) est l’invitée de Bonjour Bruxelles.
“Heureusement, depuis la semaine dernière, on respire“, explique Julie De Groote, mais “on a eu quinze jours de folie totale. J’étais désignée présidente le 30 janvier et, ça ne s’invente pas, le vendredi 13 février, je convoquais un nouveau conseil d’administration avec à l’ordre du jour: lancer les préavis à titre conservatoire pour les 34 équivalents temps plein et les 25 intermittents. Il y avait les Piano Days, je voyais tout le monde qui se pressait dans les couloirs pour passer deux belles heures d’émotion pure. Et je me disais mais en fait, tout peut s’arrêter parce qu’on on est en train de lancer les préavis. Et pourquoi ? Parce que notre convention cadre était arrêtée pour non-représentation d’un Vlaams Belang au C.A.”
“Flagey, c’est un miracle institutionnel, c’est une co-construction qui n’existe nulle part ailleurs en Belgique“, détaille Julie De Groote. Les subventions viennent en effet des “deux communautés, la Communauté flamande et la Communauté française, de la Région bruxelloise et dans une moindre mesure, de la commune d’Ixelles. Chaque communauté verse 910.000 €. En tout, c’est un budget de 7,3 millions. La moitié, c’est des subventions, l’autre moitié c’est des sponsors, la billetterie, etc. Heureusement, depuis la semaine dernière, la Fédération Wallonie-Bruxelles a versé 700 .000 € de sa subvention. Donc là, on respire, on attend évidemment que la Région bruxelloise, la Communauté flamande et la commune d’Ixelles suivent. Mais juste là, on respire”.
La Région rassure
“Pendant les deux premiers mois, on a vécu sur nos réserves et au 1ᵉʳ avril, on avait plus 1 euro dans les caisses.” En cause, la représentation du Vlaams Belang au conseil d’administration, qui bloque encore pour la Communauté flamande. Dans le conseil d’administration: six francophones et sept néerlandophones, ces derniers (et uniquement pour les néerlandophones) sont issus des partis politiques avec une représentation type selon les résultats des élections en Flandre. Qui demande qu’il y ait une représentation du Vlaams Belang. “On a une aute conception du cordon sanitaire au nord et au sud. Par ailleurs, je peux vivre avec un VB. A titre personnel, je ne vais pas voter pour un VB mais si la Flandre a une autre interprétation du pacte culturel, je ne vais pas imposer ma vérité à l’autre. Par contre, la Flandre elle-même n’a pas voté pour les propositions qui avaient été faites pour désigner un VB et surtout le VB a intenté une action en justice le 15 décembre 2025 contre l’ASBL Flagey. Et ça, c’est contre nos statuts. On n’a pas cette position agressive. Vous voulez faire partie d’une institution culturelle, vous ne l’attaquez pas en justice. Ça par contre, c’est la ligne rouge. Je ne veux pas voir ça comme un bras de fer. Je veux vraiment qu’on puisse discuter de ça de façon respectueuse en entendant les arguments de part et d’autre”.
Au niveau du gouvernement bruxellois, le ministre du Budget Dirk De Smedt a rassuré sur notre antenne: “Flagey est effectivement un des grands succès à Bruxelles et ce n’est pas une institution qui coûte énormément parce qu’ils ont beaucoup de recettes propres. La Région va continuer à soutenir Flagey, il n’y a pas d’économies prévues.”
“C’est vraiment une success story, ça paraît absurde d’arrêter ce qu’est une success story à Bruxelles“, dit encore Julie De Groote, “200 concerts par an, 150 événements privés comme les René de samedi. 1.200 projections de films, 300.000 visiteurs par an, et une occupation des salles de 93 %. C’est extraordinaire, ça marche, ça vibre, c’est une identité qui est forte et on se dit que ça paraît inimaginable d’arrêter ça. Et voilà, on est en Belgique, donc tout peut être imaginé.”