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Grande figure de la “Belgique de papa”, Étienne Davignon est décédé à 93 ans

Le comte Étienne Davignon est décédé à l’âge de 93 ans. Au cours d’une carrière remarquable et longévive, “Stevy” ou “Stevie”, qui se disait “spécialiste de rien mais compétent en pas mal de choses”, est devenu une importante figure des mondes diplomatique, politiques et économiques belges et européens.  Il a été le chef de cabinet de Paul-Henri Spaak, président de l’Agence internationale de l’énergie, commissaire européen, président de la Société générale de Belgique, vice-président de Tractebel, etc.  Il a également contribué à la création de la compagnie aérienne Brussels Airlines après la faillite de la Sabena.

Retour sur son parcours avec Arnaud Bruckner

Né le 4 octobre 1932 à Budapest, en Hongrie (dont le saint patron est Saint Etienne) dans une famille aristocratique riche en diplomates (son père fut diplomate et chef de cabinet ministériel et son grand-père ministre des Affaires étrangères), Etienne Davignon a passé une partie de sa jeunesse à l’étranger, au gré des affectations de son paternel, avant des humanités chez les bénédictins, à Maredsous. Ses études le mènent ensuite à Saint-Louis (Bruxelles) et à l’Université catholique de Louvain, où il décroche un doctorat en droit, qu’il agrémente d’un diplôme de sciences économiques et d’un baccalauréat en philosophie thomiste.

Dès 1959, Etienne Davignon se lance dans la carrière diplomatique, d’abord en qualité de stagiaire. Chargé de missions au Congo, qui obtient en 1960 son indépendance de la Belgique, il met directement les mains dans le cambouis, alors que les relations diplomatiques entre le Congo et la Belgique ont été rompues à l’initiative du Premier ministre Patrice Lumumba. Le jeune diplomate, agent de liaison, s’est alors retrouvé, selon ses propres termes, “stagiaire errant” dans le jeune État déjà chancelant. M. Davignon a alors séjourné dans différentes villes du Congo, dont Elisabethville (aujourd’hui Lubumbashi), dans le Katanga de Moïse Tshombé, alors en pleine sécession.

Lumumba

Cet épisode congolais lui vaudra, 40 ans plus tard, d’être auditionné comme témoin par la commission d’enquête parlementaire visant à déterminer les circonstances exactes de l’assassinat de Patrice Lumumba et l’implication éventuelle de responsables politiques belges dans celui-ci. Etienne Davignon sera également visé en 2011, avec neuf autres Belges, par une plainte de la famille de l’ancien Premier ministre congolais, assassiné le 17 janvier 1961.

Le dossier congolais aura suivi Etienne Davignon jusqu’à la fin: il sera renvoyé par la chambre du conseil de Bruxelles, le 17 mars 2026, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles pour juger de son éventuelle participation aux crimes qui ont mené à l’assassinat de Patrice Lumumba, Maurice Mpolo et Joseph Okito, le 17 janvier 1961. Mais l’avocat d’Etienne Davignon avait interjeté appel.

► Lire aussi | Dossier Lumumba: Étienne Davignon a interjeté appel de son renvoi en correctionnelle

Durant les années 1960, Etienne Davignon est chef de cabinet des ministres des Affaires Etrangères Paul-Henri Spaak (socialiste) et Pierre Harmel (social-chrétien). Il poursuivra son ascension fulgurante au sein de la diplomatie belge en devenant directeur-général de la politique au ministère des Affaires étrangères en 1969. En 1971, l’ancien Premier ministre Vanden Boeynants lui propose de faire partie de sa liste pour les législatives mais Davignon hésite… et n’en sera pas.

Après un intermède de quatre ans à l’Agence internationale de l’Energie, dont il est le premier président et où il étoffe davantage encore son carnet d’adresses, Etienne Davignon devient commissaire européen, en charge du Marché intérieur, de l’Industrie et de l’Union douanière (1977-1981). En pleine crise de la sidérurgie, celui qui ne semble jamais se séparer de sa pipe déploie tous ses talents pour éviter que ce dossier sensible ne déraille.

Cet Européen convaincu rempile ensuite pour un second mandat (1981-1985), cette fois en tant que vice-président de la Commission européenne, avec un super portefeuille incluant l’Industrie, l’Energie et la Recherche. Après un nouvel échec à accéder à la présidence de l’exécutif européen -c’est Jacques Delors qui en sera le président suivant-, “Stevy” se retrouve, à un peu plus de 50 ans, à un nouveau tournant de sa carrière…

Société Générale

Pressenti comme tête de liste PSC à Bruxelles, Etienne Davignon refuse à nouveau et choisit plutôt d’entrer en 1985 à la Société Générale de Belgique, la “Vieille Dame de la rue royale” dont les origines sont antérieures à la naissance même de la Belgique et qui n’est alors ni plus ni moins que le plus grand holding du royaume avec des participations importantes dans tous les secteurs de l’économie belge.

Début 1988, le “joyau de la Couronne de Belgique” est la proie d’une retentissante offre publique d’achat (OPA) du financier italien Carlo De Benedetti, venu sonner un beau matin au siège de la rue Royale, un ballotin de pralines à la main… Finalement, la Société Générale passera non dans des mains italiennes mais françaises, avec la prise de participation du groupe Suez, secondé par une coalition d’actionnaires belges. A l’issue de cette bataille, Etienne Davignon est nommé à la présidence du conseil d’administration du nouveau holding financier qu’il quittera en 2001. Il entre également en 1989 au conseil d’administration de la Compagnie de Suez. Il est par la suite vice-président de Suez-Tractebel avant de devenir administrateur, jusqu’en 2010, du groupe GDF Suez. En 2003, Tractebel, pôle énergétique du groupe Suez, finira par absorber la Société Générale de Belgique.

Une myriade d’entreprises ont vu Etienne Davignon siéger à leur conseil d’administration. Parmi celles-ci: la Générale de Banque, Fortis, l’Union minière, Lernout & Hauspie (qui connaîtra en 2011 une faillite retentissante à la suite d’un scandale financier hors-norme qui se soldera par la condamnation des co-fondateurs de la société Jo Lernout et Pol Hauspie), le circuit de Spa-Francorchamps et même le RSC Anderlecht, club de football dont il est resté toute sa vie un supporter acharné.

Cet homme proche du Palais royal aura encore l’occasion de s’illustrer, en tandem avec son vieux complice Maurice Lippens, et de montrer l’étendue de son carnet d’adresses en présidant à la création, en 2002, sur les cendres de la mythique Sabena, de la compagnie aérienne SN Brussels Airlines (désormais Brussels Airlines). En tant que président du conseil d’administration de la compagnie, Etienne Davignon devra faire face aux critiques, notamment syndicales, après le passage de Brussels Airlines sous pavillon allemand (Lufthansa).

En 2004, le vicomte se voit accordé le titre de ministre d’Etat par le roi Albert II et en 2018, le roi Philippe lui accorde le titre de comte. On ne compte d’ailleurs plus les titres et distinctions accumulés par celui qui a aussi été membre, dès 1974, avant d’en devenir même président, du très discret groupe ou club “Bilderberg”, réunissant des personnalités de l’élite mondiale de la politique et des affaires.

Sabena

Étienne Davignon est l’un des fondateurs de Brussels Airlines et a joué un rôle important au sein de notre organisation pendant de nombreuses années. Nous lui sommes reconnaissants pour son dévouement envers le secteur aérien belge et adressons nos condoléances à sa famille et à ses proches”. C’est en ces termes qu’a réagi lundi la compagnie aérienne.

En 2002, après la faillite de Sabena, Etienne Davignon a participé, aux côtés de Maurice Lippens, à la création de Brussels Airlines (alors encore appelée SN Brussels Airlines). Il a également été pendant de nombreuses années président de SN Airholding, la holding qui chapeautait la compagnie aérienne. En 2020, il a quitté le conseil d’administration.

Des figures européennes rendent hommage à un “grand Monsieur”

L’ancien négociateur du Brexit et ex-commissaire européen Michel Barnier a rendu hommage à un “grand Monsieur”, dont “l’action et les conseils ont toujours compté pour la Belgique, bien sûr, mais aussi pour l’Union européenne”. Dans une publication sur X, le Français a également souligné son rôle “aux côtés de Jacques Delors”.

Même référence chez l’ancien président du Conseil italien Enrico Letta, qui a évoqué “sa proximité avec Jacques Delors et la détermination de son engagement pro-européen”, estimant que M. Davignon avait “marqué notre histoire”. Aujourd’hui à la tête de l’Institut Jacques Delors, M. Letta a également salué une figure qui “va manquer à nous tous et au dessein européen”.

Le Palais royal a réagi lundi au décès du comte Etienne Davignon. “La Belgique perd un très grand homme d’Etat. Le Roi perd un ami très cher“, indique un message posté par le Palais sur X, accompagné d’une photo représentant le roi Philippe en compagnie d’Etienne Davignon.

Avec Belga

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