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“En quatre jours, j’ai tout perdu” : le témoignage d’un ancien addict aux jeux d’argent

À Bruxelles comme ailleurs, la tentation du casino peut se transformer en addiction aux jeux d’argent. Pour Jean-Michel Kowalski, tout a commencé par un simple coup de chance : “Sur six ou sept mois, j’ai gagné l’équivalent d’une demi-année de salaire.”

“Au départ, j’étais tout simplement instituteur. J’avais une vie paisible, calme. Puis un jour, on m’a invité à mettre les pieds dans un casino. J’ai gagné 1000 francs, l’équivalent de 25 €. Et ces 25 € là-bas m’ont fait découvrir un enfer qui a duré plus ou moins 25 ans.” Le témoignage du liegois Jean-Michel Kowalski, aujourd’hui auteur de “Garçon, l’addiction !”, frappe par sa simplicité et sa sincérité. Ce qu’il raconte n’est pas qu’un récit personnel : c’est un avertissement sur une addiction qui touche beaucoup de Belges. “J’ai fait énormément d’emprunts, j’ai eu des crédits auprès de personnes peu fréquentables. En quatre jours, j’ai tout perdu : ma femme, mon boulot, ma passion, des amis, de la famille… Je me suis retrouvé dans les bois durant trois nuits.”

■ Reportage de Simon Breem et Frédéric De Henau

À Bruxelles, comme ailleurs en Belgique, l’addiction aux jeux d’argent n’est pas qu’un phénomène isolé. La Clinique du jeu et autres addictions comportementales, située au CHU Brugmann, reçoit des patients de tout le pays. Mélanie Saeremans, psychologue et responsbale du centre, confirme : “Globalement, c’est un phénomène en hausse. On estime qu’entre 0,4 % et 4 % des Belges auront, à un moment donné de leur vie, un problème lié aux jeux de hasard et d’argent. Les jeunes sont aussi de plus en plus concernés, en tout cas ils consultent de plus en plus. On voit que le phénomène se rajeunit car ils sont exposés très tôt à une offre diversifiée de jeux.”

Cette hausse s’explique notamment par la multiplication des formats de jeu et la facilité d’accès via internet. L’experte insiste également sur le rôle de la publicité : “L’interdiction des publicités est essentielle car beaucoup de jeunes y sont confrontés très tôt, notamment sur les réseaux sociaux. Ils testent, ils tentent, ils sont assez curieux et, de fil en aiguille, l’addiction peut s’installer.”

Un triste record

Les chiffres illustrent cette réalité : au 1er novembre 2025, 135.383 Belges étaient inscrits sur la liste noire des interdits de jeux, auxquels s’ajoutent près de 59.000 personnes soumises à une interdiction professionnelle de jouer, portant le total à 194.108 personnes, un record. Parmi elles figurent des Bruxellois qui ne peuvent pas jouer dans les casinos, les agences de paris physiques, les salles de machines automatiques agréées ou sur les sites de jeu en ligne autorisés.

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Mélanie Saeremans rappelle que l’addiction ne touche pas un seul type de joueur : “Des hommes, des femmes, des personnes aisées ou précarisées, de tous les âges. Ça touche vraiment tout le monde. Même s’il est vrai que les jeunes sont beaucoup plus sensibles, plus impulsifs, plus sujets à l’influence des pairs, avec un besoin de récompense immédiate. Ce sont donc des profils plus à risque.” L’addiction s’installe progressivement : “Dans un premier temps, vous êtes curieux, vous êtes tentés via une publicité ou une recommandation. Très vite, il peut y avoir des gains, ce qui génère de l’excitation et donne envie de recommencer. Petit à petit, l’engrenage s’installe, les pertes s’accumulent et la personne développe un lien particulier avec le jeu, en essayant de combler les pertes, en mentant et en faisant face à des conséquences psychologiques importantes.”

Derrière cette addiction se cache en fait un mécanisme neurologique : “Quand on joue, les stimulations sensorielles, auditives et visuelles activent le système de la récompense dans le cerveau. La dopamine est sécrétée et le cerveau cherche à en obtenir de plus en plus. Les récompenses intermittentes créent des pics de dopamine très élevés, ce qui rend le jeu très addictif. Quand on perd, ce sont plutôt les hormones de stress, comme le cortisol, qui sont sécrétées. Face à ce déséquilibre, le cerveau va chercher à nouveau ces “shots” de dopamine.”

Comment s’en sortir ?

Au CHU Brugmann, l’accompagnement est pluridisciplinaire  : “On fait d’abord le point sur les conséquences, psychologiques et financières. Ensuite, on travaille sur le versant psychologique : la fonction du jeu dans leur vie. Beaucoup jouent pour échapper à des émotions négatives ou à des difficultés. On les aide à abandonner cette ‘béquille’, à mieux gérer leurs émotions et à se fixer d’autres objectifs. Si une personne joue encore mais se sent mieux et peut se projeter positivement, on considère déjà que c’est une réussite.”

Si ils n’ont pas de chiffres officiels sur leur taux de réussite, Mélanie Saeremans observe toutefois une évolution positive : “Avant, un joueur mettait en moyenne huit ans avant de consulter. Aujourd’hui, les gens viennent plus rapidement, la durée d’endettement est moins longue et les perspectives sont plus positives.”

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 Jean-Michel Kowalski, lui, a pu se relever : “J’ai eu la chance d’avoir mon beau-fils qui m’a dit les mots qu’il fallait, qui m’a redonné goût à me battre.” Mais il sait que tout le monde n’a pas forcément cette main tendue : “Le gros problème, c’est justement ça : le regard des gens, le jugement, les menaces. Moi, j’ai eu cette force qu’on a, paraît-il, tous en soi, qui m’a permis de relever la tête et de me retrouver à nouveau dans la société.”

Pour lui, écrire son livre et témoigner est un moyen de briser ce tabou : “Au départ, ça devait être un exutoire pour moi. Puis, au fur et à mesure, en en parlant avec les gens, je me suis rendu compte que beaucoup de personnes ne connaissaient pas le problème du jeu. Ce livre a permis d’aider pas mal de personnes, après m’avoir aidé moi.” À Bruxelles, il espère pouvoir partager son expérience, pour que d’autres ne traversent pas l’enfer qu’il a vécu. “Des joueurs, on en a ici à Bruxelles. S’il y a une possibilité d’en parler, je suis preneur”.

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