Double agression à l’ULB: la défense de T.B. conteste l’accusation d’antisémitisme
Entendue par le tribunal correctionnel de Bruxelles, la défense du prévenu T.B. a plaidé mardi que l’ancien étudiant n’avait aucune intention antisémite lorsqu’il a poussé G.D., le 7 mai 2024 devant le bâtiment B de l’Université de libre de Bruxelles.
G.D. accuse T.B. de l’avoir insulté de “sale juif” avant de le frapper, ce que ce dernier conteste. Le prévenu reconnaît par contre “s’être emporté” le soir des faits et “avoir poussé” G.D., qui était alors co-président de l’Union des étudiants juifs de Belgique (UEJB).
Le 7 mai 2024, une centaine d’étudiants, dont T.B., occupait le bâtiment B de l’Université libre de Bruxelles, situé sur le site du Solbosch, pour demander le boycott d’Israël par l’université vu le génocide du peuple palestinien en cours à Gaza. Au premier jour de sept semaines d’occupation, et alors que le climat était tendu, l’ancien co-président de l’UEJB a été agressé par un manifestant cagoulé et masqué devant le bâtiment, en marge de la foule.
Cette “altercation physique” était une réaction à l’arrivée de militants pro-Israël devant l’occupation étudiante de l’université, a contextualisé T.B. mardi. Des étudiants pro-Palestine occupaient le bâtiment B depuis le matin pour dénoncer le génocide à Gaza et la colonisation de la Palestine. “On était entourés de personnes touchées, directement ou indirectement, par la situation à Gaza. Et puis des gens sont venus avec des drapeaux israéliens, ils nous ont filmés, comme si on était à la foire. C’était tout bonnement insupportable“, a-t-il expliqué.
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L’altercation entre T.B. et G.D., qui se trouvait parmi les militants pro-Israël, “n’a duré que quelques secondes“, ont précisé ses avocats, Me Harold Sax et Me Sarah Piret, en s’appuyant sur les images de vidéo surveillance analysées lors de l’audience du 21 avril. “T.B. ne le roue pas de coup, ne le tabasse pas, ne le jette pas au sol“, ont-ils rappelé, contrairement aux premiers échos donnés par la victime juste après les faits sur les réseaux sociaux, dans les médias et à la police.
La défense du prévenu T.B. s’est arrêtée longuement mardi sur plusieurs déclarations qui ont été contredites par l’analyse des images de surveillance. La défense en a relevé tant du côté de G.D. que du côté d’E.L., directeur de la sécurité de l’ULB et seconde victime de ce dossier.
L’un des témoins a “menti à neuf reprises dans ce dossier“, ont cité les avocats, reprochant à ce témoin d’avoir accusé T.B. de choses “qui n’ont pas existé” et “qui n’existent pas sur les caméras de surveillance“.
À l’audience du 21 avril, le plaignant G.D. avait déclaré qu’il avait été agressé “en raison de ses convictions religieuses et politiques“, parce que T.B. l’avait “identifié comme étant le co-président de l’UEJB“. “Il n’a aucun autre motif crédible pour justifier cette agression“, avait défendu l’avocat du plaignant de confession juive, Me Jean-Pierre Buyle.
Poursuivi pour quatre préventions, T.B. a demandé l’acquittement pour trois d’entre elles. Ses avocats ont plaidé la légitime défense pour le coup de genou donné au directeur de la sécurité. “Il a réagi de façon proportionnelle puisque E.L. s’est jeté sur lui. C’était la dynamique de l’altercation. Il est logique de se défaire de l’emprise de quelqu’un qui vient d’écarter votre téléphone et vous ceinture, après vous avoir filmé ouvertement sans autorisation.”
Les deux avocats ne “comprennent pas” que T.B. soit cité pour un fait de vol, puisque la radio du directeur de la sécurité était “déjà par terre” et que T.B. ne l’a pas “arrachée” au plaignant, disent-ils.
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Pour les coups et blessures portés sur G.D, dont T.B. est en aveu mais sans l’intention antisémite, la défense du prévenu demande une suspension simple du prononcé de la condamnation.
Le 21 avril, la procureure avait requis 15 mois d’emprisonnement pour T.B., sans être opposée au sursis. Selon elle, l’intention antisémite est établie.
Passé deux fois devant la commission disciplinaire de l’ULB, T.B. a été sanctionné pour les coups portés le 7 mai 2024 par son ancienne université, qui n’a cependant pas retenu d’intention antisémite dans les coups donnés par l’ancien étudiant.
Le 21 avril, la procureure avait également requis un an de détention, sans s’opposer au sursis non plus, contre A.A., ressortissant palestinien et co-prévenu de T.B. dans cette affaire. A.A. est poursuivi pour un fait de vol et des coups et blessures portés sur E.L, uniquement, à la même date et également devant le bâtiment B. de l’ULB.
Présente parmi les parties civiles, l’ULB n’a pas souhaité faire de commentaire à la sortie de l’audience, mardi.
Le prononcé du jugement est prévu le 16 juin à 14h00.
Belga – Photo : Belga Image