Asile et migration : l’UE annonce inviter une délégation de talibans à Bruxelles pour parler migration
La Commission européenne a annoncé lundi à l’AFP son intention d’inviter prochainement des responsables talibans à Bruxelles pour des discussions portant sur le renvoi de migrants vers l’Afghanistan.
De sources proches du dossier, une lettre va être envoyée de façon “imminente” à Kaboul afin de fixer une date pour un rendez-vous dans la capitale belge.
Cette visite, coordonnée avec la Suède, fait suite à deux déplacements de responsables européens en Afghanistan, portant sur le même sujet. L’idée est désormais de “poursuivre ces discussions” au “niveau technique”, à Bruxelles, a expliqué un porte-parole de l’exécutif européen.
Aucune date précise n’a encore été évoquée pour leur venue.
Portés par une volonté commune de durcir leurs politiques migratoires, une vingtaine de pays de l’UE cherchent des voies pour renvoyer des migrants – et, particulièrement, ceux condamnés par la justice – vers l’Afghanistan. “C’est dans ce contexte” qu’une visite a eu lieu à Kaboul, en janvier 2026, explique un porte-parole de la Commission. Et que l’UE et la Suède préparent “un rendez-vous de suivi”, à Bruxelles.
Ces visites posent toutefois une avalanche de questions pratiques, et éthiques. D’abord parce qu’elles impliquent de dialoguer avec les responsables talibans, au pouvoir depuis 2021, mais que l’Union européenne ne reconnaît pas officiellement. Pour entrer en Belgique, pays hôte des institutions européennes, ces responsables talibans devraient se voir accorder des exemptions, ce que les autorités belges seraient, en théorie, prêtes à faire.
Ensuite, parce que l’Afghanistan est déjà confronté à une grave crise humanitaire. Depuis 2023, plus de cinq millions d’Afghans sont rentrés d’Iran et du Pakistan, le plus souvent de manière forcée. Selon les organisations internationales, la majorité d’entre eux vit dans une grande précarité, sans logement durable ni emploi.
En 2025, les Afghans étaient encore – de loin – la nationalité la plus représentée parmi les demandes d’asile dans l’UE. Mais après avoir accompagné des centaines de milliers d’entre eux durant la guerre qui a déchiré leur pays pendant des décennies, le Vieux Continent met désormais un frein à l’accueil. Et commence à parler de comment les renvoyer.
Pionnière en la matière, l’Allemagne a déjà brisé ce tabou en procédant, depuis 2024, à l’expulsion groupée d’une centaine d’Afghans, qui avaient tous été condamnés par la justice, via des vols charters facilités par le Qatar. L’Autriche lui a depuis emboîté le pas. Et a reçu mi-septembre une délégation de représentants talibans, à Vienne.
Nombre d’autres États membres de l’UE, dont la Belgique ou la Suède, cherchent désormais à suivre ces exemples, vivement plébiscités par les partisans d’une ligne migratoire plus ferme.
Ces efforts sont vivement critiqués par la gauche et les ONG. “Renvoyer des Afghans dans un pays où près de la moitié de la population ne parvient pas à se nourrir n’est pas une politique migratoire, c’est une décision qui pourrait coûter des vies”, a alerté Lisa Owen du International Rescue Committee.
D’autres associations de protection de migrants craignent que ce déplacement à Bruxelles permette aux responsables talibans d’identifier certaines personnes qu’ils veulent renvoyer en Afghanistan, au risque de mettre leurs droits fondamentaux en péril.
Plusieurs sources diplomatiques sollicitées par l’AFP rétorquent que cette visite sert avant toute chose à régler des détails d’ordre pratique: comment, par exemple, délivrer des passeports à des personnes dont les ambassades en Europe ne sont pas reconnues par les autorités talibanes? Lors de leurs déplacements en Afghanistan, les Européens se sont ainsi renseignés sur la capacité d’accueil de l’aéroport de Kaboul, ou d’autres détails techniques, selon des sources proches des discussions.
Belga