Vaccination obligatoire: le grand débat, l’édito de Fabrice Grosfilley

Ce jeudi, Fabrice Grosfilley évoque dans son édito le grand débat qui persiste autour de la vaccination obligatoire.

Nécessaire et proportionné. Ce sont les deux mots à retenir de l’avis du Conseil d’État sur la vaccination obligatoire du personnel soignant. Un avis capital, puisque le ministre de la Santé Franck Vandenbroucke attendait cet avis avant de pouvoir déposer son projet de loi au Parlement. Dans les grandes lignes, le Conseil d’État ne voit pas d’obstacle majeur à imposer la vaccination obligatoire au personnel soignant. « Protéger non seulement la santé des patients, mais aussi celle du professionnel afin de maintenir le système de santé publique intact et opérationnel » est un « objectif légitime » estiment les magistrats. Ils émettent malgré tout quelques recommandations : continuer à prendre en compte en permanence les données scientifiques qui existent sur la vaccination, avoir un avis en bonne et due forme des partenaires sociaux et justifier davantage pourquoi le personnel d’accueil ou d’entretien qui travaille dans une maison de repos ou un hôpital ne serait pas soumis à cette obligation vaccinale.

Ce feu vert du Conseil d’État va donc permettre au ministre Vandenbroucke de continuer à avancer sur la vaccination obligatoire du personnel soignant. Une nouvelle qui intervient alors qu’au Parlement, on s’est aussi mis d’accord pour lancer le débat de l’obligation vaccinale de l’ensemble de la population. Des débats qui auront lieu en commission de la Santé à partir de la semaine prochaine. L’objectif est de pouvoir tenir ce débat jusqu’à la fin févier. C’est alors à ce moment-là que nous saurons quelles sont les propositions de loi déposées et s’il y a oui ou non une majorité pour les voter. Quelles sont les sanctions que nous pouvons éventuellement prévoir pour ceux qui ne se soumettraient pas à cette obligation. Ou si à défaut d’obligation vaccinale, on retient l’idée d’un pass vaccinal, une sorte de CST renforcé, réservé aux seuls vaccinés, et qui serait nécessaire pour aller au café, au cinéma, au stade, et éventuellement plus si affinités.

Ce débat est loin d’être anodin, puisqu’une obligation est, comme son nom l’indique, l’inverse de la liberté. Vacciner tout le monde ou presque a un intérêt d’un point de vue personnel, c’est bien une nécessité d’un point de vue scientifique et médical, et cela devrait être un devoir d’un point de vue moral et citoyen. Est-ce qu’il faut couler ce devoir sous forme d’obligation ? Le Parti socialiste, le CDH, le CD&V et Vooruit (socialistes flamands) répondent oui à cette question. Pour Défi, ce serait oui, mais après 50 ans. Pour le MR et le PTB, ce serait plutôt non. Et puis, il y a toute une série de partis qui ne se prononcent pas encore clairement. Qui disent attendre les débats, qui ne semblent pas avoir d’avis très tranché. C’est le cas d’Écolo, de la N-VA et de l’open VLD.

Réfléchir, c’est très bien. Ne pas avoir d’avis alors que cette question est sur la table depuis des mois, c’est un peu prendre le citoyen pour un imbécile. Quand un parti politique cultive l’ambiguïté sur sa réponse, c’est parce que ses dirigeants n’ont pas réussi à se mettre d’accord en interne, ou qu’ils ont peur d’effrayer leurs électeurs en les prenant à rebrousse-poil avec l’une ou l’autre position. L’obligation vaccinale, l’Allemagne et l’Autriche l’ont mise en route. La Grèce et l’Italie vont l’imposer aux plus âgés. La France d’Emmanuel Macron en revanche, ne veut pas le faire. Dire qu’on en est dans certains états-majors au stade de la réflexion, c’est en réalité, tourner autour du pot.

Édito par Fabrice Grosfilley