“Nus sommes assez grands pour dire que nous ne sommes pas d’accord” : la mobilisation contre les réformes de l’enseignement révèle une jeunesse qui veut être entendue
Depuis une semaine, la révolte gronde chez les jeunes. Des élèves du secondaire aux étudiants des universités, la jeunesse descend dans les rues de Bruxelles pour dénoncer les nouvelles réformes de l’enseignement. Même si les textes sont désormais votés, les mobilisations étudiantes pourrait bien continuer. Invités ce mercredi soir dans l’émission Bonsoir Bruxelles, Soline Pegnyemb, présidente Comité des Élèves Francophones et Pierre-Yves Rosset Directeur – Service droit des jeunes de Bruxelles sont revenus sur les raisons de la colère des jeunes.
Depuis plusieurs semaines, les manifestations contre les réformes de l’enseignement agitent la Fédération Wallonie-Bruxelles. Hausse du minerval, mesures d’économies, réforme du statut des enseignants, les raisons de contestation sont nombreuses. Mais derrière les revendications, un autre message émerge avec force : les jeunes réclament une véritable place dans le débat public.
“Les jeunes n’ont pas attendu ce décret pour se mobiliser“, rappelle Soline Pegnyemb, présidente du Comité des élèves francophones. Elle évoque les précédentes mobilisations contre certaines mesures liées au tronc commun ou à l’enseignement qualifiant. “De façon générale, on n’écoute pas les jeunes. Aujourd’hui, au-delà du décret, ils sont là pour dire qu’ils ont un avis et des choses à dire” explique-t-elle.
Pour de nombreux élèves et étudiants, la mobilisation actuelle dépasse en effet la seule question de l’enseignement. Elle traduit un sentiment plus profond, celui de ne pas être suffisamment associés aux décisions qui les concernent directement. “J’ai l’impression qu’on évolue dans une société qui veut laisser davantage de place aux jeunes, mais seulement lorsqu’ils sont d’accord avec les adultes“, poursuit Soline Pegnyemb. “On valorise leur parole lorsqu’il est question de participation citoyenne ou de droit de vote à 16 ans. Mais lorsque les jeunes expriment un désaccord, leur légitimité est soudain remise en question“.
Cette tension interroge la place accordée aux mineurs dans l’espace démocratique. Pour Pierre-Yves Rosset, directeur du Service droit des jeunes de Bruxelles, les jeunes ne peuvent être réduits à leur statut de futurs citoyens. “On parle souvent des jeunes comme de la génération de demain. Mais ils sont aussi titulaires de droits aujourd’hui. Ce sont déjà des acteurs et des actrices de la société“, insiste-t-il.
Parmi ces droits figure celui de participer à la vie démocratique. Un principe consacré notamment par la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, qui reconnaît aux jeunes le droit d’exprimer librement leur opinion sur les questions qui les concernent. “Lorsqu’on entend qu’un enfant n’a rien à faire dans une manifestation, c’est faux“, affirme Pierre-Yves Rosset. “Les enfants et les jeunes ont le droit d’exprimer leur avis dans l’espace public, de manifester et de participer aux processus démocratiques”.
Selon lui, les témoignages recueillis sur le terrain montrent également une évolution importante. Les jeunes connaissent de mieux en mieux leurs droits mais le défi est désormais ailleurs. “Les jeunes sont davantage informés. Maintenant, il faut que les adultes respectent leurs devoirs” explique le directeur du Service droit des jeunes de Bruxelles.
Vers un point de bascule ?
Les réformes contestées ont finalement été adoptées par la majorité MR-Les Engagés. Mais les mobilisations de ces dernières semaines pourraient laisser une autre trace : celle d’une génération qui refuse d’être consultée uniquement à titre symbolique et qui entend désormais prendre pleinement la place qui lui revient dans le débat public. “Il y a un peu un point de bascule car les jeunes prennent la place qui est la leur” confirme Pierre-Yves Rosset.
“Nous sommes assez grands pour dire que nous ne sommes pas d’accord“, résume Soline Pegnyemb.
► Retrouvez Bonsoir Bruxelles du lundi au vendredi de 18h20 à 19h
■ Une interview de Soline Pegnyemb et Pierre-Yves Rosset au micro de Fabrice Grosfilley et Jamila Saidi M’Rabet dans Bonsoir Bruxelles