Valérie Glatigny : “Des économies ne font plaisir à personne, mais nous n’avions plus le choix”
Quelques jours après les manifestations et le vote du décret-programme, Valérie Glatigny était l’invitée de Bonjour Bruxelles ce lundi matin.
La semaine a été particulièrement chargée pour la ministre de l’Enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Entre les manifestations, les critiques syndicales et l’adoption d’un texte qui continue de susciter de vives réactions, Valérie Glatigny sait qu’elle devra restaurer un dialogue aujourd’hui fragilisé avec le monde de l’enseignement. “Dans les prochains jours, nous allons multiplier les rencontres afin de mieux expliquer les raisons de nos décisions”, assure-t-elle. “Si nous réalisons des économies aujourd’hui, c’est pour pouvoir réinvestir davantage dans l’enseignement demain. Il faut cesser de payer des centaines de millions d’euros d’intérêts aux banques alors que les besoins sont immenses dans les écoles.”
Ces besoins concernent notamment l’amélioration de la qualité de l’enseignement et des infrastructures. Mais, selon la ministre libérale, la situation financière de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne laisse plus beaucoup de marge de manœuvre. “Cela ne fait plaisir à personne, mais nous n’avons plus le choix. Nous devons garantir la soutenabilité financière de la Fédération à l’horizon 2029-2030. Aujourd’hui, nous dépensons près de 15 milliards d’euros alors que nos recettes atteignent à peine 13,5 milliards. Nous vivons à crédit depuis trop longtemps.”
Les rencontres annoncées concerneront l’ensemble des acteurs du secteur : enseignants, syndicats, directions d’école, parents et élèves. “Notre porte est ouverte au dialogue”, insiste-t-elle.
Des effets attendus dès 2027
Pour Valérie Glatigny, les premiers résultats de la réforme devraient être perceptibles dès la rentrée 2027. “Nous prévoyons 300 millions d’euros d’économies pour environ 75 millions de réinvestissements. Ensuite, plus nous réduirons le poids des intérêts de la dette, plus nous pourrons réinvestir dans l’enseignement. Les mesures positives viendront, mais il faut d’abord traverser cette période difficile.”
Ces discussions ne remettent toutefois pas en cause le décret-programme adopté par le Parlement. “Le texte a été voté. Nous resterons à l’écoute pour ajuster certains aspects liés à sa mise en œuvre lors des prochaines rentrées scolaires, mais les grandes orientations sont fixées.”
Jeudi dernier, la ministre a annoncé un gel temporaire des réaffectations. Une mesure destinée à rassurer les enseignants temporaires prioritaires, inquiets de voir certains postes occupés par des enseignants nommés dont la charge horaire augmenterait de 20 à 22 périodes. “Lors des réaffectations, les enseignants temporaires sont souvent les plus vulnérables puisqu’ils doivent retrouver des heures de cours disponibles. C’est toujours un moment délicat. Si, à l’issue du processus, ils n’ont pas retrouvé une charge suffisante, nous gèlerons la situation afin de les protéger.”
Cette mesure ne sera toutefois valable qu’une année. “Il faut rappeler que nous sommes confrontés à une pénurie importante d’enseignants, particulièrement dans l’enseignement secondaire supérieur. De nombreux départs à la retraite sont attendus. En outre, l’allongement de la formation initiale des enseignants de trois à quatre ans signifie qu’aucune nouvelle cohorte de diplômés n’arrivera sur le marché l’an prochain. De nombreux postes devront donc être pourvus.”
Une colère toujours bien présente
Malgré ces annonces, la mobilisation du secteur reste forte. De nouvelles actions sont prévues ce lundi, tandis que plusieurs établissements maintiennent des piquets de grève.
Pour la ministre, la situation reste néanmoins maîtrisée. “Il faut aussi rappeler que de nombreuses écoles continuent à fonctionner normalement et préparent actuellement les examens avec leurs élèves.” La CGSP réclame pourtant l’annulation des examens pour les élèves qui n’auraient pas pu les préparer dans des conditions satisfaisantes. “Les épreuves certificatives externes seront maintenues”, répond Valérie Glatigny. “La législation prévoit toutefois qu’en cas de circonstances exceptionnelles, les conseils de classe puissent tenir compte de la situation particulière d’un élève. Un enfant qui manquerait une épreuve du CEB, par exemple, pourrait tout de même l’obtenir sur la base de son parcours scolaire et de ses résultats durant l’année.”
Concernant les examens internes, la décision appartient aux établissements. “Cela relève des règlements d’ordre intérieur. Ce sont les écoles qui décident.”
Les débordements lors des manifestations
La ministre est également revenue sur les incidents qui ont émaillé certaines manifestations. Elle regrette notamment que des casseurs se soient greffés aux mouvements de protestation. En revanche, elle se montre plus réservée face à la proposition formulée par le président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui suggérait d’envoyer certains mineurs délinquants dans l’armée. “Je ne suis pas convaincue que l’armée constitue la bonne réponse. Nous devons plutôt renforcer les outils existants dans le cadre de l’aide à la jeunesse. Il manque notamment des places dans les IPPJ.”
Malgré les tensions actuelles, Valérie Glatigny assure que le gouvernement poursuivra les réformes prévues dans son programme. “Nous avons une feuille de route et nous allons la suivre. Cela vaut notamment pour la réforme visant à remplacer progressivement les nominations par des contrats à durée indéterminée.”
- Une interview de Valérie Glatigny par Fabrice Grosfilley dans Bonjour Bruxelles