Le parquet tire la sonnette d’alarme sur le “manque criant” de places en IPPJ
Dix mineurs interpellés le week-end dernier pour des faits graves, tels que des agressions, des extorsions et du trafic de stupéfiants, ont dû être remis en liberté faute de places disponibles en Institution publique de protection de la jeunesse (IPPJ) et en l’absence d’alternative éducative. Le “manque criant” de places en institution pour mineurs délinquants et l’absence d’alternative pour la prise en charge de ces jeunes en conflit avec la loi “constituent un problème majeur, devenu urgent à traiter“, souligne mardi le procureur du roi de Bruxelles, Julien Moinil.
Les dix suspects, âgés de 16 et 17 ans et relevant tous du tribunal de la jeunesse francophone de Bruxelles, ont été libérés. Le parquet avait requis des placements en IPPJ, restés sans suite faute de places disponibles. Le recours à des équipes mobiles d’accompagnement éducatif s’est aussi avéré impossible en raison de délais d’attente trop longs.
Selon le parquet, 162 jeunes francophones figurent actuellement sur les listes d’attente des IPPJ en régime fermé et 98 autres attendent une prise en charge par une équipe mobile à Bruxelles.
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“Il ne faut pas espérer voir les fusillades se tarir dans ces conditions. Les déclarations de bonnes intentions, comme celles formulées par le monde politique après la mort de Joe Van Holsbeek en 2006, ne sont plus audibles. Il faut agir“, avertit le procureur.
Et de rappeler que la plupart des jeunes majeurs impliqués dans le trafic de drogue ou les violences armées ont déjà un dossier au tribunal de la jeunesse. “La crédibilité de la justice des mineurs est quasi inexistante et son action est paralysée par l’absence de prise en charge immédiate et concrète des mineurs en conflit avec la loi“, déplore M. Moinil, soulignant le risque de créer un “sentiment de toute-puissance” chez ces jeunes.
“Les déclarations de bonnes intentions, comme celles formulées par le monde politique après la mort de Joe Van Holsbeek en 2006, ne sont plus audibles. Il faut agir. Il est enfin particulièrement consternant de constater que, selon que le jeune en conflit avec la loi soit francophone ou néerlandophone, il est traité de manière tout à fait différente. Car si le manque de places existe parfois au nord également, la situation est bien plus grave au sud du pays, créant ainsi une justice des mineurs à deux vitesses“, conclut le procureur.
Belga