“Un moment douloureux mais nécessaire” : les commémorations du 22 mars, entre mémoire et reconstruction pour les victimes
Dix ans après les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, les commémorations revêtent une dimension particulière pour les victimes. Un moment chargé d’émotions, à la fois difficile et essentiel, comme l’ont confié Christelle Giovannetti et Gaetan Meuleman, membres du collectif Life4Brussels, invités dans Bonsoir Bruxelles.
Présente dans le métro qui a explosé à station Maelbeek, Christelle Giovannetti décrit un rendez-vous incontournable. “Pour moi, c’est un moment qui est quand même douloureux, c’est très riche en émotions, mais il est nécessaire aussi”, explique-t-elle. “Je ne me verrais pas ailleurs le 22 mars.”
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Se retrouver entre personnes “qui comprennent”
Au-delà de l’hommage, ces commémorations jouent un rôle fondamental dans le processus de reconstruction.
“Pouvoir le vivre avec les autres personnes qui l’ont vécu ce jour-là, dans une compréhension commune, c’est vraiment essentiel. Et ça, ça me fait du bien”, confie Christelle Giovannetti.
Un sentiment partagé par Gaetan Meuleman, infirmier, primo-intervenant lors des attentats et aujourd’hui vice-président de Life4Brussels. L’association rassemble près de 800 personnes : victimes directes, indirectes, intervenants ou encore proches.
Une “famille” née du traumatisme
Pour Gaetan Meuleman, ce collectif est devenu bien plus qu’un simple lieu d’échange. “Il n’y a pas de jugement entre nous, parce qu’on a tous vécu la même chose. On parle à l’unisson”, explique-t-il. “On se soutient les uns les autres, et on est devenus une famille.”
Cette solidarité est essentielle dans un parcours souvent long et fragile. “Quand l’un ou l’autre ne va pas bien, on est là. Pour moi, c’est quelque chose de primordial.”
Reconnaître toutes les victimes
Au fil des années, les témoignages rappellent que les victimes ne se limitent pas aux personnes présentes sur les lieux des attaques.
“On oublie que les familles ont été également impactées”, souligne Gaetan Meuleman. Il insiste aussi sur le cas de certaines personnes longtemps restées dans l’ombre, comme le conducteur du métro attaqué.
Une scène qui se déroule lors du procès des attentats. “Je vois un monsieur complètement effondré à côté de moi […] il me dit : ‘je ne suis pas une victime, je suis le chauffeur du métro’”, raconte-t-il. Une réaction révélatrice du sentiment de ne pas être légitime dans la souffrance.
Pourtant, pour Gaetan Meuleman, il n’y a pas de doute : “Eh bien, c’est une victime.” Intégré par la suite dans les groupes de parole du collectif, cet homme a pu trouver du soutien. “Il a été applaudi par tout le monde […] ça lui a permis de pouvoir remonter.”
Un accompagnement crucial, alors que, selon lui, cet homme était “au bord du suicide”.