“Ce n’était plus une simple mise en avant”: controverse sur des vidéos avec codes promo publiées par une échevine à Auderghem
Depuis décembre 2025, une série de vidéos publiées sur Facebook et Instagram par l’échevine auderghemoise Eloïse Defosset (DéFI), réalisées avec la conseillère communale Alodie De Poorter Capillon, fait débat au sein du conseil communal. Si celles-ci sont présentées comme une mise en lumière des commerces locaux, ces capsules étaient accompagnées de codes promotionnels personnalisés (“Alo&Elo”) donnant droit à des réductions limitées chez plusieurs commerçants de la commune. Une initiative qui interroge sur le plan déontologique.
Pour le conseil communal Ecolo Alan Lenglet, à l’origine de l’interpellation au conseil communal de janvier, la démarche dépasse le simple soutien au commerce local : “On n’était plus dans une simple mise en avant des commerces pour faire vivre la commune. On était dans quelque chose qui relève de l’influence commerciale, avec des codes promo”, nous confie-t-il.
En effet, entre décembre et février, plusieurs établissements ont été mis en avant : To The Moon, All Eyes on Me, L’Animal Rit, Pinball Museum et Yellow Cycle. Chaque vidéo proposait un avantage aux premiers clients utilisant le code “Alo&Elo”.
Les publications ont été diffusées sur la page Facebook “Eloise Defosset Auderghem”, et relayées sur plusieurs pages locales auderghemoises. Le conseiller communal de l’opposition s’interroge : comment les commerces ont-ils été sélectionnés? Ces vidéos relèvent-elles d’une initiative personnelle ou politique?
“Une initiative personnelle”
Interpellée en conseil communal, l’échevine a défendu une initiative personnelle et bénévole. Selon elle, les commerces ont été choisis “de manière aléatoire selon les quartiers”, avec l’objectif de soutenir les petits indépendants dans un contexte économique difficile. Elle affirme vouloir, à terme, mettre en avant tous les commerces d’Auderghem, à l’exception des grandes chaînes.
Concernant les codes promo, elle explique : “L’idée venait des commerçants eux-mêmes : offrir un petit geste symbolique aux clients. C’était totalement facultatif. Nous avons décidé de retirer ces codes dans nos prochaines vidéos pour éviter toute ambiguïté déontologique.”
Elle assure ne recevoir aucune rémunération pour ces vidéos : “Il existe des personnes intègres, engagées pour leur commune, qui agissent bénévolement. Nous ne recevons rien en retour.”
L’échevine met aussi en avant l’impact positif de l’initiative : en moyenne 17.000 vues par vidéo, des retours très favorables des commerçants et, selon elle, une hausse de fréquentation après chaque publication.
Conflit d’intérêts ou soutien au commerce local ?
Pour le conseiller communal, le problème principal reste le risque de conflit d’intérêts. Beaucoup d’élus auderghemois sont eux-mêmes liés à des commerces locaux, ce qui rend indispensable, selon l’élu, une totale transparence sur les critères de sélection.
Alan Lenglet rappelle également l’article 108 du Règlement d’ordre intérieur, qui interdit les interventions visant à influencer le résultat d’une affaire privée.
De son côté, le secrétaire communal estime qu’il n’y a “ni contrat avec la commune, ni avantage personnel démontré, ni conflit d’intérêts avéré”.
Un flou juridique
Cette affaire s’inscrit dans un contexte institutionnel fragile. Le nouveau code de déontologie communal adopté par la commune d’Auderghem aurait vu certains articles permettant au conseil de sanctionner des élus pour manquement déontologique annulés par la tutelle. “Si le conseil estimait qu’il y a eu manquement, il n’existe plus aujourd’hui de base claire pour prononcer un avertissement ou une sanction”, reconnait le secrétaire communal.
Malgré la polémique, l’échevine a indiqué qu’elle continuerait à publier ces capsules, sans les codes promo. “Il s’agit de mettre en lumière des acteurs qui vont vivre la commune. Il y a beaucoup de mouvance, et la situation économique est inquiétante. Les petits commerçants ferment.”
► Voir notre reportage | Auderghem s’attaque aux grandes chaînes de fast food, en particulier près des écoles
Cette campagne a été lancée après que la commune d’Auderghem a été sous le feu des projecteurs, notamment avec la taxe Fast-Food.
Rédaction