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L’humeur de Vanessa Lhuillier – Le parlement doit rester un lieu de débat

Une société démocratique se fonde sur plusieurs grands principes comme un État de droit, une séparation des pouvoirs, la garantie des libertés fondamentales, des élections libres et le pluralisme. Pour pouvoir choisir de manière libre et éclairée, il est important d’organiser des débats. Mais depuis quelques années, et surtout depuis la pandémie de COVID-19, les opinions se sont crispées et la confrontation d’idées est de plus en plus rare. Les citoyens vivent dans une bulle, créée par des algorithmes. Sur leur fil d’actualité, ils ne voient que des informations qui les intéressent et auxquelles ils adhèrent. Alors quand une opinion contradictoire émerge, cela les bouscule et souvent, ils la balaient d’un revers de la main. Dans certaines assemblées, on refuse même d’inviter des partis politiques qui ne sont pas en faveur de la cause défendue. Il est alors impossible de parler encore de débat, mais également d’évoluer, de construire notre pensée. Écouter ceux qui ne sont pas d’accord avec nous reste essentiel pour le vivre-ensemble et préserver une société respectueuse de tous.

Ce matin, je suis donc attristée quand je vois qu’hier, en commission justice, au parlement, le lieu même où les débats doivent avoir lieu, des élus font tout pour l’éviter. Les Français ont leur 49.3. Nous, nous savons à présent que nous avons le 49 qui permet l’ajournement d’un texte pour des questions préjudicielles.

Hier donc, une députée NV-A a obtenu le report des discussions sur la question de l’allongement du délai légal pour l’avortement, sous prétexte que la ministre de la Justice Annelies Verlinden, membre du CD&V, allait remettre un texte en… décembre. Elle propose de passer à 14 semaines et de réduire le délai de réflexion à 2 jours. Or, en 2023, un groupe d’experts avait conseillé un délai de 18 semaines et la suppression du délai de réflexion. Déjà à ce moment, le débat ne pouvait pas avoir lieu pour le CD&V. Hier, il a encore muselé l’opposition et certains de ses partenaires de majorité. Alors, les catholiques flamands peuvent ne pas être d’accord, mais le minimum qu’un parlementaire doit faire, c’est accepter le débat.

Doit-on s’attendre à l’utilisation de cet article dans le futur dès qu’un dossier ne conviendra pas à un ministre et, par la même occasion, remettre en question la séparation des pouvoirs ? Ici, en tout cas, une fois de plus, ce sont les femmes qui pâtissent de ce report. Elles qui attendent depuis plus de trois ans une avancée sur la question de l’IVG. Et malheureusement, vu la tournure que prennent les événements, elles risquent encore de devoir patienter quelques années.

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