Troisième “Mardi des blouses blanches” : “On est à la limite de la maltraitance”

Prudence Lombo est aide-soignante dans une maison de repos à Uccle depuis 12 ans. Au fil des années, elle a vu la situation se détériorer. Les équipes se sont réduites, suite à des départs pour maladie, notamment des burn-out, pas toujours remplacés.

Conséquence : les aides-soignantes ont de moins en moins de temps à consacrer à leurs patients. “On a jusqu’à 10 toilettes à assurer par jour. Ce sont des personnes qui demandent de plus en plus de soin. Et le temps nous manque.” Car après, il faut encore s’occuper des lits, des repas … “On est à la limite de la maltraitance“, explique-t-elle, “parce qu’on ne peut plus leur consacrer le temps nécessaire (…) Quand on voit que la personne a envie de parler, on fait semblant de ne pas avoir entendu, juste pour pouvoir faire ce qu’on a à faire.”

Le service se compose de trois personnes, deux aides-soignantes et une infirmière, pour 24 résidents, tous atteints de démence sévère.

Pression et mauvaises conditions de travail

Le personnel de santé s’est mobilisée pour le troisième “Mardi des blouses blanches”. Organisé par la Centrale nationale des employés (CNE), le mouvement vise à mettre en lumière le ras-le-bol et dénoncer la pression et les mauvaises conditions de travail dans le secteur. Pour ce troisième mardi, une attention particulière sera accordée aux maisons de repos.

La CNE veut mettre l’accent sur le secteur des maisons de repos, où les conditions de travail des aides-soignants sont particulièrement difficiles, surtout dans les maisons qui ont été rachetées par les grands groupes commerciaux multinationaux, en recherche du seul profit“, souligne le syndicat chrétien dans un communiqué. En parallèle, la CNE annonce déjà que des consultations du personnel seront organisées dans les institutions de soins le mardi 25 juin. Les personnes concernées seront invitées à placer dans des urnes les revendications qu’elles veulent voir porter vers les fédérations patronales et les futurs gouvernements.

La grogne touche le secteur hospitalier depuis le début du mois de juin. Le 3 juin, une grève de 24 heures avait été organisée dans les hôpitaux publics bruxellois du réseau Iris. Le lendemain, la CNE organisait son premier “Mardi des blouses blanches” en Wallonie et à Bruxelles. Le 5 juin, c’était au tour du syndicat libéral de déposer un préavis de grève pour les hôpitaux privés bruxellois. Ce mardi, l’équipe CGSLB Chirec organisera d’ailleurs fin de matinée une action de protestation devant le site Delta du Chirec. Le Setca, dont la section bruxelloise vient de décider de se joindre au troisième “Mardi des blouses blanches”, avait quant à lui fermé la marche le 6 juin, en déposant lui aussi un préavis de grève pour tous les hôpitaux de la zone Bruxelles-Hal-Vilvorde.
■ Reportage de Marine Hubert et Yannick Vangansbeek
Avec Belga

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18 juin 2019 - 12h42