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Rue de la Loi : toi Bart, moi sceptique

Du côté des organisateurs, la réunion est présentée comme un petit évènement. Mettre les dirigeants d’Ecolo et de Groen autour de la même table que Bart De Wever, c’est un premier déblocage, la levée d’un tabou significatif, la fin du “nous ne discutons pas avec la N-Va, cela ne sert à rien” version Nollet et du “je n’ai que deux exclusives, le PS  et Ecolo” version De Wever. Les deux co-présidents Nollet et Maouane  se sont donc retrouvés pendant plusieurs heures mardi matin face au bourgmestre d’Anvers. “Il  faut que chacun questionne ses certitudes au regard de la crise sanitaire et de la situation politique” commentait un proche des négociateurs. De la rencontre, on ne savait pas grand chose de plus ce mardi midi. Les préformateurs ont pris l’habitude de se réunir au siège de leurs partis ou de leurs hôtels de ville respectifs  (les lieux traditionnels de ce genre de négociation, Chambre, Sénat, Lambermont ou Palais d’Egmont étant tous aux mains des libéraux), et l’atmosphère confinée a convaincu les rédactions que cela ne valait plus la peine de se lancer dans un jeu de piste pour avoir l’image d’une rencontre qu’on ne veut pas médiatiser.

Du côté des écolos, avant l’entretien, on minimisait : c’est une prise de contact, pas une véritable négociation. Et on rappelait qu’une première rencontre avait déjà eu lieu en octobre 2019 avec Geert Bourgeois et Rudy Demotte (un tandem N-VA-PS déjà) et que ce serait impoli de refuser une invitation de chargés de mission nommés par le Palais Royal. On soulignait aussi que Jean-Marc Nollet avait participé aux travaux du super Kern où siégeait la N-VA (sauf  que la N-VA y avait dépêché Peter De Roover et pas Bart De Wever). Bref, à l’enthousiasme des uns, répondait la prudence des autres. 

C’est qu’au sein d’Ecolo ils ne sont pas nombreux à croire en  la sincérité de la démarche. La première analyse était plutôt celle d’une grossière manoeuvre qui consistait à faire semblant de discuter avec Ecolo-Groen pour faire plier l’Open VLD.  Dans d’autres formations politiques, on prend pourtant l’initiative au sérieux. Au delà des questions de relations personnelles et d’une tentative de faire porter le chapeau à Georges-Louis Bouchez, “la note libérale mais aussi la vidéo de l’Open VLD  ont été perçues comme des refus de négocier” glisse une source bien placée qui précise que cela a eu le don d’irriter Bart De Wever, qui ne serait donc pas dans une simple posture stratégique.

Pour convaincre les verts  que son  ouverture  est réelle le président de la N-VA sera malgré tout contraint d’ouvrir les vannes et de sortir le grand jeu. L’animosité entre les deux formations est grande et ne se résume pas aux seules amabilités entre Théo Francken et Zakia Khattabi. Pour une majorité d’écologiste, la négociation semble impossible à réussir. Avoir négocié une majorité suédoise, puis l’avoir sabordée, avoir discuté avec le VB, être à la limite du climato-scepticisme : pour plus d’un militant vert, Bart De Wever est un remède au compromis. Une perspective inimaginable. La promesse d’une Assemblée Générale de tous les dangers.

On comprend bien l’intérêt du PS à monter au fédéral, et encore plus s’il nous attire à bord, mais on ne voit pas où serait le nôtre, commentait un mandataire wallon. “Je ne crois pas que  ça peut le faire“, surenchérissait un bruxellois.  Seule expression publique assumée, celle de Manu Disabato qui plaidait sur Twitter pour l’ouverture : “Une majorité fédérale  avec les écologistes et sans les libéraux ?  Il y a des conditions bien sûr, mais je pense que la question mérite d’être sérieusement analysée et posée”.  Ce tweet a eu le don d’irriter une partie des militants et mandataires écologistes  : “La question est vite répondue” a ainsi répliqué l’un d’entre eux, Stéphane Van den Eede, résumant ce qui semble être la pensée majoritaire au sein des verts.

Ce mardi après-midi Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane font rapport devant un bureau virtuel. En fonction de la réaction de leurs troupes, ils diront stop ou encore, ou demanderont de plus amples précisions. Il faudra aussi surveiller la réaction de Groen (qui compte 9 députés). La planète verte s’agite. Les autres retiennent leur souffle.