Rue de la Loi : l’aloyau fait tourner la mayonnaise

Tous les coups sont-ils permis dans une campagne électorale ? La vidéo du Mouvement Réformateur accusant Ecolo de vouloir taxer la viande restera comme un temps fort de la semaine. Son impact, positif ou négatif, est difficile à mesurer mais on sait que ce clip a été vu et surtout commenté des milliers de fois. Surtout il marque une évolution dans la communication politique.

Avec ce clip le Mouvement Réformateur se rapproche des campagnes à l’américaine. Il ne s’agit plus de faire la promotion de son propre programme, il s’agit de discréditer les propositions d’une formation concurrente.  Démonter les programmes de ses adversaires et le critiquer, cela s’est toujours fait, c’est même le principe du débat démocratique. Ce qui est nouveau est de ne plus se contenter d’un débat public, d’une émission de radio ou de télévision, de préférence face à ses contradicteurs, mais d’y consacrer des moyens financiers spécifiques et d’utiliser un langage qui emprunte à la démarche  publicitaire. Les publicités comparatives ou franchement dénigrantes sont une réalité des campagnes électorales aux Etats-Unis, mais la Belgique en était jusqu’à présent épargnée.

Deuxième élément que tout le monde a relevé : la taxation de la viande ne figure pas dans le programme écologiste. Qu’il s’agisse de l’aloyau (morceau noble) cité dans le clip, ou de morceaux moins recherchés utilisés dans des plats préparés par exemple.  Le Mouvement Réformateur a donc extrapolé. C’est vrai il s’appuie sur des prises de positions réelles, mais qui sont celle de Groen et pas celles d’Ecolo, et il a tellement grossi le trait qu’au final le message ne correspond plus à la réalité. A tel point que le poids lourd réformateur Didier Reynders a pris ses (petites) distances dans le style subtil qu’on lui connait en qualifiant le message de caricatural et un peu excessif, comme beaucoup de propos en campagne électorale”. 

On comprend bien pourquoi le Mouvement Réformateur cible à ce point les écologistes. C’est parce qu’ils étaient très hauts dans les sondages, et que du coup ils apparaissaient  ces dernières semaines comme des partenaires  quasi incontournables lorsqu’il faudra négocier les prochaines majorités. Si en prime PS et Ecolo semblaient en mesure d’obtenir suffisamment de députés pour former des majorités à deux, aussi bien à Bruxelles qu’en Wallonie, c’était l’exclusion assurée pour les libéraux. Pour le MR il était donc vital de faire redescendre Ecolo, c’est une manière de rouvrir le jeu.  Le raisonnement vaut surtout pour la Wallonie mais il peut s’appliquer à Bruxelles. On ajoutera que les deux formations se disputent désormais un électorat au même profil socio-économique que les résultats aux élections communales et les manifs climat ont mis en exergue : papa et maman votaient libéral, leurs enfants qui arrivent à l’âge adulte votent écolo et la bataille fait rage.

Pour atteindre cet objectif peut on utiliser des ficelles qui ressemblent à des bazookas ? Pas sur.  L’épisode de la vidéo sur la viande va laisser des traces.  Il n’est pas bon pour Ecolo puisqu’une suspicion a été jetée sur la sincérité de son programme (sur le thème les écolos ne vous disent pas tout)  il n’est pas bon pour le MR dont on voit qu’il  fait feu de tout bois (sur le thème, ce parti ne recule pas devant les fake news).   L’animosité entre les deux formations en sort renforcée, et pourrait porter un coup fatal à l’hypothèse d’une coalition MR-Ecolo. Il va quand même être difficile pour deux partis qui s’accusent l’un de mensonge, l’autre de dissimulation, de s’asseoir à la même table de négociation. Enfin il  souligne  jusqu’à la caricature que les visions des deux formations sont tellement différentes que les voir gouverner ensemble serait presqu’une aberration.  Ce n’était probablement pas le but recherché.

Partager l'article

09 mai 2019 - 16h00