Procès de l’attentat du Musée juif : la perpétuité pour Nemmouche, 15 ans de prison pour Bendrer

Jugés coupables en tant qu’auteur et co-auteur de l’attentat du Musée juif de Belgique, Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer connaissent désormais leur sentence. Mehdi Nemmouche est condamné à la réclusion à la perpétuité et à une peine de 15 ans de mise à disposition du tribunal d’application des peines alors que Nacer Bendrer est condamné à 15 ans de réclusion et 5 ans de mise à disposition du tribunal d’application des peines.

Après deux jours et demi de délibération, le jury de la cour d’assises est parvenu à un verdict. Selon l’arrêt lu par la présidente Laurence Massart, Mehdi Nemmouche est bien l’homme qui a abattu froidement Emmanuel et Miriam Riva, Alexandre Strens et Dominique Sabrier, le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique. Nacer Bendrer, pour sa part, a été reconnu comme co-auteur des faits. Le jury a estimé que le Marseillais a apporté une aide “indispensable” à la commission des faits, alors que les procureurs fédéraux avaient plaidé la complicité.

Avant les plaidoiries des avocats de Mehdi Nemmouche et de Nacer Bendrer sur les peines de leur client, l’avocat général Yves Moreau a lancé les réquisitoires du ministère public. Le parquet requiert la réclusion à perpétuité contre Mehdi Nemmouche, estimant que l’auteur des quatre assassinats terroristes à caractère terroriste sur les personnes d’Emmanuel et Miriam Riva, Alexandre Strens et Dominique Sabrier, ne disposait d’aucune circonstance atténuante. Le parquet a également requis une peine d’au moins 30 ans de prison pour Nacer Bendrer, estimant que sa peine devait être légèrement plus basse que celle de Nemmouche.

Bendrer : “Nemmouche, c’est un monstre”

Me Vanderbeck, avocat de Nacer Bendrer, a pour sa part plaidé 15 ans de prison pour son client, ajoutant que ce dernier bénéficie de plusieurs circonstances atténuantes et que cette peine pourra lui permettre “de construire sa vie”. De son côté, Me Courtoy, avocat de Mehdi Nemmouche, a décidé de ne pas plaider “en accord avec son client”. “Nous estimons qu’il mérite une peine légèrement inférieure à la perpétuité : 35 ans + 15 ans. Comme cela, à 75 ans, Mehdi Nemmouche pourra revenir dans le monde des vivants”, estime Me Courtoy, ajoutant “sinon vous prendrez la décision que cet homme mourra en prison”.

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Avant de partir en délibération, le jury et la cour ont également pu entendre les derniers mots de Nacer Bendrer et Mehdi Nemmouche. “J’ai honte car j’ai sali le nom de mon père et de ma mère. J’aimerais faire ma vie un jour, être père de famille, me marier. (…) J’ai vraiment honte d’avoir croisé ce mec. C’est même pas un mec, c’est un monstre. Cela ne lui fait ni chaud ni froid. C’est un fils de p*** né”, a lancé Nacer Bendrer. Avant que Mehdi Nemmouche ajoute, comme dernière provocation dans ce procès durant lequel il a poursuivi dans son mutisme : “La vie continue”.

Finalement, au bout de plus de huit heures de délibération, le jury et la cour ont enfin rendu leur verdict : Mehdi Nemmouche est condamné à la réclusion à la perpétuité et à une peine de 15 ans de mise à disposition du tribunal d’application des peines alors que Nacer Bendrer est condamné à 15 ans de réclusion et 5 ans de mise à disposition du tribunal d’application des peines.

Circonstances atténuantes pour Bendrer

Dans son arrêt rendu après huit heures de délibération, le jury a rappelé “le rôle déterminant” de Nacer Bendrer dans des faits violents commis à l’encontre de la société belge, de la population et de la communauté juive. Il a notamment souligné le passé criminel de Nacer Bendrer, la fourniture “d’armes de guerre puissantes” à l’auteur matériel des faits, “l’absence de remise en cause de sa démarche” au regard de l’usage que pouvait en faire Mehdi Nemmouche ainsi que ses “versions variables et incomplètes” devant les enquêteurs.

Les jurés ont toutefois également pris en compte “l’empathie” de Nacer Bendrer exprimée durant le procès ainsi qu’un “faible risque” de récidive. Il a exprimé des regrets “qui paraissent sincères”, selon l’arrêt de la cour d’assises prononcé par la présidente Laurence Massart. “Ce comportement atteste d’un début de remise en question et de prise de conscience.” La cour a par ailleurs retenu “les possibilités de réinsertion” du Marseillais, notamment grâce au soutien de sa famille et de sa compagne. “Il n’était pas présent sur les lieux (de l’attentat), il n’en est ni l’auteur ni l’instigateur”, ajoute l’arrêt.

Concernant Mehdi Nemmouche, aucune circonstance atténuante n’a été retenue : il est donc condamné à la réclusion à la perpétuité.

Revivez le direct depuis le Palais de justice de Bruxelles

00h38 – Cassation

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer ont 15 jours pour se pourvoir en cassation, rappelle la présidente de la cour d’assises. Elle remercie également le jury pour leur travail, ainsi que les huissiers d’audience. Elle remercie enfin les corps de sécurité qui ont assuré la sécurité dans ce procès.

Le procès est terminé : il n’y a désormais plus qu’un dernier débat sur les intérêts civils, avant de clôturer le procès.

00h32 – Verdict

La présidente de la cour d’assises Laurence Massart annonce enfin les peines : Mehdi Nemmouche est condamné à la réclusion à perpétuité et à une mise à disposition au tribunal d’application des peines pour 15 ans. Nacer Bendrer est condamné à 15 ans de réclusion et une mise à disposition au tribunal d’application des peines pour 5 ans. Ils doivent également payer plus de 128.000 euros aux victimes.

Dans le box des accusés, Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer ne semblent pas broncher. Ils suivent attentivement la lecture de l’arrêt.

00h30 – Nacer Bendrer

Le jury estime, concernant Nacer Bendrer, que ses antécédents judiciaires confirment un profond ancrage dans la délinquance, “dans une criminalité marquée”. Le jury estime que Nacer Bendrer avait une claire connaissance des armes, et parle de son caractère “immature et irréfléchi”. Mais il juge également que Nacer Bendrer n’était pas présent le jour des faits au Musée juif, il considère également que Nacer Bendrer s’est engagé sur une voie “fortement éloignée de celui de l’extrêmisme religieux”. Il pointe “l’empathie montrée tout au long de son procès”, “son comportement confirme une remise en conscience et une responsabilisation dans son chef”. “Cela permet de conclure à un faible risque de récidive. Aussi grâce à un entourage aimant”, explique le jury. “Nacer Bendrer a montré une émotion non-feinte à l’égard des victimes”, confirme le jury.

00h25 – Motivation sur Nemmouche

Le jury estime que Mehdi Nemmouche a tenté de faire croire que l’enquête avait été manipulée. Il estime que Mehdi Nemmouche a justement tenté d’attaquer “tous les fondements de notre société” avec cet attentat terroriste. “Le comportement de l’accusé est marqué par l’absence de regret”, estime également l’arrêt de la cour. “Les déclarations de Mehdi Nemmouche devant le procès ne peuvent être interprétés comme un début de remord ou de regret”.

Le jury reconnaît le rôle principal de Mehdi Nemmouche et le fait qu’il a tué “froidement quatre personnes”, “avec la dextérité d’une personne entraînée aux armes”. “L’égocentrisme et le narcissisme de Mehdi Nemmouche” est également citée comme motivation par le jury, qui parle également du “comportement provoquant et manipulateur” de Mehdi Nemmouche. Le jury parle également de “son absence d’empathie à l’égard des victimes” et affirme que l’accusé a “un haut risque de récidive”.

00h18 – Verdict

Pour la première fois, les caméras sont présentes et peuvent filmer les accusés (et désormais condamnés). Le verdict sur les peines est donc annoncé par la présidente de la cour d’assises Laurence Massart : Mehdi Nemmouche est condamné à la réclusion à perpétuité. “Il ne bénéficie d’aucune circonstance atténuante”, explique l’arrêt de la cour. “Son enfance difficile ne peut expliquer ces assassinats à caractère terroriste. (…) Il a attaqué les fondements même de notre société. Il s’est aussi attaqué à la communauté juive, et au droit fondamental à chacun de vivre”.

00h15 – L’audience reprend

L’audience à la cour d’assises de Bruxelles reprend enfin après près de huit heures de délibérations ! Les accusés et les jurés sont en place, tout comme les avocats, rappelés pour l’occasion.

22h45 – L’arrêt s’annonce

Plusieurs confirment que l’arrêt sur les peines de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer devrait être lu vers minuit. Donc au bout de près de huit heures de délibération !

22h05 – La soirée continue

Les débats ont débuté voici 12 heures. Et cela fait six heures que les jurés et la cour délibèrent autour des peines de Mehdi Nemmouche et de Nacer Bendrer. La définition de “délibération au finish” n’a jamais aussi bien porté son nom.

21h05 – Pas de nouvelles

Le jury est toujours en délibération et rien ne sort de celle-ci. Tout le monde en salle de presse et au niveau de la sécurité reste sur le qui-vive… Cela fait plus cinq heures que la délibération sur les peines a débuté.

19h50 – Toujours en attente

Aucune information ne circule quant à l’heure du verdict des jurés et de la cour sur les peines de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer.

Mais pendant ce temps, dans la cour d’assises de Bruxelles, les policiers attendent également. Et certains en profitent, comme le montre cette photo de notre confrère de Bruzz…

https://twitter.com/Chris_Verhaeghe/status/1105179619337138177

17h10 – Me Courtoy s’explique face à la presse

“Si on avait plaidé sur la peine, on aurait immanquablement dû parler de l’enfance de Mehdi Nemmouche”, a affirmé Me Courtoy dans les travées du palais de justice de Bruxelles. “Nous avons eu un jury de belles personnes, certains ont eu les larmes aux yeux en entendant les témoignages sur cette enfance”, a-t-il assuré. “On aurait sans doute réussi à soutirer les larmes et la clémence du jury, mais nous n’avons pas souhaité exhumer cette enfance ‘assassinée’.” La décision sur la peine est “très intime à la conscience de chaque juré”, a ajouté le pénaliste. “Nous n’avons pas voulu polluer ça, le procureur a souhaité le faire mais nous non. Ça aurait été une forme de manipulation, je préfère que ce soit leur conscience qui leur dise quoi faire.”

Quant à la dernière phrase provocatrice de Mehdi Nemmouche – “la vie continue” -, cela signifie qu’il s’y “accroche”, même à l’isolement, même dans des conditions “aussi atroces”, selon son avocat, qui qualifie sa cellule de “tombe”.

Me Courtoy a enfin déploré le climat “malsain” de ce procès, la “haine” qu’il a ressenti tant “dans la salle d’audience qu’à l’extérieur”. “Il y a eu les insultes, les grandes tirades contre le pseudo antisémite que je serais, parfois de la part de confrères, les menaces anonymes… Tous les acteurs judiciaires sont partis dans des dérapages, seuls les jurés ont été d’une dignité dont ces acteurs auraient bien fait de s’inspirer”, juge l’avocat. “Si c’était à refaire, je referais la même plaidoirie sur la culpabilité”, a conclu Me Courtoy, qui estime que le jury a été mis “dans un toboggan”. “Toutes les preuves allant dans notre sens n’ont pas été investiguées. Les jurés sont eux venus avec bienveillance envers Mehdi Nemmouche et ses avocats”, a-t-il salué.

15h49 – Derniers mots

Nacer Bendrer donne ses derniers mots, visiblement touché, et des trémolos dans la voix : “J’ai une femme, j’ai une famille. J’aime la vie. Je n’accepterais pas une peine comme celle prononcée ce matin. J’ai honte, car j’ai sali le nom de mon père et de ma mère. J’aimerais faire ma vie un jour, être un père de famille, me marier. Franchement, je ne sais pas quoi vous dire. J’ai mon destin entre vos mains. J’ai vraiment honte d’avoir croisé ce mec. C’est même pas un mec, c’est… un monstre. Cela ne lui fait ni chaud ni froid, c’est un fils de p*** né. Je n’ai rien d’autre à ajouter.”

Mehdi Nemmouche lance pour sa part trois mots, sans une once d’émotion : “La vie continue”.

Les jurés vont repartir en délibéré pour débattre des peines.

15h46 – La défense de Nemmouche ne plaide pas

Il débute : “En accord avec Mehdi Nemmouche, nous ne comptons pas plaider sur la peine. Et ce pour deux raisons : M. l’avocat général a raison, plaider sur la peine, cela signifie plaider sur l’enfance de Mehdi Nemmouche. Nous avons décidé bien avant ce procès, bien avant ce verdict, de laisser reposer cette enfance assassinée en paix et de ne pas la profaner. Et c’est parce que M. l’avocat général a vu des choses que nous avons aussi vues : vous êtes des gens avec du cœur. Nous ne voulons pas vous soutirer des larmes, nous ne voulons pas utiliser cela. Ces larmes, vous les laisserez, à la demande de M. Nemmouche, uniquement aux proches des victimes”.

“La réclusion à perpétuité, dans un contexte terroriste, cela veut dire que vous ne sortez jamais. Nous ne voulons donc pas ressortir le cadavre d’une enfant pour mettre cela entre vous et votre conscience. Soit vous prendrez la décision que cet homme mourra en prison, et vous lui administrerez une peine de mort lente, et vous aurez peut-être rendu la justice, même si pour moi ce sera la vengeance. Soit vous ne voulez pas faire basculer cette homme dans la folie, soit vous lui mettrez la peine inférieure, soit 35 ans + 10 ans. Et à 75 ans, Mehdi Nemmouche pourra revenir dans le monde des vivants”, explique Me Courtoy. “Vous avez été un jury particulièrement humain dans un procès qui a suinté la haine durant plus de deux mois”.

15h40 – Place à Me Courtoy

L’avocat de Mehdi Nemmouche prend place pour le début de sa plaidoirie sur la peine de son client. L’audience a repris.

15h18 – “Vous avez sa vie entre vos mains”

Me Blot relance selon lui, Nacer Bendrer “ne savait pas les intentions de Mehdi Nemmouche”. “Malgré toutes ces erreurs, il ne mérite pas que vous reniez son humanité. Nous vous demandons de lui accorder une place parmi les hommes. Vous ne le bannirez pas de notre humanité”, clame-t-il. “Vous avez sa vie entre vos mains. Je sais que ce n’est pas facile mais on vous fait confiance. On vous demande de prononcer une peine adaptée à sa personnalité”.

L’audience est suspendue durant une dizaine de minutes avant la plaidoirie de Me Courtoy, pour Mehdi Nemmouche.

15h12 – Autres affaires

L’avocat de Nacer Bendrer revient sur un ancien jugement, pour l’assassinat d’une députée française. “L’homme qui avait fourni les armes et fait le guet pendant que la députée se faisait tuer a pris 13 ans de prison. Pour l’assassinat d’une députée de la République !”, clame-t-il. Il explique également que le fournisseur des armes de Mohamed Merah, qui avait tué sept personnes dont trois enfants de confession juive et trois militaires “a pris 14 ans de prison”, et “celui-ci connaissait particulièrement les revendications islamistes de Mohamed Merah, c’était son ami, pas un ancien compagnon de prison !”

15h08 – “Positif”

Me Blot demande encore au jury de voir la part d’humanité de Nacer Bendrer et de revenir en arrière dans ce procès : “Il y a certainement l’un ou l’autre élément positif que vous avez dû voir chez cette personne”.

15h04 – “Dignité”

Me Blot revient sur sa visite en prison à Nacer Bendrer, ce dimanche. “Une telle dignité dans les yeux, j’en ai rarement vu. Il ne l’a jamais perdue”, dit l’avocat. Il se demande “ce que je peux vous dire pour vous convaincre”. Il cite ensuite un passage de L’Étranger d’Albert Camus, affirmant que contrairement au condamné cité par Camus, “Nacer Bendrer accepte ce procès, accepte d’être jugé, accepte d’être condamné”.

“Je vous demande de ne pas accepter la peine d’élimination qu’on vous propose. Une peine pour l’éliminer de la société. Moi, je vous demande d’éviter cela. Parce qu’il ne voulait pas ce qu’il s’est passé. Il n’a jamais voulu ça”, lâche encore Me Blot. “Il aurait dû éviter de côtoyer ce genre d’individus mais il ne savait pas ce que cet individu allait faire. Et une lourde peine pour ce genre de personne, ce n’est pas une justice”.

14h55 – “Il se soumet à la justice”

Me Blot ironise encore sur le fait que Nacer Bendrer serait “un dangereux terroriste derrière son personnage de gros nounours”. “L’expert psychiatrique a également perçu qu’il ne montrait pas d’animosité. Je pense que vous le percevez aussi”, explique-t-il. “Et deux mois de procès, c’est dur. C’est dur de sortir de cette pénombre et de faire bonne figure devant ce procès. Mais il respecte cette justice. Il a toujours attendu, il s’est toujours assis quand la présidente de la cour d’assises l’a demandé, il a toujours répondu aux questions. Il se soumet au tribunal et il se soumet à la justice”.

14h50 – “Il a travaillé à sa libération”

Me Blot s’attaque depuis tout à l’heure à l’expertise psychiatrique de Nacer Bendrer. Il réaffirme que son client est loin des activités de Mehdi Nemmouche. “Qu’est-ce qu’il a fait quand il a été libéré ? Est-ce qu’il est allé terroriser la population ? Absolument pas, vous le savez. Il est rentré chez lui, il a retrouvé sa femme, sa famille et puis il a travaillé”, lâche le conseil de Nacer Bendrer. “Est-ce que c’est le comportement d’un individu dangereux, à ce point dangereux qu’on ne le laissera pas sortir de prison avant les 20 à 30 prochaines années ? Bah non…”

14h44 – Famille

Me Blot hausse le ton face au jury, lui affirmant qu’il n’est pas “un mercenaire” ou “un gars qui défend un fou furieux”. Il affirme que le fait que Nacer Bendrer a encore “une femme aimante”, “des frères et des sœurs qui l’aiment”, c’est bien “une circonstance atténuante”, “contrairement à ce que disent les procureurs”. “Il ne peut pas être foncièrement mauvais, ce n’est pas possible”, lance-t-il à propos de Nacer Bendrer.

“Quand ce garçon sortira, il sera encore plus vieux. Est-ce qu’on ne peut pas trouver ça rassurant de voir des gens responsables et bons qui vont s’occuper de lui ?”, explique Me Blot en parlant des proches de Nacer Bendrer.

“Et puis, on l’a quand même surveillé entre juin et décembre 2014. Est-ce qu’il en a profité pour ‘finir le travail’ ? Est-ce qu’il a fait un attentat ? Vous avez 6 mois de recul pour constater avec moi qu’il n’y a pas eu d’acte terroriste à ce moment-là. Et ça, ce n’est pas moi qui l’invente, c’est le dossier”, explique l’avocat. “Il aurait pu passer à l’acte, mais il n’a rien fait ! Pourquoi est-ce que l’on n’a pas arrêté s’il était si dangereux ?”

14h37 – “Un chemin de croix”

Me Blot estime que des nouvelles années de prison vont être ajoutées à sa peine suite aux dossiers Perrin et Friga dans lesquels il doit encore être jugé en France. “Ce sera un chemin de croix”, lâche-t-il.

Il demande, comme Me Vanderbeck, une personnalisation des peines entre les deux accusés de ce dossier. “On ne doit pas faire de ce garçon un exemple pour d’autres. On doit le punir pour ce qu’il est, pas pour en faire un exemple. Vous en avez déjà fait un exemple” avec ce verdict, explique le conseil de Nacer Bendrer.

14h34 – Exécution de la peine

Me Blot rappelle que Nacer Bendrer va purger sa peine en France. “La seule chose qui va changer, c’est l’exécution de la peine. En France, dès que vous dépassez une peine de 10 ans, vous devez faire au moins la moitié de votre peine avant d’envisager une libération conditionnelle, et non pas le tiers comme en Belgique”, explique l’avocat. Il rapporte également que Nacer Bendrer risque de se retrouver “autour de terroristes, des vrais”, dans des quartiers de haute sécurité, “où il devra montrer patte blanche pendant des années et des années avant d’envisager, non pas de sortir de prison, mais d’avoir une détention normale, pour enfin voir sa famille”.

14h29 – “Ne sacrifiez pas ce garçon”

“Il n’avait pas la volonté personnelle de s’en prendre à la communauté juive, à la population belge ou à l’État belge”, affirme encore Me Blot à propos de son client, Nacer Bendrer. “Vous envisagez l’idée dans votre arrêt qu’il ne savait pas à quoi ces armes allaient servir. C’est coupable, c’est responsable, c’est punissable mais c’est très différent par rapport à s’il avait su”, continue l’avocat.

“Aujourd’hui, nous sommes de votre côté. Ce n’est pas aujourd’hui que nous allons résoudre le problème du terrorisme. Et si c’est ce qu’on vous a fait croire, ce n’est pas vrai. (…) Il n’est pas nécessaire de sacrifier ce garçon sur l’autel d’une politique sécuritaire. (…) Il est là, il existe”, dit-il en montrant son client. “Vous l’avez déjà affublé d’une étiquette de terroriste, tel un boulet qu’il va traîner durant toute sa vie”.

14h24 – “Vous avez été très loin”

 “Je trouve que vous avez été très loin dans ce verdict”, lance Me Blot au jury, estimant qu’ils se sont basés sur des éléments “éminemment subjectifs”. Quand vous dites que Bendrer s’est rendu à Bruxelles pour remettre un acompte ou une des deux armes, je trouve que vous êtes allés très loin. (…) Quand on dit qu’Himène Nettah a menti sur la date de la mort de l’ami de Nacer Bendrer, cela fait mal. Elle a été voir la mère de cet ami, elle lui a donné l’acte de décès pour prouver qu’ils n’avaient pas menti”, explique Me Blot, qui a ramené une copie de cet acte de décès. “Il n’était peut-être pas à Marseille le 30 mai 2014”, répète-t-il. “Mais je ne me résous pas à accepter ce qui vous a encore été proposé ce matin, ce déferlement répressif”.

“Non, tout n’est pas joué d’avance. Vous allez encore réfléchir, vous allez encore débattre, vous allez encore voter. Il reste un délibéré”, s’exclame l’avocat.

14h19 – Plaidoirie

“J’ai envie de défendre Nacer Bendrer jusqu’au bout. Parce que je crois en la justice”, débute Me Blot. “Je ne vais pas plaider pour un monstre aujourd’hui. (…) On s’est dit que vous avez peut-être laissé trop de place à cette pression populaire, sécuritaire. Ce n’est pas très joli mais parfois, on dit que l’opinion publique, c’est une prostituée qui tire le juge par la manche. On se demande pourquoi vous considérez que mon client est un terroriste, un antisémite. Alors, j’imagine qu’il est le produit d’un raisonnement juridique, qu’il se retrouve dans un dossier grave… Mais l’accusation vous demande encore de le considérer aujourd’hui comme un terroriste”.

14h13 – Reprise

Les avocats ont repris leur place, tout comme les accusés. Me Blot, avocat de Nacer Bendrer, est déjà en place pour la suite de la plaidoirie de la défense du co-auteur de l’attentat du Musée juif.

13h01 – Audience suspendue

L’audience est suspendue pour le temps de midi. Retour prévu vers 14h00. Me Blot, l’autre avocat de Nacer Bendrer, devra encore plaider, tout comme Me Courtoy, l’avocat de Mehdi Nemmouche.

12h58 – 15 ans de prison

Me Vanderbeck revient encore sur l’argument de l’avocat général selon lequel il n’y a pas de circonstance atténuante pour Nacer Bendrer. “Il a une femme, il a une famille, il peut faire quelque chose de sa vie”, estime l’avocat. “Il n’est pas comme l’a décrit le professeur qui l’a analysé en prison. Il n’est pas cassé. Il peut encore envisager une vie après sa détention : ce ne sera pas facile, mais cela dépend de vous.”

Il relance : “Moi, je pense qu’on peut faire une sacrée distinction entre auteur et co-auteur. Si vous infligez à Nacer Bendrer une peine de 30 ans, sa vie est foutue. Il faut lui donner une peine qui compte du fait que cette affaire ne se résume pas à ce seul dossier. Nous proposons que vous le condamniez à 15 ans de prison. Cela voudrait dire qu’il pourrait sortir de prison à l’âge de 41 ans. Cela sera déjà difficile de lancer sa vie à cet âge-là”.

12h53 – Comparaisons

L’avocat de Nacer Bendrer estime notamment qu’une lourde peine “cassera” Nacer Bendrer. Et que son client souhaite revenir au plus vite auprès de sa compagne : “J’ai déjà gâché ma vie, je ne veux pas gâcher la sienne, m’a-t-il dit. C’est la réaction d’un homme qui tient aux autres”.

Il parle ensuite du dossier de la fusillade de la rue du Dries, dans lequel Salah Abdeslam avait été jugé, a été condamné à 20 ans de prison pour avoir tiré sur des policiers. “Et aujourd’hui, le procureur vous demande de condamner Nacer Bendrer à 30 ans de prison alors qu’il n’était pas là au moment des faits”, s’offusque Me Vanderbeck. Il évoque ensuite le génocide du Rwanda et les personnes jugées responsables de ce crime. “Les quatre personnes ont été reconnues coupables d’assassinats à caractère génocidaire. Ils ont été condamnés pour des peines de douze à vingt ans de prison”, explique l’avocat.

12h46 – “Le prix fort”

Me Vanderbeck parle de Nacer Bendrer comme d’un “être tolérant, ouvert”, par rapport à Mehdi Nemmouche “antisémite”. À côté de lui, Me Courtoy rigole face aux arguments de son confrère.

Me Vanderbeck demande au jury de “ne pas faire payer le prix fort à Nacer Bendrer”. “Il n’était pas sur place, il n’a pas encouragé Mehdi Nemmouche à commettre ces quatre assassinats, il n’a pas fait le guet ou maîtrisé des personnes… Il a été négligent mais il n’a pas voulu ça et il le condamne encore aujourd’hui”, lance-t-il.

“Cette peine ne doit pas ruiner tout espoir. Cet espoir dont on a besoin pour vivre, et pour survivre dans son cas. Si la peine est trop lourde, elle sera destructrice et donc, contre-productive”, estime-t-il.

12h41 – Différences

Me Vanderbeck estime qu’il y a une différence entre Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer et que cela doit donc jouer dans le jugement. “D’abord, il a une famille aimante, qui ne le renie pas et qui ne voit pas en lui un terroriste, même si elle sait qu’il a fait des mauvaises choses”, explique l’avocat. Il parle d’un homme “doux, social, sensible, qui se soucie des autres, qui a entretenu de nombreux liens amicaux avec ses collègues” par rapport à un Mehdi Nemmouche “froid, cynique”.

Il rappelle également que Nacer Bendrer n’a pas refusé de répondre aux questions, et il explique que son client a souvent pu parler avec les policiers censés le garder dans le box des accusés. “Nacer Bendrer a également été ému par les témoignages des proches des victimes. Tout ça, c’est son humanité. (…) Pendant que l’autre, Mehdi Nemmouche, est resté cloîtré dans son mutisme”.

12h34 – Prisonnier terroriste

Me Vanderbeck veut expliquer au jury “ce qu’est le label terroriste quand on est en prison”. “Un détenu terroriste, c’est l’isolement total et c’est ça qui est le plus dur”, confie-t-il. “On le prive de tout contact avec le monde intérieur et le monde extérieur”. Il affirme que Nacer Bendrer, qui fera sa peine en France, ne pourra pas travailler et risque également de ne pas avoir de liberté conditionnelle.

12h28 – “Individualiser les peines”

“Ce débat n’a plus rien à voir avec les victimes. C’est notre système judiciaire qui le dit. C’est pour cela que les parties civiles ne parlent pas lors de ces plaidoiries”, explique Me Vanderbeck. “Cela n’a plus rien à voir avec l’idée d’une justice qui devrait être porteuse de message. Je ne rencontre absolument pas la manière avec laquelle l’avocat général vous a expliqué les choses”.

Il estime qu’il faut individualiser les peines dans ce dossier. “Vous les avez condamnés pour les mêmes choses, mais ces deux hommes que vous avez condamnés ne sont pas les mêmes. Ils n’ont participé aux faits avec le même degré d’investissement”, estime l’avocat de Nacer Bendrer.

“Vous avez déjà lourdement condamné Nacer Bendrer en l’accusant d’être co-auteur”, ajoute-t-il. “Vous lui avez dit qu’il était au même degré que Mehdi Nemmouche, celui qui voulait marquer l’histoire en réalisant un acte antisémite. Un homme lâche pour lequel Nacer Bendrer n’a aucun respect. Cet homme qui est fondamentalement à l’opposé de lui, dont il ne partage pas le mode de vie. Mais vous l’avez définitivement tatoué : Nacer Bendrer est désormais labellisé terroriste”.

12h22 – Plaidoirie de Me Vanderbeck

Me Vanderbeck, avocat de Nacer Bendrer, prend désormais la parole. Il confie qu’il s’agit de “l’exercice le plus difficile à assumer en qualité d’avocat”. “Nous avons tenté de vous convaincre que cet homme que nous défendons n’est pas un terroriste. Et nous n’avons échoué dans cette tâche. Nous devons accepter votre verdict de culpabilité. Nous l’acceptons”, rapporte-t-il. “Je pense pouvoir dire avoir compris certains messages dans votre motivation. (…) Nous avons compris le message fort que vous avez adressé aux terroristes du monde entier. Vous les avez avertis que quelque soit leur vérité, que notre pays et notre justice les sanctionneraient avec la plus grande fermeté. C’est très bien ainsi”.

“J’ai aussi compris que vous avez entendu les victimes et vous leur avez rendu justice, celle qu’ils réclamaient légitimement”, explique Me Vanderbeck. “Votre jugement désigne les coupables et confirme aux victimes qu’elles ne sont pas responsables de ce qui leur est arrivé. Et c’est très bien ainsi”.

12h16 – Fin du réquisitoire

L’avocat général termine son réquisitoire : “En cour d’assises, il n’y a jamais des gagnants et des perdants. Il y a toujours des perdants”.

12h15 – Entre 5 et 15 ans

L’avocat général estime donc que les deux accusés doivent être mis à disposition du tribunal d’application des peines, entre 5 et 15 ans. Il requiert 15 ans de mise à disposition : “Tant que nous pouvons protéger la société, autant la protéger”.

12h13 – Mise à disposition

Le procureur termine en parlant de la mise à disposition au tribunal d’application des peines, soit une peine complémentaire à destination d’accusés au risque de récidive trop important. Il revient sur son rôle et sur le fait que le tribunal d’application des peines peut ainsi prolonger la surveillance du condamné à la fin de sa peine principale, afin d’éviter les risques de récidive.

12h08 – “Au moins 30 ans de prison”

L’avocat général estime également que le rapport des experts psychiatriques montre que Nacer Bendrer a des traits sociopathiques, et ne peut être considéré comme “une personne normale”. “Nacer Bendrer peut se révéler dangereux pour le reste de la société. Ses antécédents judiciaires le montrent”, explique-t-il.

“Mais il me paraît équitable d’envisager une peine différente que celle de Mehdi Nemmouche. Je vous propose donc de fabriquer une circonstance atténuante : Nacer Bendrer n’a pas le sang des victimes sur les mains. Ce n’est pas lui qui a tiré et abattu les victimes de sang-froid. Ça vaut ce que ça vaut, c’est très léger, j’en conviens”, explique l’avocat général. “Mais je vous demande de ne pas faire dans l’angélisme”.

“Si vous retiendrez une circonstance atténuante, vous ne pourrez pas le condamner à la perpétuité. Pour moi, il doit tout de même être condamné à une peine sévère, soit au moins 30 ans de prison”, lance l’avocat général.

12h03 – Circonstances atténuantes

L’avocat général passe donc en revue ce qui est souvent considéré comme des circonstances atténuantes dans les autres procès. Le casier judiciaire ? “Raté pour Nacer Bendrer”. L’enfance difficile dans une famille déstructurée ? “Rien de tout cela chez Nacer Bendrer”.

L’avocat général estime également que Nacer Bendrer “a menti dans toute cette affaire et continue à mentir, même s’il prétend parler avec son cœur”.

11h58 – Nacer Bendrer

L’avocat général se pose une nouvelle fois la question de savoir si Nacer Bendrer mérite ou non des circonstances atténuantes. “Nous sommes partagés à ce sujet”, dit-il. “Les faits pour lesquels Nacer Bendrer a été reconnu coupable sont d’une gravité plus qu’extrême, mais aussi parce que le rôle de Nacer Bendrer est différent de celui de Mehdi Nemmouche, qui était lui l’instigateur et l’exécuteur de l’attentat. Nacer Bendrer n’était “que” celui qui a apporté une aide, même si celle-ci était indispensable. Cette différence doit donc se traduire dans les peines”.

Il rappelle toutefois qu’il faut accorder une circonstance atténuante à Nacer Bendrer pour éventuellement réduire sa peine. “Mais j’ai beau cherché, je ne vois pas dans le dossier ce que Nacer Bendrer pourrait faire jouer en sa faveur”, estime l’avocat général.

11h53 – L’audience reprend

L’avocat général Yves Moreau va pouvoir reprendre son réquisitoire et va donc se pencher sur Nacer Bendrer. Reconnu comme co-auteur de l’attentat du Musée juif, il risque également la perpétuité.

11h32 – Audience suspendue

L’audience est suspendue, l’avocat général reprendra ensuite son réquisitoire sur la peine de Nacer Bendrer.

11h30 – Réclusion à perpétuité pour Mehdi Nemmouche

“Il est inconcevable que vous envisagiez une seule circonstance atténuante à Mehdi Nemmouche, aussi petite soit-elle”, estime l’avocat général. “Ce qu’on vous demande, c’est de condamner Mehdi Nemmouche à la réclusion à perpétuité. (…) Nous voulons simplement que justice soit rendue et que la société soit protégée. (…) Si vous ne condamnez pas Nemmouche à la perpétuité dans cette affaire, alors on ne condamnera plus à perpétuité en Belgique”.

11h26 – Phrases

Le procureur estime que la défense risque d’utiliser une autre phrase pour plaider une circonstance atténuante à l’encontre de Mehdi Nemmouche. “La grand-mère de Mehdi Nemmouche affirme qu’elle a le sentiment que son petit-fils a honte”, dit-il. “Mais ne vous laissez pas berner. Durant toutes ses auditions et durant ce procès, Mehdi Nemmouche est à des années-lumières d’une once de regret ou de honte. (…) Et pourquoi aurait-on honte alors qu’on estime être piégé ?”

L’avocat général estime également que la dernière phrase de Mehdi Nemmouche au jury est “de la pure démagogie” : “Si c’était à refaire, je changerais tout. Il pouvait déjà tout changer”. “Si Mehdi Nemmouche avait honte ou un regret, il aurait plaidé la culpabilité et aurait demandé pardon depuis bien longtemps aux proches des victimes”, affirme-t-il.

11h13 – Enfance de Nemmouche

Le procureur “anticipe” les arguments de la défense de Mehdi Nemmouche et estime que l’avocat de l’accusé va évoquer son enfance. “On ne souhaite à aucun enfant du monde d’être un enfant placé. Mais Mehdi Nemmouche n’était pas un enfant privé d’amour : il vivait dans une famille d’accueil, il voyait sa grand-mère tous les week-ends et voyait aussi ses oncles et tantes très régulièrement. À 16 ans, il est même retourné chez sa mère et ses tantes”, explique-t-il. Dans le box des accusés, Mehdi Nemmouche souffle.

“Une enfance malheureuse lui donnerait-il plus de droits de réaliser un attentat terroriste ?”, lance le procureur. “On n’hésite pas à noircir le tableau de la jeunesse de Mehdi Nemmouche, pour vous amadouer”. L’avocat général estime que l’histoire de coups de ceinture du père d’accueil sur Mehdi Nemmouche lors de ses jeunes années, sortie par la défense, “c’est du flan. (…) L’histoire n’est jamais apparue dans le dossier. Mehdi Nemmouche n’en a jamais parlé”.

11h09 – “Dangereux”

L’avocat général rappelle encore que Mehdi Nemmouche est l’un des seuls “en dix ans de cour d’assises” qui n’a pas souhaité passer par une expertise psychiatrique. “Il m’a tout l’air d’un psychopathe. Je pense que Mehdi Nemmouche est clairement de ce registre-là”, clame-t-il. “Je ne veux pas vivre avec, au-dessus de la tête, l’idée que cet homme peut encore faire des victimes”.

Il affirme ensuite qu’il aurait “fait les choses différemment” s’il avait été l’avocat de Mehdi Nemmouche. “J’aurais tout de suite plaidé coupable. (…) Mais ses avocats ont essayé de vous faire avaler n’importe quoi. Et ils vont tenter aujourd’hui de vous influencer comme de braves toutous”, lâche-t-il.

11h04 – Récidive ?

L’avocat général estime que Mehdi Nemmouche “ne mérite pas de circonstance atténuante”. Et il demande au jury de réfléchir également au risque de récidive de Mehdi Nemmouche. Il répète ensuite les termes d’une vidéo de revendication : “‘Pour Allah jusqu’à la mort, pas de trêve, pas de réconciliation’. Cela veut dire que Mehdi Nemmouche n’arrêtera pas son combat meurtrier avant de mourir. Cela veut dire que s’il sort de prison un jour, il repartira en croisade ! La seule chose qu’il ne fera sans doute plus, c’est de prendre le bus avec les armes”, ironise-t-il. Il répète ensuite les actes et déclarations de Mehdi Nemmouche.

10h59 – “Oui, Mr Nemmouche, vous êtes un lâche”

L’avocat général répète au jury de penser aux victimes au moment de débattre de la peine de Mehdi Nemmouche. “Vous imaginez ces proches de victimes lire que Mehdi Nemmouche avait des circonstances atténuantes ? Pour moi, ce serait juste indécent”, lance-t-il. “Vous avez une obligation morale auprès de la société : vous devrez tenir compte de la lâcheté de cet accusé. Il ne doit pas apprécier ce terme mais je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi lâche. Oui, Mr Nemmouche, vous êtes un lâche. Vous tuez des personnes de dos, vous tuez une personne âgée à l’arme de guerre. Vous saviez que vous ne preniez aucun risque. Et vous n’êtes même pas capable de prendre vos responsabilités. Vous vous gaussez juste de vos DAS.”

L’avocat général parle également de la froideur de Mehdi Nemmouche. Il évoque également ses silences durant ce procès et devant les enquêteurs. “Dans l’après-midi, il exécute de sang-froid quatre personnes. Et dans la soirée, il pense à vendre sa Playstation et sa GoPro”, clame Yves Moreau. “Et il fait de l’humour quand il est arrêté à Marseille. Et son attitude dans ce procès témoigne de son absence de remords. C’est juste de la provocation”.

10h53 – “Le plus grave”

Le procureur se demande si Mehdi Nemmouche mérite ou non des circonstances atténuantes. “Si vous répondez “non”, la peine sera automatiquement la réclusion à perpétuité”, dit l’avocat général. “Si vous répondez “oui”, il faudra faire un choix entre une peine de 3 à 35 ans. Vous voyez donc l’importance de la question et de la réponse. Et en terme de symbole, la différence entre 35 ans de prison et la perpétuité est énorme. Même si les peines se ressemblent”.

“Avec mon collègue, nous nous sommes aussi posés cette question. Mais il faut parfois se dire qu’on a atteint le plus grave. Et qu’il y a une réelle nécessité de protéger notre société. S’agissant de Mehdi Nemmouche, je pense qu’on a atteint l’extrême de l’extrême. (…) Il a tué froidement, gratuitement quatre êtres humains”. Il le répète encore, plus fort encore. “Je dirais même quatre innocents. (…) Ils avaient tous le droit de vivre et Mehdi Nemmouche le leur a enlevé égoïstement”.

“Je crois qu’avec ça, tout est déjà dit en terme de circonstance atténuante”, lâche Yves Moreau. “Si quatre morts à caractère terroriste méritent encore à se voir reconnaître une circonstance atténuante, jusqu’à combien de mort faut-il aller pour ne plus en mériter ? Personne ne comprendrait que vous accordiez une seule circonstance atténuante à Mehdi Nemmouche. La faute est grave et totalement impardonnable. En outre, Mehdi Nemmouche savait que son acte pouvait faire encore plus de victimes”.

10h45 – La vie en prison

Le procureur fédéral explique que tous les avocats de la défense parlent souvent de “conditions inhumaines” en prison. “Je ne vais pas les démentir sur ce point : je ne voudrais évidemment pas vivre un jour en prison, que ce soit en régime de haute sécurité ou en régime normal. Mais il faut se rendre compte que si les accusés sont en prison, c’est uniquement parce que ce sont eux et eux seuls qui ont décidé de commettre les actes qui les ont menés en prison. Et dans ce dossier, leurs actes ont mené à la mort de quatre personnes qui n’ont rien demandé. Il ne faut pas perdre cet aspect des choses”, explique-t-il.

“Je suis aussi d’accord qu’un accusé en prison, c’est tout un entourage qui vacille. Mais encore une fois, à qui la faute ?”, lâche-t-il. “Je vous rappellerais que deux jeunes filles attendent leurs parents, et qu’une maman attend son fils”, dit-il en référence aux filles du couple Riva et à la mère d’Alexandre Strens. “Et pour eux, c’est une attente sans retour et sans parloir”.

10h42 – Détention préventive

L’avocat général rappelle que Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer ont fait de la détention préventive entre leur arrestation et ce procès. Mehdi Nemmouche a fait environ 4 ans et 9 mois de détention préventive, alors que Nacer Bendrer a fait un peu plus de 2 ans de détention préventive. “Soit autant d’années et de mois qu’ils n’ont plus à faire”, explique Yves Moreau.

10h39 – Libération conditionnelle

L’avocat général rappelle que les deux accusés peuvent un jour sortir de prison même s’ils sont condamnés à la perpétuité. “Un condamné peut toujours se dire qu’il peut sortir de prison avant la fin de sa peine ou son dernier jour de vie”, dit-il. “C’est ce qu’on appelle la libération conditionnelle. (…) S’ils sont condamnés à une peine de moins de 30 ans, ils peuvent avoir une libération conditionnelle au bout du premier tiers de leur peine. S’ils sont condamnés à 30 ans de prison ou plus, ils devront purger au moins 15 ans avant de faire une demande de libération conditionnelle. Mais cela ne veut pas dire que tous les accusés en profitent. Car en pratique, entre le moment où les accusés ouvrent un dossier et celui où les accusés profitent d’une libération conditionnelle, il peut y avoir d’un à cinq ans d’écart…”

10h34 – Appréciation du juge

L’avocat général peut retenir ce qu’il veut comme circonstances atténuantes, car ces circonstances ne sont pas clairement exprimées dans le code pénal. “L’enfance malheureuse d’un accusé peut être une circonstance atténuante. Ou même que l’accusé est un bon travailleur. Ou qu’il a collaboré à l’enquête. Le juge prend ce qu’il a envie et fait ce qu’il veut à ce sujet. S’il veut en retenir, il en retient. Ou non”, explique-t-il.

Il confirme également qu’un juge est dans l’obligation de descendre la peine s’il attribue une circonstance atténuante. Mais c’est une nouvelle fois le juge qui évalue comment descendre la peine selon ces circonstances. “Il n’y a toutefois pas d’échelle graduelle”, dit-il.

Les décisions devront être prises à la majorité absolue au sein du jury (donc 8 personnes au moins sur les 15 jurés effectifs).

10h30 – Circonstances atténuantes

L’avocat général rappelle également que le juge peut donner une peine moins lourde que ce que le code pénal prévoit. “Il peut descendre dans l’échelle des peines quand il y a des circonstances atténuantes qui peuvent être retenues dans le chef des accusés”, explique Yves Moreau. S’il n’y a pas de circonstance atténuante, l’accusé sera d’office condamné à la peine la plus lourde.

Dans ce dossier-ci, “l’échelon inférieur à la réclusion à la perpétuité, c’est la réclusion de 20 à 35 ans”. Cela peut ensuite descendre jusqu’à une peine de trois ans pour de tels faits, selon les circonstances atténuantes. “Le juge peut donc faire le très grand écart entre la perpétuité et… trois ans. Tout ça parce qu’une affaire n’est pas l’autre, et un assassin n’est pas l’autre”.

10h26 – Deux observations

L’avocat général tient toutefois à ajouter deux observations :

– Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer ne sont condamnés qu’une seule fois pour ces quatre assassinats terroristes, et non quatre fois.
– Selon le code pénal belge, l’assassin de droit commun et l’assassin terroriste sont à égalité sur le plan de la peine : la réclusion à perpétuité est la peine qu’encourt une personne reconnue coupable d’assassinat de droit commun. “Vous allez me dire que ce n’est pas normal. Et bien, je vous répondrais que vous avez entièrement raison. Car le code pénal dit bien que l’assassinat à caractère terroriste est plus grave ! Mais il faut être réaliste : quand on a atteint le plafond, on ne peut pas aller plus haut. Et la perpétuité est le plafond en matière de peine”, rappelle-t-il. Il explique que l’assassinat de droit commun est présent dans le code pénal depuis près de 150 ans, alors que l’infraction à caractère terroriste a été ajoutée en 2003.

10h21 – Réclusion à perpétuité

L’avocat général rappelle que les deux accusés n’encourent rien concernant les infractions sur les armes, car seule la peine la plus sévère est considérée dans le cadre de plusieurs infractions sur une même personne. Ici, la peine la plus sévère concernera donc les assassinats terroristes. Et pour ces faits, et vu que Nacer Bendrer est considéré comme co-auteur de ces faits, Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer encourent, selon le code pénal, la réclusion à perpétuité. “Ils sont punissables de la prison à vie”, traduit Yves Moreau. “Il s’agit de la peine la plus lourde en Belgique”.

10h16 – “Effet dissuasif”

“La peine doit avoir un effet dissuasif”, ajoute l’avocat général. “Les avocats critiquent souvent l’exemplarité de la peine. Et je ne leur donne pas entièrement tort. Car quand je vois certains pays où la peine de mort est toujours d’application, je remarque qu’il y a encore des crimes graves. Mais si on ne donnait plus qu’une petite peine pour quelqu’un qui vole des pommes, on volerait bien plus de pommes”, imagine-t-il.

Il reprend cet exemple pour se lancer sur l’acte terroriste à lui-même. “Si vous dites qu’en Belgique, on peut être un terroriste et ne pas être condamné sévèrement, il ne faut pas être étonné de voir débarquer des gens avec des armes de guerre et des bombes dans leur valise”, lance Yves Moreau. Il estime également que la peine, dans ce dossier-ci, “a une fonction de protection pour la société”. “Donc oui, je vous le dis haut et fort, quand le juge fixe la peine, il doit évaluer la dangerosité des personnes qu’il condamne, et au regard de l’ensemble du dossier. Au travers des faits et au travers des personnalités des personnes qu’il juge”.

10h11 – Qu’est-ce qu’une peine ?

“Aujourd’hui, il va falloir prononcer une peine à l’encontre des personnes qui ont donné la mort à ces quatre victimes“, explique l’avocat général. “Vous êtes quinze personnes, à pouvoir égal, pour une peine”.

“Avant de fixer une peine, il faut d’abord se demander ce qu’est une peine et quelle est sa finalité. La peine ne peut être une vengeance de qui que ce soit envers qui que ce soit. La vengeance est une notion qui n’a pas sa place dans une enceinte judiciaire. C’est juste une réponse de la société à un mal qui a été fait. La peine doit sanctionner, c’est en effet une punition, osons le terme. Mais outre punir, la peine a une fonction symbolique. Elle traduit symboliquement la gravité de la faute de celui ou de ceux qui ont violé les règles de société”, confirme-t-il.

10h07 – “Un débat du cœur”

“On dit souvent que ce débat sur les peines est un débat du cœur, après le débat sur le verdict qui est celui de la raison. (…) Mais n’oubliez pas que les quatre victimes avaient aussi un cœur, et un cœur énorme si j’en crois les témoignages durant ce procès”, explique encore Yves Moreau. Il revient ensuite sur les victimes, et en fait des portraits très sentimentaux.

10h04 – “Difficile”

Les procureurs expliquent au jury que d’habitude, “si les jurés suivent l’accusation sur le jugement, ils suivent plutôt la défense sur les peines”. “Nous espérons que vous ne cherchez pas à faire plaisir à qui que ce soit” concernant ces peines, demande l’avocat général.

“Nous sommes conscients que cela peut être difficile d’envoyer un être humain pour de longues années en prison. Mais nous souhaitons que vous terminiez votre travail, en suivant une logique. Ce que vous avez décidé ce jeudi ne peut être conjugué avec des peines clémentes aujourd’hui. Personne ne pourrait le comprendre : ni moi, ni les proches des victimes, ni la société, ni même vous-mêmes”, lâche l’avocat général.

10h01 – Place au réquisitoire

Les procureurs fédéraux vont désormais faire part de leurs réquisitions par rapport aux peines de Nacer Bendrer et de Mehdi Nemmouche. “Votre jury a surtout dit que Mehdi Nemmouche était coupable  d’assassinats réalisés dans un contexte terroriste. On est tous bien conscient que ce sont des infractions d’une gravité hors-normes”, explique l’avocat général. “Vous avez également décidé de juger Nacer Bendrer comme co-auteur de ces assassinats. (…) Ils ne sont désormais plus présumés innocents. Ce sont eux les responsables de la tuerie du Musée juif de Belgique, le 24 mai 2014”.

9h56 – L’audience démarre

Me Courtoy, avocat de Mehdi Nemmouche, est enfin arrivé. L’audience à la cour d’assises de Bruxelles peut reprendre. Les accusés rentrent dans leur box : Mehdi Nemmouche s’est rasé pour la première fois dans ce procès. Nacer Bendrer, pour sa part, semble toujours touché par le récent verdict.

9h40 – L’avocat de Nacer Bendrer s’exprime

“Nous sommes déçus, il y a de quoi être déçu”, a admis Me Vanderbeck, avocat de Nacer Bendrer, peu avant le début de l’audience, à l’agence Belga. “Le verdict ne correspond pas à ce qui a été entendu lors du procès. C’est manifestement un exemple, un message envoyé au monde. (…) C’est un échec.” Lundi sera consacré au débat sur la peine et selon Me Vanderbeck, “il y a un paquet de circonstances atténuantes” pour son client. En tant que co-auteur, il risque la même peine que celui qui a été reconnu comme auteur de l’attentat, Mehdi Nemmouche, soit la perpétuité. “Tout le monde sait que M. Bendrer n’était pas sur place, qu’il n’a pas tiré, qu’il n’a pas préparé ce projet.” Son client, reconnu comme co-auteur pour avoir fourni les armes qui ont servi à la tuerie du Musée juif en mai 2014, est “effondré. On lui reproche d’être un terroriste et un terroriste reste un terroriste toute sa vie. Il a du mal à l’accepter”, a-t-il conclu.

9h05 – En attente

L’audience devait reprendre à 9h00 mais comme à l’accoutumée, il y a un peu de retard en ce début de matinée. Tous les avocats doivent en effet être présents à la cour d’assises de Bruxelles avant que la présidente puisse annoncer la reprise de la séance.

Grégory Ienco, avec Camille Tang Quynh et Belga – Photos : Belga