Jusqu’où faut-il aller dans la démocratie locale ? “La démocratie, c’est le pouvoir du peuple, par le peuple”
Comment organiser la participation citoyenne et jusqu’où peut-elle aller lorsque cela concerne les projets de réaménagement ? Gudrun Willems, échevine de l’Espace public à Schaerbeek, et Benoît de Bellefroid, membre de Démocratie XXL, en débattent dans Bonsoir Bruxelles, ce mercredi.
De plus en plus de communes bruxelloises expérimentent de nouvelles formes de démocratie locale pour transformer leur quartier. À Schaerbeek, le projet de réaménagement de l’avenue Louis Bertrand est remis sur la table après les critiques des habitants. À Forest, un “préférendum” doit permettre aux citoyens de participer directement au choix du futur aménagement de la place de l’Altitude 100.
À Schaerbeek, le projet de l’avenue Louis Bertrand remis en question
Construite il y a 120 ans comme une promenade verte reliant la chaussée d’Haecht au parc Josaphat, l’avenue Louis Bertrand, à Schaerbeek, ne répond plus aux exigences urbanistiques actuelles. Infrastructures vieillissantes, accessibilité et sécurité routière problématiques, espaces verts à revaloriser : la commune souhaite rénover cette artère tout en préservant son patrimoine. Le projet est sur la table depuis une dizaine d’années et un permis d’urbanisme a finalement été délivré en 2023. Mais certains aspects du projet, notamment l’abattage de plusieurs arbres, ont suscité de vives critiques chez les habitants.
Face à ces réactions, le collège communal a décidé de revoir sa copie et de prendre le temps de consulter les citoyens. “Le collège reste attaché aux objectifs initiaux du plan de réaménagement. Mais dans le projet initial, on avait prévu de remplacer les platanes par des espèces plus résilientes au climat. Cela a crispé les citoyens. Ils nous interpellent et donc, on se donne le temps du débat “, explique Gudrun Willems, échevine de l’Espace public à Schaerbeek.
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La commune entend désormais confronter le projet aux arguments des habitants et des experts. “J’ai demandé au collège de mettre le projet sur pause et de faire un panel avec des citoyens et des experts. On présentera les plans avec tous les objectifs et on va essayer de les challenger pour voir s’il y a moyen de garder les platanes, de voir s’il existe des alternatives possibles“, précise l’échevine. L’objectif n’est donc pas nécessairement de remettre entièrement le projet à zéro, mais d’évaluer les différentes options avant de prendre une décision. “À Schaerbeek, on ne va pas organiser un référendum. On veut challenger le projet qui est sur la table. On veut écouter tous les arguments possibles des citoyens pour voir quelles sont les alternatives prévues pour préserver les platanes. On va peser tous les arguments, réévaluer tous les aspects arborés du projet et, après ce processus, les décisions seront prises “, poursuit Gudrun Willems.
À Forest, le ” préférendum ” pour donner davantage de poids aux citoyens
À quelques kilomètres de là, Forest expérimente une autre manière d’associer les habitants aux décisions communales avec le “préférendum”. Le principe est simple, plutôt que de simplement répondre oui ou non à un projet, les citoyens sont invités à classer plusieurs propositions par ordre de préférence. Pour préparer cette consultation autour de l’avenir de la place de l’Altitude 100, 3.000 lettres ont été envoyées à des habitants tirés au sort. Parmi eux, 24 citoyens seront ensuite sélectionnés pour participer à une assemblée. Ils pourront s’informer, échanger avec des experts, confronter leurs points de vue et délibérer afin de faire émerger des propositions concrètes. Les Forestois seront ensuite invités à se prononcer sur ces différentes propositions.
Pour Benoît de Bellefroid, membre de Démocratie XXL, c’est précisément cette combinaison entre délibération citoyenne et choix final qui fait l’originalité du dispositif. “C’est ça qui est innovant dans le processus et c’est ce qui a intéressé le collège de Forest : faire travailler le citoyen au sein d’une assemblée pour préparer le terrain, c’est nouveau. Structurer cela avec, pour objectif, de donner le choix aux citoyens pour les résultats finaux “, explique-t-il. Selon lui, ce type de dispositif peut également contribuer à restaurer la confiance entre citoyens et pouvoirs publics. “Ça permet de rétablir une vraie confiance avec la commune “, estime Benoît de Bellefroid.
De la consultation à la décision
Derrière ces deux expériences, une même question se pose : quelle place donner aux citoyens dans les décisions qui concernent directement leur quartier ?
Pour Benoît de Bellefroid, la démocratie ne peut pas se limiter au moment du vote. “La démocratie, c’est le pouvoir du peuple, par le peuple. Il faut que la voix des citoyens soit écoutée, pas uniquement au moment du vote. En préparant bien le terrain, en se donnant le temps, la voix du citoyen est mieux perçue. Les citoyens sont les experts de leur vie, ils savent ce qu’ils veulent. Il faut juste les écouter “, défend-il.
Mais à Schaerbeek, la participation citoyenne ne signifie pas que les habitants auront le dernier mot. La consultation doit avant tout permettre d’éclairer la décision politique.