Un “système mafieux” au CPAS d’Anderlecht ? “Tout ce qui est excessif est insignifiant”

Pour la première fois, le bourgmestre Fabrice Cumps (PS) a été entendu au cours d’une réunion du groupe de travail constitué à la Chambre sur le dossier du CPAS d’Anderlecht. Il est notamment revenu sur la charge financière portée par les citoyens anderlechtois et sur les risques liés aux mesures voulues par le gouvernement fédéral.

Monsieur le président, vous avez dit qu’enfin, nous nous rencontrons. Je voudrais préciser que j’ai répondu à la première invitation qui m’a été adressée.” Fabrice Cumps, bourgmestre d’Anderlecht, a répondu aux questions des parlementaires devant le groupe de travail constitué à la Chambre concernant le CPAS de sa commune. Le groupe de travail, présidé par Denis Ducarme, a entamé une nouvelle série d’auditions, après les soixante heures déjà consacrées par la commission des Affaires sociales aux dysfonctionnements allégués dans ce CPAS.

Visiblement en colère, Fabrice Cumps n’a pas mâché ses mots. Il “comprend les citoyens heurtés par la vidéo de la VRT“. Il indique avoir lui-même ressenti une “immense déception pour l’image que renvoyait le CPAS“.

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Dans la vidéo, deux éléments étaient mis en avant : le dysfonctionnement du CPAS et le clientélisme de l’ancien président. “Le problème, c’est qu’on mélange ces deux phases“, déplore le bourgmestre. “Je ne nie pas qu’il y ait des dysfonctionnements“, poursuit-il, “ces dysfonctionnements ne s’excusent pas, mais ils s’expliquent“.

Selon Fabrice Cumps, une des explications concerne la charge de la solidarité “qui pèse sur les communes les plus pauvres“. Le bourgmestre a notamment évoqué les centimes additionnels qui sont “beaucoup plus élevés à Anderlecht que dans les communes riches” alors que sa commune est la troisième commune la plus pauvre du pays. “Les habitants parmi les plus pauvres doivent payer le plus d’impôts“, déplore Fabrice Cumps. “Nous ne savons plus suivre, nos équipes ne savent plus suivre. Le nombre de dossiers est gigantesque et ne permet pas d’avoir un travail social de qualité.”

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Le fédéral mis en cause

Le bourgmestre d’Anderlecht a ensuite chargé le fédéral : “Les mesures mises sur la table au niveau fédéral vont faire encore plus exploser la situation“. Le socialiste a confié son inquiétude devant la future limitation dans le temps des allocations de chômage, qui poussera encore plus de gens vers les CPAS. “On va demander aux CPAS de réussir une mission que les services de remise à l’emploi n’ont pas été capables de faire. C’est hallucinant.” Une remarque qui n’a pas manqué de faire réagir Denis Ducarme (MR) : “Vous êtes venu pour dérouler votre discours anti-Arizona, mais, quand on a de telles casseroles, il faut du culot pour faire la leçon à un gouvernement qui a à peine deux mois“.

Je vous parle de fraude avérée

Durant sa prise de parole, le président du groupe de travail avait d’ailleurs dressé le tableau de la situation. Il a notamment évoqué la peur des assistants sociaux. “Vous êtes le chef du personnel du CPAS“, a-t-il rappelé à Fabrice Cumps. “C’est votre personnel qui a peur.” Il n’a pas hésité à rappeler les reproches adressés à l’encontre du CPAS : “Je ne parle plus de suspicion de fraude, je parle de fraude averée.” Denis Ducarme a dit espérer que le bourgmestre ne soit pas venu dans le but de dire qu’il n’y a pas de problèmes au CPAS.

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Un tableau qui n’a pas plu à Fabrice Cumps : “Monsieur le président, vous avez parlé de ‘système mafieux’… avec tout le respect que j’ai pour votre fonction, je voudrais dire que tout ce qui est excessif est insignifiant“.

Fabrice Cumps a ensuite annoncé qu’Anderlecht sera la première des 19 communes à faire l’objet de l’audit commun.

E.V. – Photos : Belga

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01 avril 2025 - 15h31
Modifié le 02 avril 2025 - 13h40