Schaerbeek ne verra-t-il bientôt plus la rue en rose ? La difficile préservation des cerisiers du Japon
Depuis quelques jours, les cerisiers du Japon fleurissent dans les rues de Bruxelles, pour le plus grand bonheur des passants. Mais derrière ces pétales roses se cachent aussi plusieurs problèmes de sécurité de voirie, de risques de maladies et de mortalité pour ces arbres vieillissants peu adaptés à la ville et aux impacts du changement climatique. Des problèmes que la commune tente tant bien que mal d’endiguer.
Les cerisiers du Japon vont-ils disparaître des rues de Schaerbeek ? La question a largement fait réagir depuis la diffusion de notre reportage ce mardi. Un agent du service des Espaces verts de la commune y fait état de nombreux problèmes provoqués par le développement de ces arbres en voirie, dont leur faible résistance aux sécheresses, la difficile gestion de leur taille, leur enracinement qui abîme les trottoirs ainsi que leur faible apport en terme de biodiversité. “On essaie de préserver au maximum ceux qui existent, mais le but est de les remplacer par des arbres qui sont plus adaptés“, ajoute ce gestionnaire du patrimoine arboré schaerbeekois.
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Suite à ces propos, l’échevine de la Propreté publique et des Espaces verts Deborah Lorenzino a tenu à réagir par voie de communiqué ce mercredi, assurant qu’ils “ne correspondent en rien à la ligne politique défendue par le Collège des Bourgmestre et Echevins de Schaerbeek” et que la commune “met tout en œuvre pour préserver ce patrimoine arboré cher aux Schaerbeekois“.
Contactée, l’échevine rappelle que les aménagements de voiries de ces dernières années dans la commune ont précisément pris en compte les spécificités de ces arbres afin de les préserver. “Sur l’Avenue du Diamant et l’Avenue Emile Max par exemple, les trottoirs ont été refaits tout en y intégrant des parterres plus larges pour pouvoir absorber les racines de ces arbres.” Même si cette espèce demande un coût supplémentaire d’entretien et d’aménagement des voiries, celui-ci est minime et ne rentre pas en compte dans les calculs budgétaires de la commune pour savoir s’il faut ou non les préserver, assure l’échevine.
Une réunion a été organisée ce mercredi matin entre l’échevine et le service communal des Espaces verts “dans le but de garantir la cohérence et la clarté des prises de position futures“. Le service avait en effet pris l’initiative de ne plus replanter de tels arbres en remplacement des individus morts ou malades ce qui, selon l’échevine, n’a jamais été avalisé par le Collège des Bourgmestre et Echevins. Cette dernière a donc demandé lors de cette réunion la réalisation d’une note visant à définir une stratégie de remplacement de ces arbres dans les années à venir.
Diversifier les essences
Ce malentendu entre la commune et son service des Espaces verts rappelle en tout cas une réalité : les cerisiers du Japon ne sont pas une espèce adaptée au climat et aux infrastructures de la capitale belge. Et le problème n’est pas neuf. En avril 2024 déjà, l’échevine schaerbeekoise des Espaces verts déclarait : “Nos jardiniers et paysagistes ne recommandent plus la plantation d’une même essence. Nous essayons d’alterner au moins deux voire trois essences différentes. Cela permet de favoriser la biodiversité, d’étaler la floraison dans le temps tout au long des saisons printemps-été et de limiter au maximum la propagation de certaines maladies.”
Du côté de Natagora, on insiste également sur la nécessité d’infrastructures adaptées. “Il est important que ces arbres puissent bénéficier de suffisamment d’espaces et d’apport d’eau naturel via les systèmes d’irrigation, ce qui est rarement le cas en ville“, pointe Lionel Delvaux, directeur politique et plaidoyer de l’association de protection de l’environnement active en Wallonie et à Bruxelles. Et ce, pour atteindre un objectif central : permettre aux arbres de se développer au maximum pour jouer leur rôle de capteur de CO2 et lutter contre les ilots de chaleur en milieu urbain.
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V.d.T. – Photo : V.d.T.