Rejet du moratoire sur neuf friches : leur avenir est incertain
Lors du conclave, un accord aurait été trouvé autour des friches urbaines. Et cela alors que lundi, le Parlement bruxellois a rejeté, en commission, la proposition d’Ecolo d’un moratoire sur neuf d’entre elles. Ces friches pourraient donc devenir constructibles.
Bruno de Boeck est un peu le gardien du sanctuaire de la friche Josaphat. Deux jours après que le texte instaurant un moratoire provisoire des constructions sur ces terrains à haute valeur biologique ait été recalé au Parlement, le cofondateur du collectif “Sauvons la friche Josaphat” est déçu, évidemment, mais pas abattu : “On espère toujours un petit peu, mais on ne s’attendait pas à des miracles. Moi, ce que je constate, c’est que déjà que la Commission (du développement territorial, ndlr) est très divisée et que le débat va revenir en séance plénière.”
La friche Josaphat n’était pas le seul site naturel concerné par cette proposition d’ordonnance. Les zones stratégiques les plus importantes étaient ciblées. Un moratoire temporaire sur les permis y était prévu, le temps qu’un plan régional d’affectation du sol, tenant compte des enjeux climatiques et de biodiversité, soit adopté.
► Voir aussi | Moratoire sur neuf friches : la protection écologique bute sur le Parlement bruxellois
Un texte combattu par le secteur de la construction parce qu’il repoussait des projets déjà bien avancés et parce que, selon ses représentants, ces questions sont déjà prises en compte aujourd’hui. “Il y a un arsenal qui existe et qui est déjà à disposition“, insiste Laurent Schlitz, secrétaire général d’Embuild.brussels. “Alors oui, on peut peaufiner, on peut améliorer des outils existants. Non, il ne faut pas en rajouter des nouveaux et oui, il y en a qui sont déjà suffisants. Même s’ils n’existent pas encore totalement par rapport à certains sujets très spécifiques comme la biodiversité, elle est quand même prise en compte. Parce que comme je vous le disais, il y a 900 pages qui ont été réalisées rien que sur la biodiversité dans une étude d’incidence pour le projet. Donc oui, ça existe déjà, et il y a largement suffisamment pour avoir des projets qui n’opposent pas la construction et l’environnement.”
En attendant le jugement qui instaure un moratoire sur l’urbanisation de tous les sites de plus d’un demi hectare reste, lui, d’application jusqu’à la fin de l’année.
► Lire aussi | Bruxelles: le secteur immobilier met en garde contre la sanctuarisation de 9 friches
Les collectifs qui militent pour la sauvegarde des friches affirment que leur combat est loin d’être terminé. “Je pense qu’on convainc de plus en plus de monde“, se réjouit Bruno de Boeck. “Au départ, on n’avait qu’Ecolo, puis Groen et le MR nous a rejoints. De plus en plus de monde au sein des différents partis nous rejoint. Tout le monde n’est pas unanime, même chez Ecolo. Ça prend du temps. Et puis on voit aussi sur nos réseaux, on est plus de 8000 à avoir rejoint le groupe “Sauvons la Friche Josaphat” sur Facebook, nous comptons aussi plus de 20 000 signataires d’une pétition.”
Un dossier épineux qui devra faire l’objet d’un arbitrage lors du conclave, qui amènera peut-être à la mise en place du futur gouvernement bruxellois.
■ Reportage de Jean-Christophe Pesesse et Charles Carpreau