Rayan, 18 ans : nouveau visage de l’entrepreunariat de la jeunesse à Bruxelles
À peine son diplôme de secondaire en poche, Rayan El Majdoub développe déjà sa première véritable activité. Depuis Berchem-Sainte-Agathe, ce jeune autodidacte a lancé PermisPass, une plateforme destinée à accompagner les candidats au permis de conduire. En quelques mois, il affirme avoir dépassé 14 000 euros de chiffre d’affaires. Un démarrage rapide, nourri par plusieurs échecs, un job étudiant et une ambition d’être une référence belge de la préparation au permis.
La première commande tombe au début du mois de mai. Lorsque la notification apparaît, Rayan El Majdoub réalise que son projet vient de franchir une frontière. PermisPass n’est plus seulement un site construit sur son ordinateur. Une personne qu’il ne connaît pas vient de payer pour utiliser le service qu’il a imaginé.
“Quand j’ai vu qu’une personne avait commandé sur mon site, je me suis dit : “C’est réel, en fait.” La première commande, ça fait toujours un effet “, se souvient le jeune Bruxellois.
Quelques jours auparavant, Rayan finissait encore sa rhéto. À 18 ans, celui qui se décrit comme un élève moyen prépare désormais son entrée dans des études d’e-business. Et entre-temps, PermisPass a commencé à trouver son public.
Un problème rencontré au moment de passer son permis
L’idée naît de sa propre expérience de candidat. Au moment de préparer son permis, Rayan cherche des informations claires sur les centres d’examen, les routes à emprunter et les difficultés susceptibles de se présenter. Il trouve des contenus dispersés, parfois anciens ou contradictoires.
“Quand j’ai passé mon permis, c’était compliqué. Il n’y avait aucune référence. Je me suis dit que j’allais créer quelque chose qui regroupe tout, pour tout simplifier”, explique-t-il.
Rayan identifie surtout un décalage entre les besoins des candidats et les solutions disponibles. “Il y avait une demande de fou et il n’y avait pas l’offre adaptée à cette demande”, résume-t-il.
Le site est techniquement créé en mars 2026. Mais entre les cours, les examens CESS et les rattrapages, le jeune homme ne peut pas immédiatement s’y consacrer pleinement. Il situe donc le véritable lancement de PermisPass à la fin du mois d’avril.
“En début mai, je ne savais pas vraiment comment orienter le projet. C’était encore un peu flou parce qu’il n’y avait rien de vraiment fini “, raconte-t-il. Aujourd’hui encore, il refuse de présenter l’entrepreneuriat comme une progression facile. “Chaque jour est difficile”, indique-t-il.
Des itinéraires pour s’entraîner autour des centres d’examen
PermisPass propose des packs associés à différents centres d’examen. Les candidats y trouvent notamment des itinéraires d’entraînement et des conseils recueillis auprès de professionnels de la conduite.
L’objectif n’est pas de garantir le trajet exact de l’examen, mais de permettre aux utilisateurs de se familiariser avec les environs, les manœuvres et les difficultés locales.
“Les gens peuvent s’entraîner sur des itinéraires identiques ou proches de ceux de l’examen, pour se sentir à l’aise, être moins stressés et savoir à peu près où ils pourraient devoir faire leur demi-tour”, explique Rayan.
Le jeune entrepreneur cite notamment l’exemple du stop glissé. Le conducteur ralentit fortement, mais n’immobilise jamais complètement le véhicule. “Les gens s’arrêtent, mais pas à zéro kilomètre-heure. Ils roulent encore à un ou deux kilomètres-heure et là, c’est éliminatoire directement”, prévient-il.
Selon lui, ce type de détail échappe plus facilement aux candidats formés par un parent ou un proche. Sur son site internet, Rayan avance qu’entre 60 et 65 % des candidats choisissent la filière libre. Cette estimation n’a toutefois pas été vérifiée auprès des administrations compétentes et doit être présentée comme une indication fournie par le fondateur.
PermisPass ne prétend pas remplacer les moniteurs. “Les moniteurs, c’est tout un métier”, reconnaît-il. Sa plateforme entend plutôt transmettre une partie de leurs conseils aux personnes qui ne suivent pas une formation complète en auto-école.
Plusieurs semaines de boulot rien que pour Bruxelles
La création des deux premiers packs, pour les centres de Anderlecht et Schaerbeek-Evere, ont exigé un important travail de terrain. Rayan consulte des blogs, compare les informations disponibles et se déplace dans les environs des centres d’examen. “Au début, je me suis vraiment concentré sur Bruxelles et cela m’a pris énormément de temps”, déclare-t-il. Pour Bruxelles seulement, il estime avoir travaillé entre trois semaines et un mois.
Face au nombre important de centres répartis dans tout le pays, il comprend rapidement qu’il ne pourra pas tout documenter seul. Il contacte alors des auto-écoles avec une proposition simple : PermisPass les référence gratuitement et les moniteurs lui transmettent certains conseils donnés à leurs élèves. “En fait, c’est une relation donnant-donnant”, résume-t-il.
Le néerlandais constitue encore un obstacle. Au moment de l’entretien, deux centres flamands doivent toujours être ajoutés. “Le néerlandais et moi, on n’est pas de bons amis. Parler avec des moniteurs en néerlandais, c’est vraiment très difficile”, reconnaît-il en riant.
Plus de 14 000 euros généré, mais pas 14 000 euros en poche
Depuis la fin du mois d’avril, PermisPass aurait dépassé 14 000 euros de chiffre d’affaires, selon les données communiquées par son fondateur.
Le chiffre d’affaires ne représente ni le bénéfice de l’entreprise ni le revenu personnel de Rayan. Il faut encore en déduire la TVA, l’hébergement du site, les outils numériques, le développement des contenus, la publicité et les sommes réinvesties, etc… “Je paie des freelance pour m’aider”, avoue-t-il. Les frais liés à ces prestataires de services viennent s’ajouter à la longue liste de charges que doit payer Rayan pour maintenir son site internet en vie.
“PermisPass génère de l’argent, mais il y a tellement de frais que cela ne suffit pas actuellement. Du coup à côté, j’ai un job étudiant qui me permet aussi de financer ce projet”, explique-t-il.
Son lancement n’est donc pas l’histoire d’un jeune devenu riche en quelques semaines. C’est celle d’un étudiant qui fait circuler l’argent entre son emploi, les dépenses du site et de nouvelles fonctionnalités de ce dernier. Et le tout en préparant sa rentrée dans l’enseignement supérieur.
Google comme principal moteur de croissance
Le développement rapide de PermisPass repose en grande partie sur une compétence acquise avant son lancement : le référencement naturel, aussi appelé SEO. Cette méthode vise à faire apparaître un site parmi les premiers résultats lorsqu’un internaute effectue une recherche sur Google.
“C’est vraiment l’un de mes atouts principaux. Il y a des gens qui me disent qu’ils sont dans le secteur depuis dix ans. Moi, en trois mois, aujourd’hui, je suis dans le top 3 des résultats”, affirme Rayan.
Selon ses statistiques, environ 80 % du trafic de PermisPass provient de recherches organiques. Les internautes découvrent le site en recherchant des informations sur un centre d’examen ou sur la préparation du permis. Environ 20 % du trafic viendrait de Google Ads, la plateforme d’annonces payantes du moteur de recherche.
Ces proportions restent des données internes communiquées par l’entrepreneur, mais elles permettent de comprendre sa stratégie. Rayan dépend peu des réseaux sociaux et du démarchage direct. Il construit des pages destinées à répondre aux recherches déjà effectuées par les candidats.
Plus d’une dizaine de projets à seulement 18 ans
PermisPass n’est pas son premier essai. Rayan commence à coder vers l’âge de 16 ans. Il ne décrit pourtant pas le code comme une passion en soi. Il s’agit surtout d’un moyen de transformer ses idées en outils concrets au service des autres.
“coder je déteste ça. Ce n’est pas un plaisir que je prends. Je le fait juste pour créer des choses”, explique-t-il.
Son premier projet important s’appelle InfiniTech. La plateforme proposait aux internautes un questionnaire, puis leur recommandait du matériel informatique adapté.
“j’ai lancé énormément de projets. Plus d’une dizaine. Mais les principaux projets sur lesquels je me suis concentré pendant plusieurs mois, c’est Infinitech et Permipass”, indique-t-il. Les projets vont de la recommandation informatique à la création de sites à bas prix pour des boulangeries. Plusieurs de ces tentatives lui ont coûté du temps et de l’argent sans produire de résultat. “InfiniTech, c’était un projet qui me coûtait de l’argent et qui ne me ramenait rien. Je voulais juste développer un truc qui a de la valeur et une utilité auprès de la société”, indique-t-il.
“J’ai fait des choses en pensant que cela allait être incroyable, sans vraiment analyser ce qui se passait sur le marché “, admet-il. Cet apprentissage l’a conduit à modifier sa méthode : avant de développer longuement une idée, il cherche désormais à vérifier l’existence d’une demande.
Il refuse toutefois de transformer ces erreurs en regrets. “J’en fais tous les jours et c’est comme cela que j’apprends. Chaque erreur me permet d’avancer. Je vois tout positivement “, assure-t-il.
Quant à l’idée d’abandonner, la réponse tombe immédiatement. “Il ne faut jamais abandonner”, déclare-t-il.
Une réussite d’abord difficile à expliquer à ses proches
Au début, ses proches ne comprennent toujours pas ce que Rayan tente de construire. Le projet est numérique, développé seul et sans garantie de résultat immédiat. “La plupart des gens, au début, ne comprennent pas. Et quand ils voient qu’il y a des résultats comme cela, ils sont impressionnés”, explique-t-il.
Rayan ne met d’ailleurs pas son âge en avant lorsqu’il contacte des professionnels. Il préfère parler de la plateforme, de son audience et de ce qu’il peut apporter à ses interlocuteurs.“Quand je parle avec les personnes, je ne mets pas mon âge en avant. Elles ne savent pas forcément quel âge j’ai. Ce n’est pas un argument pour elles”, souligne-t-il.
Sa jeunesse peut surprendre, mais elle n’est pas le produit qu’il souhaite vendre. La légitimité doit, selon lui, venir des résultats.
La première commande comme première victoire
Interrogé sur sa plus grande fierté, Rayan hésite à isoler un moment précis. Chaque nouvelle commande lui confirme que le service répond à un besoin. Mais la première conserve une valeur particulière dans son cœur. “Quand j’ai vu qu’une personne avait commandé sur mon site, je me suis dit que c’était réel”, raconte-t-il.
Les messages reçus comptent également. D’après lui, les guides sont souvent consultés par les parents qui accompagnent leur enfant dans le cadre de la filière libre. “Ils nous disent que cela les rassure, que cela enlève une pression et que cela leur permet de faire un peu le moniteur pendant une journée”, relate-t-il. Ces témoignages donnent une dimension plus concrète à un projet jusque-là observé à travers des chiffres et des pages web.
“Cela fait vraiment plaisir de voir qu’il y a des humains derrière, qui viennent dire merci. Je ne suis pas une personne très sentimentale, mais là, cela touche”, confie-t-il.
Au service de la collectivité
Rayan présente aussi PermisPass comme une solution destinée aux candidats qui ne peuvent pas payer une formation complète en auto-école. Il cite des coûts pouvant atteindre 1 500 voire plus. Le montant variant selon le nombre d’heures, l’école et la formule choisie.“Le but, c’est d’accompagner ceux qui n’ont pas la chance et les moyens d’aller en auto-école”, insiste-t-il.
Cette promesse résume son positionnement. Il ne compte pas remplacer les moniteurs, mais réduire l’écart entre les candidats disposant d’un accompagnement professionnel complet et ceux qui apprennent avec leur entourage.
Elle implique aussi une responsabilité. Les itinéraires et conseils doivent être actualisés, clairement présentés et ne pas laisser croire qu’ils garantissent la réussite.
La référence numéro un en Belgique
Lorsqu’il se projette dans cinq ans, Rayan ne formule pas une ambition modeste. “L’objectif, c’est que PermisPass devienne la référence numéro un en Belgique “, déclare-t-il avec assurance.
Il ne se compare pourtant à aucun grand nom de la technologie. Interrogé sur ses modèles, il explique écouter les conseils de plusieurs entrepreneurs sans chercher à reproduire leur parcours. “Je ne m’inspire de personne. j’essaie de créer ma propre identité. Je pense que personne n’a la même vision que moi”, explique-t-il.
Il adresse un message aux autres jeunes Bruxellois qui souhaitent entreprendre mais qui sont emplis de doutes. “Je n’ai pas commencé avec de l’argent, je n’ai pas commencé avec des contacts et je n’ai pas commencé avec de l’expérience. Tout est une question de travail et de sacrifice. Si une personne est prête à travailler et à sacrifier des choses, il y aura des résultats, tant qu’elle n’abandonne pas”, déclare-t-il.
À 18 ans, Rayan n’a encore ni équipe permanente, ni longue expérience, ni certitude sur la trajectoire future de son entreprise. Il a en revanche connu ses premières commandes, plusieurs projets sans public et la satisfaction de voir une idée commencer à payer ses propres dépenses.
Après plus d’une dizaine de tentatives, le jeune Bruxellois semble avoir trouvé le projet qui répond enfin à une demande. Le permis reste pour ses utilisateurs une route jalonnée de panneaux, de manœuvres et d’incertitudes. Et par rapport aux objectifs qu’il s’est fixé, pour Rayan aussi, la destination semble encore loin.