“On raconte des histoires depuis 160 ans” : quel avenir pour la radio ?
La radio est-elle à un tournant de son histoire ? Entre la disparition progressive des récepteurs traditionnels dans certaines voitures, l’essor des podcasts et l’évolution des habitudes d’écoute, le secteur est confronté à de nombreux défis. Mais pour les acteurs du monde radiophonique, le média a encore de solides atouts pour traverser cette transformation. Invités dans Bonsoir Bruxelles, Eric Adelbrecht, administrateur délégué de maRadio.be, et Kim Beyns, CEO de NGroup, ont livré leur vision de l’avenir de la radio.
Premier constat : malgré l’essor du numérique, la voiture reste un espace central pour la radio. Si les auditeurs passent moins de temps à écouter la radio en voiture qu’à la maison ou au bureau, ce moment conserve une importance particulière, notamment pour les émissions matinales.
Or, cette habitude pourrait être bouleversée par l’évolution des tableaux de bord connectés. Certaines marques proposent désormais des véhicules où la radio n’est plus directement accessible. À la place, les conducteurs doivent passer par des applications à télécharger.
“La tendance est à enlever les puces hertziennes et à ne proposer que l’équivalent d’une tablette ou le miroir de votre téléphone”, explique Eric Adelbrecht. Pour lui, le risque n’est pas tant la disparition de la radio que la perte de simplicité. “Il faut qu’on préserve le plus possible ce réflexe et cette possibilité d’avoir en un geste la radio.”
Au-delà du confort d’utilisation, il rappelle aussi le rôle d’intérêt général du média. “C’est de l’information vérifiée, puisqu’on travaille avec des journalistes reconnus”, insiste-t-il, évoquant également l’utilité de la radio en situation de crise.
Une richesse de formats à préserver
L’autre défi concerne la diversité de l’offre radiophonique. Selon Kim Beyns, CEO de NGroup (qui détient notamment NRJ et Nostalgie), la Belgique francophone dispose aujourd’hui d’un paysage particulièrement varié. “Nous avons une richesse de paysages que les Flamands ont moins que nous”, estime-t-il. Radios jeunes, musicales, généralistes ou destinées à des publics plus âgés : “Chez NGroup, nous avons créé une radio pour les 60 ans et plus, Nostalgie+, donc il y a une belle diversité.”
Une diversité qui constitue l’une des forces du secteur face à la multiplication des contenus audio.
De la radio aux marques audio
Pour Kim Beyns, l’avenir passe par une transformation progressive du métier. “Assez rapidement dans les années à venir, on va évoluer de groupes radio vers des groupes audio et des marques audio.”
Autrement dit, les radios devront combiner diffusion en direct et contenus à la demande, notamment via les podcasts. “Il faudra avoir des personnalités à l’antenne, des rendez-vous forts pour attirer les personnes sur le produit linéaire, et à la fois toute une offre à la demande”, explique-t-il.
“On raconte des histoires depuis 160 ans”
Cette évolution ne signifie pas pour autant la disparition de la radio traditionnelle. “Le média radio va effectivement évoluer dans le monde de l’audio, mais ça va rester des histoires”, estime Eric Adelbrecht. Selon lui, les modes de diffusion changent, mais les fondamentaux demeurent. “Il y aura toujours des temps forts, des personnalités, c’est ce qui fait la force de la radio.”
Pour les acteurs du secteur, l’enjeu est donc moins de réinventer le contenu que d’adapter sa distribution aux nouveaux usages. Une certitude demeure : la radio de demain sera sans doute plus audio que jamais, mais elle continuera à miser sur ce qui fait son succès depuis des décennies : la proximité, les voix et les histoires.
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