“Mehdi Nemmouche s’est trahi lui-même”, selon Nicolas Henin

Deux anciens otage de Daesh en Syrie ont témoigné ce matin au procès de l’attentat du Musée juif. Ils affirment avoir formellement reconnu Mehdi Nemmouche comme leur geolier. Alors qu’ils racontaient leur détention, l’intéressé semblait amusé. Une attitude qui n’aide pas sa défense.

“En souriant pendant les témoignages, Mehdi Nemmouche s’est trahi lui-même”, a avancé à la sortie de l’audience Nicolas Henin, l’un des quatre journalistes français qui désignent l’intéressé comme leur geôlier lorsqu’ils étaient otages en Syrie. Son confrère Didier François et lui ont témoigné jeudi matin devant la cour d’assises de Bruxelles, qui juge Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer pour l’attentat au Musée juif de Belgique.

“Cela faisait plus de cinq ans que je n’avais plus vu Mehdi Nemmouche et il m’a semblé tel que je l’avais connu. A plusieurs reprises, nos regards se sont croisés et il a eu un petit regard, un petit air narquois, un petit air de défiance à mon encontre”, a déclaré Nicolas Henin, à la sortie de l’audience. “Ce que je retiens de particulier, c’est ce moment où il n’a pas pu réprimer son sourire quand on lui a raconté la façon dont il se présentait, dont il venait nous voir en disant ‘ah mon petit Didier! ‘ en s’adressant à Didier François. Et ça, ça l’a vraiment fait rigoler. Et à ce moment là, en fait, il s’est trahi lui-même. Et le visage qui est resté impassible depuis le début du procès, ce visage a parlé pour lui à mon sens”, a poursuivi le journaliste.

“Bon, pour nous, on avait évidemment aucun doute sur le fait que le Medhi Nemmouche qui a été arrêté, qui est actuellement accusé d’un attentat à Bruxelles, était bien le Abou Omar qu’on avait connu en Syrie comme notre geôlier et notre tortionnaire. Eh bien, à mon sens, il n’a plus besoin de parler, il a avoué avec ce sourire”, s’est exprimé Nicolas Henin.

“Une grosse partie de notre audition ce matin a été consacrée aux violences, aux actes de tortures auxquels nous avons tous été soumis, à des degrés divers mais tous. C’était sans doute la partie la plus forte pour les jurés, pour le tribunal”, a estimé le journaliste.

“Mehdi Nemmouche était mal à l’aise, fuyait notre regard et, à titre personnel, je dois dire que c’était particulièrement éprouvant pour moi en tant que victime d’avoir eu à raconter une fois encore ces violences sur lesquelles j’étais resté assez pudique juste après”, a confié l’ancien otage.

“Mehdi Nemmouche est un homme à la fois sadique, rempli de haine, en particulier de la haine contre les juifs mais aussi contre les chiites, et un homme très joueur. Il prenait un malin plaisir à venir jouer avec nous. C’est aussi un homme infiniment narcissique, qui se mettait en scène, qui mettait en scène son aventure djihadiste, qui mettait en scène son parcours en Syrie, et qui voulait s’assurer qu’on soit là, nous quatre journalistes français, pour raconter ensuite, pour contribuer à construire le personnage terroriste qu’il était en train de se créer”, a encore confié Nicolas Henin.

Le journaliste reconnaît aussi Mehdi Nemmouche dans le silence qu’il applique depuis le début de ce procès. “Un silence d’une méprisable lâcheté selon moi. La lâcheté était aussi un des traits de caractère particulier de l’Abou Omar que j’ai connu comme geôlier.” “Nous avons, Didier François et moi-même, reformulé à plusieurs reprises devant le tribunal, sous serment, notre conviction que Mehdi Nemmouche était bien l’Abou Omar que nous avons connu en Syrie”, a conclu l’ex-otage.

BELGA

Reportage de Camille Tang Quynh et Frédéric De Henau 

 

 

 

 

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07 février 2019 - 18h08
Modifié le 07 février 2019 - 18h08