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Les Bruxellois davantage touchés par le risque de burn-out: “La situation est préoccupante”

Près d’un salarié belge sur trois présente un risque accru ou très élevé de burn-out. Bruxelles se distingue particulièrement, avec 44 % des travailleurs concernés, contre 36 % en Wallonie et 28 % en Flandre. Une situation qui inquiète le ministre bruxellois de l’Emploi Laurent Hublet (Les Engagés).

Une nouvelle étude menée par UGent@Work auprès de 1.333 travailleurs belges met en évidence d’importantes différences de risque de burn-out selon les régions du pays. À Bruxelles, 44 % des salariés se trouvent dans la zone à risque. C’est 16 points de plus qu’en Flandre et 8 points de plus qu’en Wallonie. À l’échelle du pays, 31 % des travailleurs se situent dans cette zone à risque. Parmi eux, 17 % présentent un risque accru et 14 % un risque très élevé, selon l’outil d’évaluation du burn-out utilisé dans l’étude.

Interrogé sur ces chiffres, le ministre bruxellois de l’Emploi Laurent Hublet (Les Engagés) estime que le constat doit pousser à agir. “La situation est très préoccupante, quatre personnes sur dix en danger de burn-out, ça montre bien que nous sommes tous concernés par cette problématique. Ça peut nous arriver à chacun et à chacune”, réagit-il au micro de Michel Geyer dans Bruxelles Breakfast.

Une charge de travail qui pèse sur le bien-être

Ce constat ne concerne pas uniquement le risque de burn-out. Les travailleurs bruxellois évaluent aussi moins bien leur bien-être mental au travail. Sur une échelle de 10, il obtient une moyenne de 6,53 à Bruxelles, contre 6,61 en Wallonie et 7,09 en Flandre. La moyenne nationale s’établit à 6,90. Les chercheurs précisent que la différence entre les régions est la seule différence significative observée pour ce score global.

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“Bien que les scores relatifs à la satisfaction professionnelle et au sens donné au travail soient relativement bons, le bien-être émotionnel reste à la traîne. Ce dernier point constitue un sujet de préoccupation majeur”, souligne la professeure de psychologie du travail Eva Derous. Elle ajoute qu’”un stress émotionnel élevé constitue un obstacle majeur à une reprise du travail de qualité après un burn-out”.

L’étude d’UGent@Work s’est ensuite penchée sur les facteurs qui peuvent peser sur la santé mentale des travailleurs. La charge cognitive arrive en tête : 65 % des personnes interrogées considèrent leur travail comme cognitivement exigeant. Viennent ensuite la bureaucratie, citée par 58 % des salariés, et la charge administrative élevée, ressentie par 53 %. Près d’un travailleur sur deux, soit 47 %, estime par ailleurs devoir effectuer des tâches inutiles ou qui pourraient être réalisées plus simplement si l’organisation était meilleure.

“Le fait que 65 % des salariés perçoivent leur travail comme exigeant sur le plan cognitif est un constat frappant”, souligne la professeure en santé publique Els Clays. “Les défis cognitifs au travail ne sont pas nécessairement négatifs. Ils offrent des opportunités d’apprendre et de développer de nouvelles compétences, ce qui va souvent de pair avec une motivation et un engagement accrus.” Mais cette exigence peut aussi devenir problématique : “Lorsque les salariés n’ont pas suffisamment la possibilité de fixer des limites ou lorsque la charge de travail devient trop importante, le risque de stress et de surmenage augmente.”


Le sens donné au travail apporte toutefois un autre éclairage. “Il est frappant de constater que le “sens donné au travail” est le critère le mieux noté dans cet échantillon et qu’un salarié belge sur trois se trouve néanmoins en zone à risque de développer un burn-out”, relève Hendrik Van Simaeys, chercheur en doctorat en santé publique. “Cela met en évidence une tension dont on peut déduire qu’un travail qui a du sens ne protège pas automatiquement contre l’épuisement“, poursuit-il. “La recherche de sens est donc une ressource, mais elle devient un risque lorsqu’elle fonctionne comme une norme implicite d’engagement excessif.”

Les employeurs ont-ils un rôle à jouer ?

Face à ces difficultés, seuls 41 % des travailleurs indiquent que leur employeur met en place des actions pour prévenir les problèmes de santé mentale. Ce chiffre descend à 34 % lorsqu’il s’agit d’accompagner les travailleurs qui risquent de décrocher et atteint 37 % pour le retour au travail après une absence liée à des problèmes mentaux.

Les chercheurs insistent donc sur l’importance de la prévention, mais aussi sur l’organisation du travail. “Les salariés qui bénéficient d’une plus grande autonomie et qui ont la possibilité d’adapter les procédures à la situation de travail concrète sont non seulement moins exposés au burn-out, mais jugent également que leur retour au travail après un arrêt pour burn-out est de meilleure qualité”, expliquent Eva Derous et Claudia Rooman, chercheuses en psychologie du travail. Elles estiment donc que les organisations doivent “veiller à offrir une marge de manœuvre suffisante, de la flexibilité et un leadership bienveillant”.

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Faut-il dès lors contraindre les employeurs à mettre en place davantage de mesures pour les travailleurs victimes de burn-out ? Pour Laurent Hublet, la réponse doit d’abord être collective. “Je pense qu’on doit d’abord et avant tout déstigmatiser la situation. Ce n’est pas en mettant le doigt sur c’est la faute de l’un ou c’est la faute de l’autre qu’on va résoudre cette problématique. On doit apporter des réponses qui sont systémiques”, estime le ministre.

Laurent Hublet annonce également vouloir travailler à la fois sur la prévention et sur l’accompagnement des personnes concernées. Il indique notamment vouloir mandater le service View d’Actiris pour mieux comprendre la situation. Pour les travailleurs en situation de burn-out, Laurent Hublet évoque également le dispositif “Rebondir Ensemble”, partenaire d’Actiris, qui doit accompagner le retour à l’emploi. “Je crois que c’est extrêmement important à la fois qu’on déstigmatise les questions de burn-out et de santé mentale au travail et qu’on accompagne les personnes, par exemple via une remise à l’emploi progressive pour s’assurer que ces personnes puissent retrouver leur place”, conclut-il.

Camille Gnonsian – Photo : BX1