L’édito de Fabrice Grosfilley : douloureuse rentrée

On y est. C’est donc la rentrée. On espère que vous avez pu faire le plein d’énergie positive.

On y est, ou on y est presque, puisque la rentrée des classes aura lieu dans une semaine, le 29 août. Avec le retour des enfants dans les écoles, c’est la vie de tous les jours qui reprend. Le retour au travail pour certains. Le retour aux tracas pour beaucoup. La fin de cette parenthèse insouciante que représentent les mois d’été dans l’imaginaire collectif.

Cette année, la rentrée, outre qu’elle sera légèrement anticipée par rapport à d’habitude, risque d’être particulièrement rude. Le Premier ministre Alexander De Croo a d’ailleurs pris les devants ce lundi. Au cours d’une visite du terminal de Zeebruges, le Premier ministre a fait part d’un réel pessimisme sur ce qui nous attend dans les mois qui viennent. « Les cinq à dix prochains hivers seront difficiles. Certains secteurs sont confrontés à de lourdes difficultés avec ces prix élevés de l’énergie ».  L’énergie, c’est donc la première préoccupation du Premier ministre. Les prix de l’énergie bien sûr. Mais aussi l’approvisionnement tout simplement. Le gaz russe qui pourrait ne plus arriver, les centrales nucléaires françaises qui ne tournent plus, les Norvégiens qui réduisent leur production d’électricité. Tous les indicateurs sont en train de virer à l’orange clignotant.

Outre notre fragilité énergétique, la multiplication des incidents climatiques est sans doute l’autre grand marqueur de cette rentrée. Incendie tout autour de la Méditerranée, tempête en Corse, sécheresse dans nos campagnes. Si la prise de conscience n’a pas lieu cette année, alors ce serait à désespérer de l’espèce humaine. Ajoutez les menaces qui pèsent sur la centrale nucléaire de Zaporijjia en Ukraine et les sentiments que nous éprouvons s’éloignent de l’inquiétude pour se rapprocher de l’angoisse.

Dans les préoccupations de rentrée, on peut encore ajouter la lutte contre le grand banditisme qui donne des sueurs froides au bourgmestre d’Anvers, qui appelle donc au renfort de la police fédérale. Cette police fédérale dont beaucoup d’élus flamands nous disaient pourtant qu’elle ne devait pas intervenir dans des dossiers semblables lors qu’on enregistrait des coups de feu à répétition dans les rues de Molenbeek ou que les bagarres de rues se multipliaient à Schaerbeek, aux alentours de la gare du Nord. On pourrait aussi parler de la crise du Petit Château où l’État se révèle incapable d’endiguer le flux des demandeurs d’asile. Ou encore les préoccupations budgétaires et les revendications sociales qui vont se heurter de plein fouet lorsque les ministres vont entrer en conclave au mois d’octobre.

Elle risque d’être difficile cette rentrée. Morose, même. Et pourtant, après cette longue période marquée par la Covid-19, nous n’avons plus envie de nous enfermer dans la résignation. Ce que nous aurions envie de partager, c’est plutôt la volonté d’être combatif et d’affronter les problèmes à bras-le-corps. Et dans un moment d’optimisme un brin forcé, on aimerait même que cette énergie de rentrée puisse gagner nos décideurs. Qu’eux aussi décident d’affronter le fond des problèmes en construisant des stratégies collectives plutôt que de rechercher de petites victoires individuelles. Un peu pour nous. Et surtout beaucoup pour nos enfants. Ceux qui retrouveront l’école dans une semaine. Nous allons avoir 5 à 10 hivers difficiles, disait cet après-midi Alexander De Croo. 5 à 10 ans. C’est le temps d’une génération. Celui qu’il faudra aux enfants d’aujourd’hui pour devenir des adultes. C’est bien leur monde à eux, qu’il va falloir préparer.

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