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Le tronc commun “techniquement” enterré en 2e et 3e: voici ce qui va changer pour les élèves de secondaire

Le tronc commun a déjà connu plusieurs modifications depuis son entrée en vigueur dans le secondaire, et ce n’est pas fini. Valérie Glatigny (MR) en annonce encore, allant jusqu’à déclarer que “techniquement, il n’y a plus de tronc commun” pour la 2e et la 3e secondaires. Le nouvel avant-projet de décret de la ministre de l’Éducation prévoit en effet la réintroduction de choix d’options ou d’activités orientantes plus tôt dans le parcours. La ministre s’explique sur le plateau de Bonsoir Bruxelles ce mercredi.

Petit retour en arrière. En mars 2017, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’accorde sur un “Pacte pour un enseignement d’excellence”. Parmi les piliers de cet accord : la mise en place d’un “tronc commun”, à savoir l’instauration d’une grille horaire commune pour tous les élèves jusqu’en troisième secondaire. L’objectif est alors de garantir une base commune de savoirs et de compétences pour tous les élèves, sans distinction d’établissement, et ainsi lutter contre les inégalités sociales. Depuis, le tronc commun s’est progressivement étendu de la maternelle (depuis 2020) jusqu’à la 1ère secondaire (en septembre 2026), non sans avoir connu certains ajustements.

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Ce mardi, Valérie Glatigny a réuni pour la première fois la nouvelle instance de concertation qu’elle a décidé de mettre en place après un premier semestre de forte opposition sociale contre les réformes décidées par la majorité MR-Les Engagés dans le secteur de l’enseignement : le “comité d’avis” qui réunit une trentaine de personnes .

Est-ce une manière de “contourner la grogne des enseignants” ? “Pas du tout“, assure la ministre face à Fabrice Grosfilley. “Dans ce comité d’avis, il y avait absolument pratiquement tout le monde. Il y avait les fédérations de Pouvoirs Organisateurs, il y avait les directions d’école qui se plaignent de ne pas être suffisamment entendus. Il y avait les organisations syndicales, même si l’une d’entre elles manquait (le CGSP Enseignement, NDLR). On a eu aussi le comité des élèves francophones, des représentants académiques, des experts budgétaires et puis des représentants des secteurs professionnels parce qu’on sait qu’il y a souvent une forme de manque de connexion entre le monde de l’école et le monde socioprofessionnel au sens large“, liste Valérie Glatigny.

Devant ce comité, elle a balisé la trajectoire budgétaire et les principales réformes à mettre en œuvre durant la seconde moitié de la législature, dont l’extension du tronc commun à la 2e et 3e secondaire. Ces réformes se trouveront dans un avant-projet de décret qui sera présenté, en première lecture, au gouvernement, le 23 octobre.

Un tronc commun “techniquement enterré” en 2e et 3e secondaire

Pour ces deux années, on ne peut plus parler de tronc commun tel qu’il avait été imaginé dans le Pacte d’excellence, étant donné que la grille horaire ne sera plus identique pour tout le monde dans ces années d’étude. En deuxième secondaire, deux journées d’activités d’orientation, de découverte des métiers, seront organisées. En troisième secondaire,  le qualifiant dans sa forme actuelle – avec seize heures de formation professionnelle – sera supprimé au profit de deux fois trois heures d’activités orientantes à choisir parmi huit domaines :

  1. langues modernes et pratique de la communication ;
  2. littérature, langue de culture, art et expression ;
  3. culture, art, création, technique artistique et artisanat ;
  4. santé, éducation physique, bien-être et technique de soin ;
  5. mathématiques et sciences appliquées ;
  6. technologies et techniques appliquées ;
  7. environnement, sciences, techniques de la terre et du vivant ;
  8. gestion de projets économiques, sociaux et environnementaux.

Il y aura également un stage d’observation en milieu professionnel en fin de 3e secondaire.

“La philosophie qui présidait reste intacte, c’est-à-dire éviter qu’on se tourne vers le qualifiant comme une filière de relégation“, explique la ministre. “À partir de la 1re secondaire, il y a les deux jours d’activité orientante. Par exemple, une rencontre avec un pharmacien, une visite d’un salon SIEP, une visite d’un atelier de chocolaterie, que sais-je. En 2e secondaire, là, il y a carrément deux journées de découvertes. Et puis, à l’heure en 3e, nous avons ces activités orientantes qui vont permettre de travailler sur ce qui intéresse en particulier l’élève“, illustre Valérie Glatigny.

L’accent sur les langues

Selon les plans de la ministre, la grille horaire de deuxième et troisième secondaires mettra davantage l’accent sur les langues. Alors que la version originale du Pacte d’excellence prévoyait un apprentissage obligatoire d’une deuxième langue à partir de la 3e secondaire, il est maintenant question d’introduire cette obligation à partir de la 2e secondaire. Il est aussi obligatoire que l’une de ces deux langues soit une langue nationale (néerlandais ou allemand pour les élèves francophones, donc).

À Bruxelles, le néerlandais est déjà enseigné aux élèves des écoles francophones dès la 3e primaire. Avec cette nouvelle réforme, les élèves bruxellois francophones pourront donc ajouter l’anglais ou l’allemand en 2e secondaire. En Wallonie, celui qui suit des cours d’anglais depuis les primaires devra choisir obligatoirement entre le néerlandais ou l’allemand dès la 2e secondaire. Et pour ceux qui souhaitent par exemple apprendre l’italien ou l’espagnol ? Ce sera possible, en option, à partir de la 3e secondaire.

À noter que ce changement ne met pas fin au projet de la ministre de généraliser l’apprentissage du néerlandais dès la 3e primaire en Wallonie, mais il est retardé à 2029-2030, afin de laisser le temps aux écoles de se préparer et de trouver les enseignants en nombre suffisant.

Pour les langues anciennes, le latin et le grec sont déjà abordés en première secondaire via le nouveau cours “français et langues anciennes” du tronc commun. Dès l’année prochaine, ce sera deux heures de latin obligatoire pour tous en deuxième secondaire, réduit à une heure en troisième secondaire, éventuellement complétée par un cours d’option.

Le retour du redoublement en 1ère secondaire

Autre changement de taille : le passage automatique entre la 1ère et la 2ème secondaire sera supprimé. Il sera à nouveau possible de redoubler en sixième primaire, mais aussi entre la première et la deuxième secondaire. La ministre veut toutefois le maintenir “le plus exceptionnel possible” grâce à l’accompagnement personnalisé. Introduit en première secondaire cette année, il s’étendra à la deuxième secondaire à la rentrée 2027, puis à la troisième l’année suivante. Pour mener cet accompagnement à bien, le budget prévoit 14 millions d’euros supplémentaires, qui s’ajoutent aux 25 millions déjà dégagés.

“C’est vraiment des moyens pour les écoles pour qu’elles puissent aider les élèves en difficulté, par exemple en ayant deux enseignants dans une classe. On veut, via cet accompagnement personnalisé, diminuer le recours au redoublement“, justifie la ministre. “Le redoublement peut être pertinent, si celui-ci est bien encadré, pour éviter qu’un élève ne passe automatiquement d’une année à l’autre sans qu’on soit certain qu’il ait acquis les compétences indispensables à sa progression“.

Par ailleurs, le CE1D,  l’épreuve certificative externe qui intervenait à la fin de la 2e secondaire disparaîtra après 2027 au profit d’un Certificat d’enseignement secondaire inférieur, le CESI, qui validera la réussite en fin de 3 e secondaire.

Toutes les mesures qui concernent les deuxièmes secondaires devraient rentrer en vigueur dès la rentrée prochaine tandis que pour les troisièmes années, ce sera pour l’année suivante.

Impact sur les emplois

Dans le Pacte d’excellence, la réforme du qualifiant devait coûter plus de 1.300 emplois en équivalents temps plein. Ce ne sera pas le cas, assure la ministre qui explique que ces enseignants du qualifiant se verront confier d’autres missions, par exemple de formation technique, de recherche de stages et de suivi pédagogique.

Ces enseignants appartiendront à un “cadre en extinction”, ce qui signifie que les 33 millions prévus d’économies seront étalées dans le temps, au fur et à mesure des départs à la retraite.

La fin des turbulences ?

Valérie Glatigny estime que le temps des économies dans l’enseignement est terminé. “On sort de la séquence budgétaire pour rentrer dans une séquence plus pédagogique“, affirme la ministre, qui veut désormais recentrer l’action sur la qualité de l’enseignement.

Interrogée sur la confiance avec les enseignants et les syndicats, elle assure que “les économies qu’on a dû faire sont terminées“. Elle appelle désormais à “travailler main dans la main” pour mettre en œuvre les réformes.

Valérie Glatigny rappelle aussi que les résultats PISA restent insuffisants : “On ne peut pas se satisfaire de ça.” Selon elle, il faut “augmenter notre ambition pour nos jeunes” afin de mieux les préparer aux défis liés , notamment, à l’intelligence artificielle, au numérique, à la robotisation et à la transition énergétique.

V.d.T. et M.D.

■ Interview de Fabrice Grosfilley dans Bonsoir Bruxelles