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22 mars: “Je ne comprenais pas pourquoi j’avais survécu à cet attentat et d’autres non”

Dix ans après les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, Hang Nguyen, survivante de l’attaque dans la station de métro Maelbeek, raconte le long chemin de sa reconstruction.

J’ai envie de dire que je vois le bout du tunnel au bout de dix ans.”  Un sourire rayonnant aux lèvres, qui contraste avec un regard qui semble en avoir trop vu, Hang Nguyen a désormais appris à vivre avec cette date qui l’habitera pour toujours. “Je ne sais pas si c’est psychologique, mais j’ai l’impression qu’il y a une évolution dans mon processus de guérison par rapport aux autres années. Dix ans, c’est le temps qu’il m’a fallu pour commencer un nouveau chapitre.” Et pour comprendre ce nouveau chapitre, il faut revenir aux précédents. “Après les attentats, je ne comprenais pas pourquoi j’étais encore en vie et je m’en voulais de ne pas avoir pu aider les gens autour de moi.

Un poids immense, qui a d’abord pesé sur ses choix de carrière. Collaboratrice au sein d’un cabinet d’avocats spécialisé dans les sociétés, elle ne se retrouvait plus dans ce métier. “Il y a un proverbe japonais : ikigai. Ça veut dire donner du sens à sa vie. Moi, j’avais plus que jamais besoin d’aider les autres. C’était ça le nouveau sens de ma vie.

Des images qui hantent, des cris qui résonnent encore et une culpabilité qui s’imprime sous la peau. Un syndrome post-traumatique fréquent chez les victimes de tels drames humains : “C’est quelque chose de très fréquent. On peut ressentir de la culpabilité, mais aussi de la honte, par exemple. Ce sont des sentiments très forts, qui peuvent durer très longtemps“, rappelle Alexandre Heeren, professeur à l’Institut de neurosciences de l’UCLouvain.

► Dossier | 10 ans après les attentats de Bruxelles

La politique pour une nouvelle vie

En quête d’utilité, c’est dans la politique que la Boitsfortoise perçoit une échappatoire. En 2018, sans grandes attentes de résultat, elle se présente aux élections communales et est élue échevine (MR). Si cette nouvelle trajectoire lui permet de renouer avec le goût de vivre, son ex-conjoint a du mal à comprendre ce changement d’horizon. “Il n’a pas compris que c’était, pour moi, un moyen de me reconstruire, que c’était presque une question de survie. Nous nous sommes séparés très rapidement après cela.

Un nouveau métier, un nouvel objectif, une nouvelle façon de voir la vie. Des choix qui ne sont pas toujours faciles à comprendre pour l’entourage : “Les proches peuvent adopter des réactions maladroites, notamment parce qu’ils se sentent eux-mêmes mal à l’aise face à une situation qui renvoie à leur propre fragilité. Ils cherchent alors à fuir ce sentiment. Il arrive aussi qu’ils ne comprennent pas pourquoi la personne ne va pas mieux. Ils se disent qu’elle a bénéficié d’un suivi psychologique, que les années ont passé, et qu’elle devrait donc tourner la page“, explique de son côté le professeur.

Une maladresse qui découlerait d’un manque d’éducation général sur le sujet : “Il faudrait que, dans les écoles comme dans les médias, on informe davantage sur ce que les victimes peuvent ressentir. Ça permettrait de mieux adapter son comportement face à certaines situations”, ajoute-t-il.

Life for Brussels

Un parcours souvent empreint de solitude et de questionnements. Pour y répondre, depuis janvier 2017, l’association Life for Brussels se consacre à l’accompagnement des victimes des attentats de Bruxelles et Zaventem. Composée de bénévoles, elle offre soutien moral, services thérapeutiques et démarches administratives. Une aide qui a permis à Hang d’avancer. “Quand je prenais la parole et que des victimes venaient me voir pour me dire qu’elles se reconnaissaient dans mon discours, cela a fait partie de mon processus de guérison.

Les attentats terroristes de Zaventem et de Maelbeek ont coûté la vie à 35 personnes et fait plus de 300 blessés. Dix ans ont coulé et, si Hang a appris à regoûter à la vie, elle sait que toutes les victimes n’en sont pas au même point. C’est donc un message de reconstruction, empreint d’espoir, qu’elle veut leur adresser : “Être victime, on ne l’a pas choisi. On ne sera plus jamais comme avant, certes. Mais avec le temps, de belles choses peuvent se mettre en place, que ce soit sur le plan professionnel, familial ou relationnel. Avancez à votre rythme et surtout gardez espoir”, conclut-elle, le sourire aux lèvres.

Maxime Verhaert

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