“Il ne faut pas gaspiller la mobilisation” : le secteur culturel appelle Bruxelles à poursuivre l’élan de Brussels 2030
Invités ce lundi dans Bonsoir Bruxelles, Pierre Thys, directeur du Théâtre National Wallonie-Bruxelles, et Kristien de Coster, directrice générale du KVS (Koninklijke Vlaamse Schouwburg), ont défendu la poursuite du projet Brussels 2030. Les deux responsables culturels réagissaient à la lettre ouverte adressée au gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale par une soixantaine d’institutions culturelles et de personnalités, appelant à ne pas abandonner l’élan né autour de Molenbeek for Brussels 2030.
Pour les signataires, la démarche ne relevait pas uniquement d’une ambition culturelle, mais d’un projet de société capable de renforcer la cohésion sociale dans une ville marquée par de fortes inégalités.
Pour Pierre Thys, directeur du Théâtre National Wallonie‑Bruxelles, l’initiative représentait justement cette capacité à dépasser les frontières traditionnelles du secteur culturel.
“Je pense que le projet Molenbeek 2030/Brussels 2030 est un projet extrêmement innovateur car il dépassait les enjeux culturels au sein d’une ville comme Bruxelles”, explique-t-il. Selon lui, la force du projet résidait dans le lien établi entre culture et enjeux sociaux. “C’était un vrai projet de cohésion sociale.”
Une dynamique collective
La candidature bruxelloise a en effet rassemblé des acteurs issus de domaines très différents : institutions culturelles, associations de quartier, acteurs éducatifs, entrepreneurs sociaux ou encore habitants. Cette dynamique collective constitue, pour ses défenseurs, l’un des acquis majeurs du projet.
Pierre Thys insiste sur cette capacité de rassemblement : les équipes qui ont porté la candidature ont réussi à fédérer des acteurs qui collaborent rarement. “Ils ont créé ce que j’appelle une nouvelle logique de la collectivité, qui existait déjà à Bruxelles mais qui était extrêmement brouillonne. Ils ont fédéré tout ça.”
Cette mobilisation a également permis de développer des projets concrets mêlant culture, enseignement, jeunesse, bien-être et économie locale. Une approche transversale qui correspond, selon les signataires de la lettre ouverte, aux priorités affichées par le gouvernement bruxellois en matière de cohésion sociale et de participation citoyenne.
Une occasion manquée pour Molenbeek
Si la candidature bruxelloise n’a finalement pas été retenue pour le titre de Capitale européenne de la culture en 2030, la déception reste forte dans le secteur.
Pour Kristien de Coster, directrice générale du KVS (Koninklijke Vlaamse Schouwburg), le projet représentait une opportunité unique pour la commune de Molenbeek-Saint-Jean et pour l’image de Bruxelles.
“J’ai vraiment rêvé que ce soit Molenbeek”, confie-t-elle. “Cela aurait été l’occasion de montrer un projet culturel qui est en même temps un projet de société, dans une commune avec une population très jeune.”
Selon elle, la désignation aurait aussi permis de transformer le regard porté sur la commune, longtemps associée aux attentats de 2016. “Molenbeek ‘the hellhole of Europe’ aurait pu devenir Molenbeek capitale culturelle.”
Ne pas perdre l’élan
Aujourd’hui, les signataires de la lettre ouverte craignent que la dynamique créée par la candidature ne se dissolve faute de soutien politique et financier clair.
Le message adressé au gouvernement bruxellois est donc simple : transformer cette mobilisation en projet durable pour la Région. “Il ne faut pas gaspiller la mobilisation et l’enthousiasme qui ont existé”, résume Kristien de Coster. Pour elle, Brussels 2030 peut devenir bien plus qu’une candidature passée : “C’est un vrai projet de société, un projet de vivre ensemble et de cohésion.”
Dans un contexte marqué par les tensions budgétaires et les défis sociaux auxquels fait face la capitale, les acteurs culturels estiment que la culture peut jouer un rôle structurant pour l’avenir de la ville.
À l’approche du 40e anniversaire de la Région de Bruxelles-Capitale, ils demandent donc au gouvernement de poser un choix clair : faire de la culture l’un des piliers d’un projet urbain capable de rassembler une ville jeune, diverse et fragmentée autour d’un horizon commun.
Pour l’heure, le gouvernement bruxellois n’a pas réagit à la lettre ouverte.
■ Interview de Pierre Thys et Kristien de Coster dans Bonsoir Bruxelles, au micro de Fabrice Grosfilley et Bryan Mommart