Effondrements de chaussée : plus de 200 kilomètres d’égouts nécessitent une intervention urgente de Vivaqua
Rien que depuis le début de l’année, des dizaines de cas d’affaissement de voirie ont eu lieu en Région bruxelloise. Un phénomène qui s’explique par le mauvais état d’une partie du réseau d’égouttage et sur lequel Vivaqua, en difficultés financières, n’a pas les moyens pour intervenir rapidement.
Ce n’est plus un secret : les comptes de Vivaqua, l’intercommunale en charge de la distribution d’eau et d’égouttage à Bruxelles, sont dans le rouge. Sa dette dépasse le milliard d’euros. Le prix de l’eau a d’ailleurs augmenté de 12,5% en Région bruxelloise depuis le 1er janvier. Une hausse justifiée par un important taux de factures non payées mais aussi, selon sa directrice générale Laurence Bovy, par un sous-financement de l’entreprise malgré un important besoin d’investissement dans l’entretien du réseau d’égouttage de la Région.
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Ces difficultés financières ont un impact déjà bien visible sur le terrain : rien que depuis le début de l’année, Vivaqua comptabilise une grosse dizaine d’effondrements de chaussées en Région bruxelloise (notamment sur l’avenue Victor Jacobs à Etterbeek, l’avenue Rogier à Schaerbeek ou encore sur le rond-point Meiser) avec tous les risques – mais aussi les coûts – que cela engendre. Les finances de l’intercommunale ne lui permettent en effet pas pour le moment de rénover le réseau d’égouttage aussi vite qu’il ne se détériore.
Plus de 200 kilomètres de voiries à risque
“Ces effondrements de chaussées sont directement liés à l’état du réseau d’égouttage“, explique Olivier Lagneau, Directeur Exploitation Réseaux chez Vivaqua. “Nous avons 1900 kilomètres d’égouts en Région bruxelloise, dont environ 220 kilomètres sur lesquels il faudrait intervenir rapidement. Il y manque par exemple une brique, un morceau de paroi ou un morceau du radier (le bas de l’égout) qui fait que, à un moment donné, en raison du ruissellement, l’égout risque de rompre et la terre au-dessus de s’y engouffrer, provoquant un affaissement de voirie.”
Si le constat est là, Vivaqua est néanmoins incapable d’intervenir rapidement sur l’ensemble de ces égouts en mauvais état en raison de son manque de moyens et de main d’œuvre. “Nous ne pouvons que planifier les travaux sur le long terme. Nous investissons aujourd’hui de l’ordre de 60-70 millions d’euros – soit un peu plus de la moitié du budget annuel de l’entreprise – pour une quinzaine de kilomètres d’égouts rénovés par an.”
Un plan de dépenses a été échelonné sur une quinzaine d’années, avec une réserve de budget de 7 à 8 millions d’euros pour les interventions très urgentes – lorsqu’un affaissement de voirie menace ou se produit. Olivier Lagneau rassure néanmoins, la situation reste quand même sous contrôle : “On ne peut pas parler d’un terrain miné en Région bruxelloise où des voiries menacent à tout moment de s’affaisser.”
Appel à la Région
Comment expliquer l’état actuel du réseau d’égouttage ? Pour Olivier Lagneau, il faut revenir quelques années en arrière. “Nous avons aujourd’hui des ouvrages qui, pour la plupart, sont extrêmement vieux et qui ont fait l’objet d’un sous-financement chronique de la part des communes, auparavant gestionnaires des égouts“, recontextualise-t-il.
Vivaqua a repris graduellement cette compétence communale à partir du début des années 2000. Depuis 2011, l’ensemble des communes bruxelloises ont confié à l’intercommunale la gestion de leur réseau d’égouttage. “Nous avons commencé à investir massivement au vu de l’ampleur de la catastrophe“, explique Olivier Lagneau. “Ces investissements pèsent très lourd sur la dette de Vivaqua puisque c’est vraiment le plus gros poste sur lequel nous avons investi ces dernières années.”
Pour faire face à ces investissements massifs, l’intercommunale demande un subside structurel et annuel de la part de la Région bruxelloise, à l’instar d’autres services publics essentiels comme les hôpitaux ou les écoles. “Il faut passer par un refinancement de l’entreprise. La facture d’eau du consommateur ne suffit pas à financer tous les investissements que nous devons faire“, insiste le Directeur Exploitation Réseaux.
Des discussions avec la Région à propos de ce subside sont en cours, mais l’absence de gouvernement de plein exercice ne facilite pas les choses.
Ma. Ar. et V.d.T. – Photo : Belga